LECLÈRE Jean, Guy, Louis

Par Nathalie Viet-Depaule

Né le 13 mars 1923 à Cerizay (Deux-Sèvres) ; prêtre du diocèse de Poitiers (1948), prêtre-ouvrier (1951), insoumis (1954) ; manœuvre (1951-1956) ; secrétaire CGT du comité d’entreprise des Bois africains contreplaqués à Bègles ; cadre chez Bull (1965-1982) ; résistant.

Fils d’une lignée de gardes-champêtres à Cerizay (Deux-Sèvres), dernier enfant d’une fratrie de douze, Jean Leclère perdit sa mère à l’âge de six ans et son père quand il en avait onze. Son curé fit en sorte qu’il pût faire des études en intégrant le petit séminaire de Châtillon-sur-Sèvre/Mauléon (Deux-Sèvres). Mûrissant le projet de devenir prêtre, il entra ensuite au grand séminaire de Poitiers (Vienne). Début 1944, il rejoignit la Résistance, entra en septembre 1945 dans l’armée de libération qui l’envoya sur le front de La Rochelle puis en Allemagne. Il quitta la vie militaire pour terminer ses études au séminaire de la Mission de France à Lisieux.

Ordonné prêtre le 13 mars 1948 à Lisieux, Jean Leclère fut nommé vicaire à Neuville-de-Poitou (Vienne). Il y resta de 1948 à 1951 puis fut envoyé à Bordeaux (Gironde) pour remplacer Michel Favreau, décédé accidentellement, et faire équipe avec Étienne Damoran et Émile Bondu, prêtres-ouvriers. Après avoir brièvement été employé à goudronner des routes, il fut embauché comme manœuvre dans une usine de contreplaqué à Bègles (Gironde). Il se syndiqua à la CGT et devint rapidement secrétaire du comité d’entreprise, ce qui l’amena à négocier une convention collective du bois pour la région du Sud-Ouest. Lui et son équipe vivaient comme des ouvriers, ne cherchant pas à avoir des contacts avec le clergé local.

Jean Leclère participait aux réunions et aux rencontres nationales des prêtres-ouvriers organisées par Jean-Marie Marzio*. Lorsque les menaces commencèrent à peser, à partir de 1953, sur leur sacerdoce, il tenta d’en faire valoir le bien-fondé. Il fut l’un des 73 signataires du communiqué paru dans l’Humanité du 3 février 1954, qui rappelait que la vie menée par les prêtres-ouvriers ne les avait jamais empêchés de rester fidèles à leur foi et à leur apostolat. À la date fixée par la hiérarchie catholique, le 1er mars 1954, il décida, après avoir longtemps hésité, de ne pas obtempérer aux diktats romains qui intimaient l’ordre de cesser le travail. Il rédigea avec Émile Bondu une lettre au cardinal Richaud, l’archevêque de Bordeaux, pour lui expliquer qu’ils ne pouvaient abandonner la classe ouvrière à laquelle ils appartenaient désormais. Il continua à travailler, douloureusement marqué par le choix qu’il avait dû faire entre sa fidélité à l’Église et sa fidélité à la classe ouvrière.

En 1956, il vint à Paris, travailla trois semaines chez Renault puis chez Alsthom, un mois chez Yves Régis* dans sa coopérative ouvrière à Montreuil-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis) sur un chantier du bâtiment, puis entra chez Bull où il fit toute sa carrière. Avant de prendre sa retraite en 1982, il accepta de prendre pendant cinq ans la direction du personnel de l’usine d’Angers qui comprenait quatre mille ouvriers et où la CFDT était alors majoritaire. Il était très apprécié de toutes les organisations syndicales.

Jean Leclère s’était marié le 31 décembre 1957 à Paris (XIIIe arr.) avec Jeanne Suraud, née à Bordeaux le 23 juin 1927, fille de restaurateurs originaires du Pays basque. Père de deux enfants, il compte, en 2011, sept petits-enfants et vit à Angers (Maine-et-Loire). En 1967, la réduction à l’état laïc avait régularisé, conformément à ses vœux, sa situation vis-à-vis de l’Église. Il avait pu témoigner de sa volonté d’être dans l’Église catholique en se mariant religieusement, le 24 juin 1967, dans la chapelle privée de Robert de Provenchères, évêque de Créteil (Val-de-Marne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137235, notice LECLÈRE Jean, Guy, Louis par Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 3 juin 2011, dernière modification le 7 septembre 2011.

Par Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : Arch. de la Mission de France. – ANMT Roubaix, 1993002/0005. – Charles Suaud, Nathalie Viet-Depaule, Prêtres et ouvriers. Une double fidélité mise à l’épreuve 1944-1969, Karthala, 2004. – Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, Une histoire de la Mission de France. La riposte missionnaire 1941-2002, Karthala, 2007. – Entretiens avec Jean Leclère, 6 avril 2001 et 30 avril 2011. – Notes d’André Caudron.

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