LECOMTE Henri, Léon

Par Alain Dalançon

Né le 23 août 1912 à Mayenne (Mayenne), mort le 12 février 1998 à Clichy (Hauts-de-Seine) ; professeur puis administrateur au ministère de l’Éducation nationale puis au ministère de la Culture ; militant syndicaliste du Syndicat national des professeurs-adjoints, répétiteurs et répétitrices, du SPES, du SNES ; résistant communiste du Front national universitaire à Paris.

Henri Lecomte n’avait pas connu son père, débitant de boissons à Mayenne, tué à la guerre 1914-1918 ; il fut donc pupille de la Nation. Sa mère avait vendu le petit café familial, après s’être remariée à la fin de la guerre avec un ouvrier agricole à son retour de captivité, devenu wagonnier dans les chemins de fer. Sa famille, qui s’agrandit d’une demi-sœur, suivit son beau-père dans ses différentes affectations, de Mayenne à Laval puis à Fécamp (Seine-Inférieure), où il entra au collège. Il y obtint la première partie du baccalauréat en 1927 puis la seconde (série mathématiques), l’année suivante, au lycée Corneille de Rouen. N’ayant pas atteint l’âge requis de 18 ans pour pouvoir postuler aux fonctions de maître d’internat, afin de pouvoir poursuivre ses études supérieures, il fut élève de mathématiques spéciales dans le même lycée en 1929-1930 et obtint également un certificat de licence de mathématiques.

À la rentrée scolaire 1930, Lecomte devint maître d’internat au lycée d’Alençon (Orne) puis fut affecté les deux années suivantes au collège de garçons de Bayeux (Calvados), ce qui lui permit de terminer sa licence de mathématiques en 1933 à la Faculté des Sciences de Caen. Il était alors adhérent au Syndicat national des maîtres et maîtresses d’internat mais sans militer, ni adhérer à un parti.

En 1933-1934, il commença le difficile itinéraire menant à la titularisation dans l’enseignement tout en préparant l’agrégation, en étant répétiteur au lycée de Saint-Lô (Manche). Au cours de cette année, il adhéra au Syndicat national des PA, répétiteurs et répétitrices, confédéré à la CGT, en fut secrétaire adjoint de la section académique de Caen et se posa la question d’adhérer en même temps à la Fédération unitaire de l’enseignement, comme y invitaient alors des militants comme Marcel Bonin et Jacques Pastor. Son adhésion au Comité Amsterdam-Pleyel, ses lectures de L’Œuvre et de journaux communistes le faisaient passer pour un dangereux révolutionnaire dans la tranquille préfecture de la Manche. Son service militaire effectué en 1934-1935 dans le Génie à Versailles fut surtout l’occasion pour lui de parfaire sa culture politique, en lisant beaucoup et en discutant avec ses camarades, notamment militants syndicalistes des Postes.

A la rentrée scolaire 1935, Henri Lecomte obtint un poste de répétiteur professeur-adjoint au lycée Rollin de Paris, où il demeura jusqu’en 1938 comme délégué rectoral chargé d’enseignement puis il fut muté au lycée Henri IV en 1939. Militant enthousiaste du Rassemblement populaire et du Comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes, il participa alors à toutes les manifestations unitaires et milita encore plus activement dans son syndicat, où il devint secrétaire adjoint et où il défendit avec succès au congrès de 1936, avec Bonin et Pastor, le principe de la constitution d’un grand syndicat du second degré dans la Fédération générale de l’enseignement avec les syndicats des professeurs de lycée, des professeurs de collège et des MI. Il fut donc désigné en compagnie de Lucienne Galand, membre de la commission exécutive de ce syndicat mixte depuis 1933, pour le représenter dans la commission de 8 membres, chargée de préparer les statuts du SPES, dont le congrès constitutif eut lieu les 24 et 25 décembre 1937. Membre du bureau national provisoire du nouveau syndicat à cause de l’affectation provinciale du secrétaire général du syndicat des PA, Louis Rallon, il en devint ensuite le secrétaire corporatif jusqu’en 1939, chargé de rassembler et d’harmoniser les revendications des diverses catégories.

Bien que non-gréviste le 30 novembre 1938, il n’en était pas moins hostile à la ligne pacifiste défendue par René Belin et André Delmas dans la CGT. Avec l’aval de Maurice Janets (secrétaire général du SPES) et de Lucien Mérat (co-secrétaire général de la FGE), Henri Lecomte dénonça l’attitude du secrétaire général du SNI à la tribune du congrès de la FGE de 1939, ce qui fut rapporté par le journal Le Matin dans un article intitulé « Une bombe au congrès de la FGE ». Il fut réélu dans la CE et à sa responsabilité de secrétaire corporatif.

Mobilisé en septembre 1939 en Moselle, Lecomte écrivit tout de même des articles dans la presse syndicale durant la « drôle de guerre » que Mérat (devenu secrétaire général du SPES en raison de la mobilisation de Janets) modifiait pour éviter la censure. En mai-juin 1940, il se retrouva avec une partie de son régiment faisant retraite vers Montpellier où il fut démobilisé.

À la rentrée scolaire 1940, il rejoignit son poste de PA « pour études », détaché au lycée Rollin où il allait rester jusqu’en 1943. Au contact de Daniel Decourdemanche (dit Decour), il commença à militer clandestinement au Front national, distribuant jusqu’à la Libération L’Université libre dans six lycées parisiens, presse et tracts du FN dans les boîtes aux lettres de son arrondissement ou les envoyant par la poste, quêtant de l’argent auprès des sympathisants. Quand Decour fut arrêté en 1942, il alla fracturer son casier pour vérifier qu’aucun document compromettant n’y subsistait.

En 1943, Henri Lecomte adhéra au Parti communiste clandestin. Il avait deux contacts, un avec Marcel Bonin pour le Front national du secondaire et un avec Francis Cohen chargé du recrutement pour le parti. Membre sous le nom de « Breton » du comité du Front national universitaire, section secondaire, il en devint le responsable adjoint en novembre 1943, tout en étant également responsable pour Paris et sa banlieue du groupement des instituteurs communistes qui n’étaient pas très nombreux selon son témoignage. À la rentrée scolaire de la même année, il fut muté comme délégué rectoral d’enseignement au lycée de Chartres (Eure), cet éloignement de Paris étant une sanction déguisée, ce que le sous-chef de bureau du ministère lui confirma plus tard. Il demeurait cependant toujours à Paris, prenant le train chaque matin.

En juin 1944, il n’était plus possible de se rendre à Chartres ; Lecomte participa alors à la préparation de l’insurrection parisienne, en étant chargé, à partir de février 1944, de recruter des officiers de réserve pour encadrer les résistants qui affluaient. Selon son témoignage, il apprit le 18 août, à Bonin et Edmond Lablénie que l’occupation du ministère de l’Éducation nationale sous la conduite de Paul Delanoue était prévue pour le lendemain. Le 19, à 8 heures, Lecomte fit partie d’un groupe d’une trentaine d’enseignants, rejoints par des agents du lycée Rollin, qui investit sans difficulté le ministère de la rue de Grenelle, dont Henri Wallon, accompagné de René Maublanc, vint prendre possession vers 10 heures au nom du Gouvernement provisoire. L’après-midi, Lecomte quitta le ministère, appelé par le Parti au redémarrage de la presse communiste, en tant que journaliste.

A la rentrée scolaire 1944, il fut nommé délégué rectoral au lycée Buffon, puis épousa Lucienne Galand le 6 novembre à la mairie du XVIIe arrondissement de Paris. Elle avait participé aux actions de solidarité avec les résistants et aux actions du Front national universitaire dans les lycées Jules Ferry (où elle enseignait), Racine et Fénelon. En outre, sous le pseudonyme de « Girard », elle fut chargée des liaisons avec les syndicats clandestins de professeurs et d’agents. Tous deux participèrent à la constitution du bureau du nouveau SNES et à son premier congrès d’avril 1945. Lecomte remplaça A. Jarry, devenu correspondant de guerre, comme responsable des PA dans le bureau national, à la Commission d’épuration syndicale et à la Commission consultative, notamment chargée du rétablissement des carrières.

A la rentrée 1945, n’ayant pu obtenir de poste double en Alsace (d’où était originaire son épouse) ou dans les Antilles, le couple préféra rester à Paris, où Lucienne Lecomte était titulaire au lycée Jules Ferry. Ne pouvant être nommé dans le cadre parisien toujours existant, Lecomte postula pour entrer dans l’administration centrale du ministère de l’Éducation nationale et fut nommé sous-chef de bureau.

Il continua de militer au Syndicat de l’enseignement de la Région parisienne de la Fédération générale de l’enseignement devenue Fédération de l’Education nationale en 1946. Il milita pour le maintien de la fédération à la CGT et fut élu membre de la CA nationale de la FEN-CGT en 1949.

Chargé d’abord des marchés pour les constructions scolaires au ministère de l’Education nationale, il passa ensuite aux Affaires culturelles, rue de Valois, où il fut chargé de la protection des sites puis ultérieurement des marchés pour la construction

Son service fut intégré dans le ministère des Affaires culturelles au début de la Ve République par André Malraux. Il termina sa carrière en 1970, comme administrateur civil, sous-directeur de la création architecturale et des constructions civiles.

Il était chevalier de la Légion d’honneur et de l’ordre des Arts et Lettres. Selon son désir, son corps fut remis à la science.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137086, notice LECOMTE Henri, Léon par Alain Dalançon, version mise en ligne le 19 mai 2011, dernière modification le 2 novembre 2017.

Par Alain Dalançon

SOURCES : Arch. Nat., 72 AJ 57 (Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale). — Archives de l’IRHSES. — Bulletins syndicaux. — Interview de l’intéressé par A. Dalançon.

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