LECHANTRE Jean, Hector, Louis

Par Gilles Morin

Né le 13 mars 1917 à Roubaix (Nord), mort le 5 novembre 1999 à Lomme (Nord) ; journaliste ; résistant ; socialiste ; rédacteur en chef de Nord-Matin.

Jean Lechantre était le fils d’un photographe. Après des études dans sa ville natale, il passa trois ans à l’Institut Turgot, puis suivit des études à l’École primaire supérieure à Lille (Nord) de 1933 à 1936, avant de s’installer à Sedan (Ardennes). Il y fut nommé surveillant d’internat au collège local, puis revint dans le Nord comme secrétaire du bureau d’affrètement de Valenciennes en 1937, employé aux services des voies navigables.

Lechantre milita aux Jeunesses socialistes en 1934, dès l’âge de dix-sept ans, puis à la section adulte de Roubaix et deux ans plus tard à Sedan. Il collabora au Socialisme ardennais, puis de retour dans son pays à l’organe fédéral, L’Avenir du Nord. En mars 1939, il était militant du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) à Valenciennes.
Résidant à Fresnes-sur-Escaut, il s’y maria en novembre 1939 avec Irène Denneulin.

Mobilisé en 1939 au dépôt de Châteaudun (Eure-et-Loir), il prit part aux combats sur la Loire. Fait prisonnier le 15 juin 1940, il s’évada et fut intégré dans les unités territoriales de l’armée d’armistice. N’ayant comme jeune socialiste aucune confiance dans les militaires, il se montra méfiant envers Pétain et son régime dès ses débuts, mais aussi pour les mêmes raisons envers le général de Gaulle. La rencontre avec un républicain espagnol en Ariège lui aurait fait comprendre qu’il était possible de créer une résistance de type politique. Démobilisé le 2 août 1940, il put retourner en zone interdite et retrouva du travail à Valenciennes au service des voies navigables. Il entra dans la Résistance et put renseigner les Alliés sur les transports allemands par voies fluviales entre l’Allemagne et la côte. Il rencontra des camarades socialistes, faisant une résistance purement intellectuelle, puis entra dans le réseau de renseignement de Gilbert Botsaron, par l’intermédiaire de Pierre Hourriez* au printemps 1941, réseaux qui fut ensuite revendiqué par Cohors et par Brutus. Il diffusa l’Homme libre édité par Jean Lebas* et fonda un groupe de résistance affilié à Libération-Nord plus tourné vers l’action, en relation avec le BOA (Bureau des opérations aériennes). Militant du Parti socialiste clandestin, il fit alors la rencontre d’Augustin Laurent avec lequel il se lia d’une profonde et durable amitié. Il organisa à Valenciennes et dans le Moyen-Escault un réseau de renseignement et de sabotage rattaché en septembre 1942 au réseau Brutus. À la Libération, il présidait le Comité local de Libération de Fresnes-sur-l’Escaut. Il fut décoré de la Croix du combattant volontaire 1939-1945, de la croix du combattant volontaire de la Résistance et de la médaille commémorative 1939-1945 avec barrette.

Après la Libération, le correspondant du comité d’histoire de la Seconde guerre mondiale le décrivait ainsi : « taille moyenne, fluet, figure ovale assez pleine, regard sympathique mais peu vivant derrières ses lunettes. il est dans la situation de beaucoup de militants de la Résistance qui se sont admirablement conduits dans la clandestinité mais à qui la Libération a donné une situation pour laquelle ils n’étaient pas faits ». Édouard Perroy, ajoutait qu’il partageait « la hantise des socialistes du Nord, contre tout ce qui touche de près ou de loin au « parti frère ».

Membre de la commission exécutive fédérale SFIO du Nord en 1945-1946 et en 1969, il s’investit désormais totalement dans la presse socialiste.

Lechantre collabora à Nord-Matin, à Valenciennes puis à Lille et, après le départ de Jean Piat* pour Paris en 1945, devint rédacteur en chef du journal socialiste, dont il rédigeait l’éditorial quotidien durant trente années, jusqu’en 1974. Ami d’Augustin Laurent*, il jouait ainsi un rôle d’influence dans le Nord qui l’éloignait des responsabilités directes dans le parti. Il participait toutefois à la vie de celui-ci, non seulement par son éditorial, mais aussi en assurant des fonctions de représentation, comme en étant assesseur lors de congrès et conseils nationaux. Jusqu’à son décès en 1999, il fut vice-président de l’Amicale des anciens de la fédération socialiste du Nord.

Il militait par ailleurs à la LICRA, appartenait à l’Alliance France-Israël et à l’Association des Français Libres. Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur en 1983.

Il eut des funérailles civiles.

Sa fille, Ginette Patou, fut secrétaire d’Yves Durand à Lomme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137278, notice LECHANTRE Jean, Hector, Louis par Gilles Morin, version mise en ligne le 6 juin 2011, dernière modification le 13 décembre 2020.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., 72 AJ/170. — Daniel Mayer, Les socialistes dans la résistance, p. 161. — Arch. de l’OURS, dossier Lechantre. — État civil. — Juin 36, 17 mars 1939. — Note de Julien Chuzeville.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable