LA GRAVIÈRE Emmanuel, Armand, Alfred. Pseudonyme : GRAVIRA Armand

Par André Caudron

Né le 1er avril 1904 à Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 10 juillet 1990 à Paris (Ve arr.) ; employé de commerce, pasteur protestant, avocat ; conseiller de la République (1946-1948) ; conseiller de l’Union française (1948-1958) ; président de l’Association pour la disparition de l’esclavage (1974) ; membre du comité directeur de la LICRA (1977).

Fils d’Albert La Gravière, publiciste, et de Marie née Dufosset, Emmanuel La Gravière descendait d’une vieille famille protestante : l’un de ses ancêtres avait été condamné aux galères pour ses convictions religieuses. Élève des écoles communales de Montmorency (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) et de la rue Jean-François-Lépine à Paris (XVIIIe arr.), il travailla dès l’âge de quatorze ans comme employé puis secrétaire commercial.

Il fréquenta les Éclaireurs unionistes et les Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG), institutions auxquelles il fut redevable de sa formation civique et spirituelle. Membre du conseil national des UCJG, il les représenta au congrès mondial de la Jeunesse à Genève en 1936. À l’âge de vingt-quatre ans, il avait découvert sa vocation pastorale et entreprit sept années d’études dans divers établissements : École préparatoire de théologie des Batignolles à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines), facultés des lettres et de théologie de Paris, École pratique des hautes études. Il eut comme professeurs Pierre Tisserand, Étienne Gilson, Adolphe Lods, Maurice Goguel et Wilfred Monod. La licence en théologie couronna sa thèse sur L’Évangile et le monde intellectuel (1935). L’année suivante, il fut nommé pasteur de l’Église évangélique luthérienne Saint-Paul à Paris (XVIIIe arr.). Il militait pour la Fédération du Christianisme social et se déclarait disciple de Marc Sangnier. Le 2 avril 1936, il s’était marié avec Madeleine Labarthe, professeur de piano. Le couple eut deux enfants.

Mobilisé comme aumônier divisionnaire en septembre 1939, le pasteur La Gravière servit dans les Vosges où sa conduite exemplaire au cours des combats du 17 au 22 juin 1940 lui valut la croix de guerre avec étoile de bronze et citation à l’ordre de l’armée. Fait prisonnier le 29 juin, il s’évada le 28 septembre suivant et reprit à Montmartre un ministère bientôt interrompu par sa démission de l’Église luthérienne le 3 mai 1941. Cinq mois plus tard, il devenait pasteur de l’Église réformée de Port-Royal, en même temps qu’aumônier de l’hôpital du Val-de-Grâce. Non content de prononcer en maintes circonstances des discours aux accents patriotiques et humanitaires, il participa aux activités clandestines de propagande par tracts et au sauvetage de juifs. Échappant à plusieurs reprises aux enquêtes policières allemandes ou vichystes, il reçut la Légion d’honneur et la Médaille de la Résistance.

À la Libération, sur le conseil de Marc Boegner, président de la Fédération protestante de France, il refusa le poste de maire adjoint du XIIIe arrondissement, mais le 19 décembre 1946, présenté par le groupe MRP de l’Assemblée nationale, il accepta son élection au Conseil de la République. Il figurait parmi les fondateurs de ce mouvement démocrate chrétien. Nommé juge titulaire à la Haute Cour de justice, il quitta le Conseil de la République au renouvellement de 1948 et prit place dans la jeune assemblée de l’Union française. Vice-président du groupe MRP, réélu conseiller le 12 juillet 1952, il y siégea jusqu’à la fin de la IVe République. Il appartenait à la commission exécutive de son parti.

Ayant quitté la paroisse de Port-Royal en mars 1947 tout en figurant encore au rôle des pasteurs de l’Église réformée, il s’inscrivit à l’ordre des avocats au barreau de Paris, entra au Conseil supérieur du travail outre-mer (1953-1958) et à la Commission de la République française pour l’UNESCO (1959-1960). Il reprit un ministère de pasteur à Mazamet (Tarn) de 1965 à 1970.

À l’affût des grandes causes et des fléaux sociaux, il apportait son concours bénévole à de multiples organismes et associations. Trésorier de l’Union française des colonies de vacances (1950-1955), membre du Haut comité d’études et d’informations sur l’alcoolisme (1955-1961), secrétaire général du Centre d’études des problèmes économiques européens (1958-1965), vice-président de la Société d’encouragement au bien (1962), secrétaire de l’Amicale du Sénat (1975), vice-président de l’Association France-Israël depuis 1952, il se consacra surtout, pendant et après sa vie parlementaire, à la lutte contre le racisme, l’esclavagisme et l’alcoolisme dont il avait constaté les dégâts en Afrique. Il fut membre du comité directeur de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) de 1977 à 1987, président de l’Association pour la disparition de l’esclavage (1974) et vice-président de l’Union contre le trafic des êtres humains (1971-1975).

De plusieurs missions et enquêtes outre-mer, à Madagascar, en Afrique noire, en Afrique du Nord, Emmanuel La Gravière retira bon nombre de rapports, de conférences et d’écrits qui lui donnèrent la réputation d’un artisan lucide et courageux de la décolonisation. Par discrétion sans doute, il les signait parfois du pseudonyme d’Armand Gravira. Vice-président de la Société des amis de l’abbé Grégoire depuis 1956, il admirait ce grand précurseur ainsi que le conventionnel Rabaut-Saint-Étienne, pasteur lui aussi, et Victor Schœlcher, auteur du décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137206, notice LA GRAVIÈRE Emmanuel, Armand, Alfred. Pseudonyme : GRAVIRA Armand par André Caudron , version mise en ligne le 3 juin 2011, dernière modification le 9 septembre 2011.

Par André Caudron

ŒUVRE : Métropoles et colonies, Berger-Levrault, 1955. – La conscience chrétienne et la guerre. – L’esclavage, une plaie sociale toujours actuelle . – De l’économie communautaire à l’union politique. – articles pour Christianisme social, Cité nouvelle, Réforme et autres publications.

SOURCES : Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, 5. Les Protestants, notice de Pierre Bolle, Beauchesne, 1993. – Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, t. 5, La Documentation française, 2005. – Dictionnaire biographique français contemporain, Pharos, 1954-1955. – Who’s who in France, 1977-1978.

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