JOUVE Géraud-Henri

Par Vincent Flauraud, Gilles Morin

Né le 5 juillet 1901 à Trizac (Cantal), mort le 23 mai 1991 à Ballainvilliers (Essonne) ; enseignant puis journaliste et diplomate ; résistant ; militant socialiste SFIO, conseiller général (1945-1951) de Riom-es-Montagnes (Cantal) ; député du Cantal (1946-1951).

Géraud Jouve
Géraud Jouve
Député

Huitième enfant d’une famille de petits cultivateurs, Géraud-Henri Jouve fut remarqué par le directeur de son école communale. Boursier, il entra au collège de Mauriac (Cantal), la proche sous-préfecture. Maître d’internat puis répétiteur, il obtint la licence, puis l’agrégation d’allemand en 1929.

En 1931, Géraud Jouve abandonna l’enseignement pour le journalisme et entra à l’agence Havas. II en fut le correspondant à Budapest, à Varsovie, avant de diriger le bureau de Berlin à partir de décembre 1937. Il quitta la capitale du Reich peu avant l’invasion de la Pologne, craignant d’être pris en otage. Il transféra alors son bureau à Amsterdam, qu’il dut quitter après la capitulation des Pays-Bas le 15 mai 1940. Il fut alors nommé à Bucarest, puis en Turquie après l’invasion de la Roumanie.

En contact avec la France libre, Jouve en devint jusqu’en 1942, le délégué pour la Turquie et les Balkans. Le général de Gaulle, lors de leur première rencontre, le 21 juillet 1941 à Beyrouth, le chargea de nouer des relations secrètes avec l’ambassadeur d’URSS à Ankara. Jointe aux contacts directs établis avec l’ambassadeur soviétique en Grande-Bretagne, cette démarche aboutit à la reconnaissance de la France libre par l’Union soviétique en septembre 1941, et bien plus tard, en décembre 1944, à la signature, à Moscou, en présence de Géraud Jouve, d’un Pacte franco-soviétique.

En 1943-1944, Géraud Jouve dirigea Radio-Brazzaville, tenue par la France libre, puis jusqu’en 1945 l’Agence France-Presse, installée à Alger et née de la réunion de l’Agence française indépendante et de l’Agence France-Afrique. Il démissionna en 1945, souhaitant recouvrer plus d’indépendance. Son action pendant la guerre, qu’il relata dans La remontée de Munich à Brazzaville, lui valut la médaille de la Résistance.

Jouve retourna dans son département natal, où il s’investit dans la politique. Candidat aux élections cantonales, il fut élu conseiller général socialiste SFIO de Riom-es-Montagnes, fonction qu’il occupa de 1945 à 1951. Pour asseoir son implantation, il créa et dirigea en mai 1946 un hebdomadaire d’information, imprimé à Mauriac, pour le nord-est du Cantal (sa région d’origine et d’élection), Le journal des Montagnards, qui fusionna à la fin 1949 avec Le Montagnard républicain, laïque et socialiste du Cantal, de René Amarger (désormais rédacteur en chef, Géraud Jouve étant directeur politique), pour devenir Le Montagnard de la région de Mauriac, puis en juillet 1950, Le Montagnard, dont la parution se poursuivit jusqu’en 1967.

En juin 1946, Jouve, « homme qui monte » dans le Cantal fut choisi par la SFIO pour y défendre ses couleurs aux élections législatives, en deuxième position sur sa liste. C’est le premier de liste, Jacques Meyniel, qui fut élu (22,35 % des voix), mais en novembre, ce dernier céda sa place à Géraud Jouve pour conduire la liste socialiste. Il fut alors élu député du Cantal avec 24,3 % des voix (troisième position, juste derrière les communistes). Mais il ne fut pas reconduit en 1951 (toujours tête de liste, il rassembla 21,95 % des suffrages), la loi sur les apparentements favorisant dans ce département les Indépendants et Paysans.

Parlementaire, il appartint à la commission des Affaires étrangères, à l’Assemblée générale de l’ONU en 1950. Il devint, après sa défaite, ambassadeur en Finlande, délégué permanent de la France auprès du Conseil de l’Europe, puis auprès du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés jusqu’en 1966.

Géraud Jouve fut élu en 1968 président de l’Association professionnelle des rédacteurs en chef. Il conserva des liens avec le Cantal, effectuant des séjours réguliers ou participant aux réunions de l’amicale des originaires de sa commune à Paris.

Ses obsèques se déroulèrent au crématorium du Père Lachaise à Paris, le 29 mai 1991.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137071, notice JOUVE Géraud-Henri par Vincent Flauraud, Gilles Morin, version mise en ligne le 17 mai 2011, dernière modification le 12 juin 2021.

Par Vincent Flauraud, Gilles Morin

Géraud Jouve
Géraud Jouve
Député

ŒUVRE : L’Allemand moyen ou l’Anarchiste à la recherche de l’autorité, New-Delhi, Bureau d’information de la France combattante, s. d. In-4 °, 7 p. ;
Mon séjour chez les nazis, Le Caire, Ed. de la Revue du Caire, 1941, In-8°, 116 p. ;
La Remontée de Munich à Brazzaville, Éditions du Myrte, 1945, In-16°, 227 p., collection La Vie des peuples, n° 2.

SOURCES : Le Pays du Nord-Cantal, juillet 1991, n° 12. — L’Auvergnat de Paris, 6 juin 1991. — Le Monde, 25 mai 1991. — Note de Jacques Girault.

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