LEBETTRE Michel, Christian, Boris

Par Alain Dalançon

Né le 28 août 1911 à Noyon (Oise), mort le 6 mars 1991 à Aubagne (Bouches-du-Rhône) ; professeur, inspecteur d’académie, directeur au ministère de l’Éducation nationale ; militant syndicaliste.

Après sa réussite (7e) à l’agrégation d’anglais en 1934, Michel Lebettre commença sa carrière comme professeur au lycée de garçons Gay-Lussac de Limoges. Son épouse probable, Madeleine Lebettre-Laporte, également reçue (3e) à l’agrégation d’anglais la même année, enseignait au lycée de jeunes filles de Limoges.

Michel Lebettre fut nommé inspecteur d’académie en résidence dans le département du Lot-et-Garonne en 1942. À la Libération, son aide à la Résistance lui valut d’être maintenu à ce poste qu’il occupa jusqu’en avril 1952, date à laquelle il fut remplacé par Claude Maisani.

Profitant de la pleine reconnaissance aux fonctionnaires du droit de se syndiquer accordée par le statut général des fonctionnaires, les inspecteurs d’académie créèrent un Syndicat national affilié à la Fédération de l’Éducation nationale, dont Michel Lebettre fut le secrétaire général adjoint de 1946 à 1948 (Heller, IA de la Marne, étant secrétaire général) puis le secrétaire général de 1949 à 1951. En septembre 1946, il intervint avec force auprès du ministère au sujet de l’indemnité de logement des inspecteurs d’académie, souhaitant l’abrogation du décret du 12 septembre 1942. Afin de ne pas majorer la charge des départements, le ministre Édouard Depreux lui fit répondre que ces dépenses seraient prochainement à la charge de l’État. La même année, il fit un rapport sur le fonctionnement de l’enseignement secondaire public et libre dans l’académie de Bordeaux. Son syndicat fut très actif pour s’opposer au décret de 1947 définissant l’IA comme « directeur départemental des services de l’Éducation nationale », rappelant trop leur soumission aux préfets sous la IIIe République. Disposant d’effectifs peu nombreux, soucieux d’entretenir des relations confiantes avec les organisations représentatives des personnels, le syndicat pouvait se féliciter à la fin de l’année 1948 d’avoir un correspondant à la Société des agrégés qui défendait « très chaleureusement » ses revendications mais était toujours à la recherche d’un « volontaire pour le SNI ».

À la même époque, Michel Lebettre soutint le développement de la toute jeune Mutuelle générale de l’Éducation nationale dans son département et présida la première commission administrative de la section départementale.

Au congrès national de la FEN de novembre 1950, Michel Lebettre devint membre titulaire de la commission administrative fédérale au titre des syndicats des inspecteurs primaires, des directeurs d’écoles normales et des inspecteurs d’académie et siégea comme membre titulaire des commissions pédagogique et corporative. Ce mandat ne fut pas renouvelé par le congrès suivant de novembre 1951. Ce syndicat disparut des réunions de la FEN, car de fait, le droit de se syndiquer ne fut sans doute plus reconnu aux inspecteurs d’académie, assimilés à des fonctionnaires d’autorité ; les IA ne le retrouvèrent qu’en 1981.

Après son départ d’Agen, il fut nommé à la direction du premier degré du ministère et en gravit peu à peu tous les échelons : directeur adjoint en 1957, il succéda au début de l’année 1960 à Aristide Beslais, d’abord comme Directeur de l’Enseignement de premier degré puis des Enseignements élémentaires et complémentaires jusqu’à la fin de l’année 1961. Il passa ensuite à la tête de la direction du Personnel durant l’année 1962.

Afin de mettre en œuvre la politique scolaire découlant de l’allongement de la scolarité obligatoire à 16 ans, décidée en 1959 (réforme Berthoin), et de la mise en place du cycle d’observation, Michel Lebettre fut l’auteur de plusieurs circulaires dont deux sont restées connues sous son nom.

- Dans celle du 19 octobre 1960, il constatait que les élèves entrant en grand nombre en classe de 6e n’avaient pas tous atteint le niveau nécessaire en mathématiques et en français, et se trouvaient en difficulté dans le cycle d’observation. Selon lui, l’école élémentaire ne remplissait pas sa nouvelle fonction ; dès lors, le rôle essentiel des maîtres des classes élémentaires devait être « plus que par le passé, d’établir les fondations solides et durables de tout l’édifice scolaire » en consacrant moins de temps aux autres matières (histoire, géographie, sciences d’observation). Le Syndicat national des instituteurs estima que cette circulaire était un « remède bénin » et que la solution se trouvait d’abord dans l’abaissement des effectifs au maximum de 25 élèves par classe. Dans la continuité de sa préoccupation, M. Lebettre rappela dans une circulaire de 1962, l’importance des cahiers de compositions trimestrielles et les imposa en français et calcul dans les classes de cours moyen (1ere et 2e années) afin d’aider les commissions pour l’entrée des élèves dans le cycle d’observation.

- La circulaire du 8 novembre1960 visait à relancer la psychologie scolaire et le recrutement de maîtres psychologues attachés à des circonscriptions scolaires dans le premier degré. M. Lebettre avait beaucoup travaillé dans ce domaine en lien avec l’inspecteur d’académie de la Somme, Jean Petit, qui devint inspecteur général de l’enfance inadaptée la même année, et avec son épouse (en secondes noces ?), Andrée, psychologue scolaire, ancienne élève de René Zazzo et Henri Wallon. Il estimait que le psychologue scolaire avait pour mission de « suivre le développement de l’enfant, connaître ses particularités individuelles, ses qualités comme ses insuffisances et saisir tous les aspects de sa personnalité ». Cette pratique de l’observation continue des élèves devait apporter des renseignements précieux lors de l’entrée des élèves dans le cycle d’observation, et ensuite durant les deux années du cycle. Pour les élèves terminant leurs études à 14 ans, elle apporterait aux conseillers d’orientation professionnelle et scolaire, chargés de conseiller les familles sur le choix d’une profession, tout un ensemble de renseignements qu’ils ne pourraient réunir eux-mêmes. Mais sa préoccupation principale était le dépistage et la surveillance de « l’enfance inadaptée », fonction rappelée dans deux circulaires de décembre 1960 et de septembre 1962. Il souhaitait aussi, dans un projet de décret de mars 1962, que tous les étudiants des instituts préparatoires aux enseignements de second degré reçoivent une formation en psychologie scolaire, ayant pour but la détection des aptitudes et inaptitudes.

Son approche de la psychologie scolaire était différente de celle de Lucien Paye et de Jean Capelle qui voulaient la faire servir principalement à l’orientation et envisageaient de fusionner les catégories des conseillers d’orientation professionnelle et des psychologues scolaires. Une circulaire de septembre 1962 fut prise dans ce sens, alors que Michel Lebettre y était opposé, ce qui explique probablement son départ en octobre 1962 de la direction du Personnel pour être nommé à la tête de la direction des Services médicaux et sociaux, qui disparut en 1964 lors de la réorganisation du ministère avec la création du secrétariat général.

Michel Lebettre termina sa carrière comme inspecteur général, tout en poursuivant sa collaboration à l’édition de manuels d’anglais pour le premier cycle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137002, notice LEBETTRE Michel, Christian, Boris par Alain Dalançon, version mise en ligne le 12 mai 2011, dernière modification le 7 février 2021.

Par Alain Dalançon

ŒUVRE : Préface avec Maurice Herzog, L’éducation physique et sportive au cycle élémentaire. Essai de réponse. — Avec Louis Vernay, Programmes et instructions commentés : enseignement de premier degré, Ed. Bourrelier, 1ère éd. 1954, dernière en 1973 dans les Cahiers de pédagogie moderne comprenant également en co-éditions un ouvrage sur L’enseignement de l’anglais dans les cours complémentaires (1958) préfacé par Aristide Beslais. — Avec Jean Lonjaret, L.R. Denis, publication de manuels scolaires et livres du maître pour les classes de premier cycle Parlons anglais, à partir de 1959, Armand Colin.

SOURCES : Arch. Nat., F17/ 17778. — L’Enseignement public, L’Ecole libératrice. — Bélanger Nathalie, De la psychologie scolaire à la politique de l’enfance inadaptée, CTNERHI, 2002 et « Les contradictions, l’expérience des pionniers de la psychologie scolaire et de l’ « enfance inadaptée » », Perspectives documentaires en éducation, n° 49, 2000. — Notes de Jacques Girault, de Dominique Lerch et de Guy Putfin.

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