JOBARD Colette, Marcelle [épouse THUILLIER, puis LORIN Colette]

Par Marc Giovaninetti

Née le 13 octobre 1917 à La Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine), morte le 26 avril 2010 à Chaville (Hauts-de-Seine) ; militante des Jeunesses communistes, de l’UJRF, de l’UJFF, du PCF, de l’UFF ; résistante ; membre du bureau national de l’UJRF, du secrétariat de l’UJFF puis de l’UFF.

Née dans une famille de la bonne bourgeoisie parisienne qui possédait une importante partie des abattoirs de la Villette, Colette Jobard fut élevée à la Garenne-Colombes par sa grand-mère, une tante, et un cousin qui était son tuteur légal, car son père, capitaine d’infanterie, et sa mère, sans profession, l’avaient laissée orpheline assez jeune. Elle fit de brillantes études secondaires, et obtint son baccalauréat à l’âge de seize ans. Mais elle sembla s’être tôt rebellée contre son milieu familial, notamment ce tuteur qui appartenait aux cercles dirigeants des Croix de feu, alors qu’elle développait une intense fibre sociale. Elle s’échappa dès qu’elle put, et rompit apparemment tout contact avec son milieu d’origine, tout en restant attachée à sa ville natale. Le mouvement communiste allait définitivement lui tenir lieu de substitut familial.

Elle s’engagea d’emblée aux Jeunesses communistes, puis à l’Union des jeunes filles de France lors de leur création sous la direction de Danielle Casanova* et Claudine Chomat* en décembre 1936. Cette année-là, elle adhéra également au Parti communiste, seule femme de sa cellule. Pendant ces années d’avant-guerre, elle occupa d’abord un emploi de mécanographe aux chemins de fer parisiens « dans un bureau lugubre, harcelée par des chefs, mais pas disposée à courber l’échine ». À partir de 1940, elle fut institutrice remplaçante dans différentes localités de la région parisienne.

En juillet 1941, elle épousa un des dirigeants communistes du mouvement sportif FSGT, René Thuillier, né en 1913. Les relations conjugales ne semblent pas avoir été durablement heureuses, et la guerre devait creuser le fossé entre les époux séparés. Au moment de son mariage, elle vivait en Seine-et-Marne, à Bois-le-Roi, dans une maison où elle élevait poules et cochons, puis à Avon. Était-ce pour donner le change ? Elle s’adonnait surtout à des activités résistantes sous le nom de Briffaud, repris d’un ami de ses années d’enfance. Elle cachait des militants, tapait à la machine à écrire, et fut notamment l’agent de liaison de Robert Brancion (sic) [Mension, plus vraisemblablement], avec des responsabilités suffisamment importantes pour avoir été en relation avec Rol-Tanguy et Georges Bidault, le successeur de Jean Moulin à la tête du CNR.

Arrêtée à la gare de Vélizy après une longue traque policière, elle fut frappée et peut-être torturée (elle resta toujours très secrète, y compris auprès de ses proches, sur tous les épisodes de sa vie personnelle), et finit par admettre son rôle dans la Résistance, mais sans dénoncer quiconque. Dans ces pénibles circonstances, elle aurait fait la connaissance de Madeleine Riffaud, sa cadette de quelques années, qui ne garde cependant pas de souvenir de cette rencontre, et fut torturée rue des Saussaies sans passer par la prison de la Roquette, dans le 11e arrondissement, où Colette Jobard était emprisonnée au moment de la Libération. Il reste cependant fort possible que les deux femmes se soient rencontrées. Colette Jobard échappa de justesse au dernier train de déportation pour l’Allemagne. Son action lui valut la Médaille de la Résistance, obtenue sous le nom de Thuillier.

Elle eut ensuite des responsabilités importantes dans les organisations de jeunesse communiste. Membre du bureau national des JC dès 1944, aux côtés de René Thuillier qui en était un des secrétaires, et sous la présidence de Raymond Guyot, elle était spécialement en charge de l’Union des jeunes filles patriotes issues de la Résistance. Colette Jobard divorça de René Thuillier en 1946, mais avait repris son nom de jeune fille dès la Libération. Elle garda sa place au bureau national lorsque les JC se muèrent en Union de la Jeunesse républicaine de France à leur 11e Congrès, en avril 1945, englobant toutes les organisations sous leur contrôle, l’UJFP comprise. Elle participa en juillet aux délégations de l’UJRF aux congrès des Jeunes de la Libération nationale, puis à celui des Jeunes de l’Organisation civique et militaire, dont une partie notable se ralliaà LJRF. Comme tous les cadres, elle fut envoyée comme « instructrice » dans différentes fédérations de province où il s’agissait de faire accepter cet élargissement aux jeunes communistes souvent réticents. Dès son lancement en septembre 1944, elle fut nommée rédactrice en chef de la revue Filles de France, qui tira jusqu’à 100 000 exemplaires, en tant que responsable des foyers de jeunes filles. Ceux-ci redonnèrent naissance à l’Union des jeunes filles de France, distincte de l’UJRF, en 1946, tout comme les jeunes filles communistes s’étaient autonomisées des garçons au moment du Front populaire. Avec Madeleine Vincent* et Josette Cothias*, elle fut alors un des piliers de l’organisation féminine, devenant directrice de la revue et Élise Lasserre, rédactrice en chef. Elles y publiaient des articles très éclectiques, sports et spectacles, mode et beauté, politique et société, feuilletons littéraires. En novembre 1945, elle appartint encore à la délégation française qui fonda à Londres la Fédération mondiale de la Jeunesse démocratique, dont la présidence fut assurée par Guy de Boysson*, jeune communiste résistant issu des JLN. Et en juin 1946, elle rayonnait au milieu d’une importante délégation de jeunes Français chaleureusement accueillie en URSS, qui comprenait aussi des chrétiens, dont le pasteur Joussellin, secrétaire général du scoutisme français.

Prenant de l’âge, elle laissa sa place à Filles de France en décembre 1946 à Madeleine Vincent*, et poursuivit son activité militante, toujours aussi activement, à l’Union des femmes françaises et au Parti communiste. Elle s’impliqua aussi dans le Mouvement de la paix, mais peu dans les associations d’anciens résistants, restant extrêmement discrète sur ces années de clandestinité et d’emprisonnement. En janvier 1958, elle participa encore à une imposante délégation à Rostock, invitée en Allemagne de l’Est par le parti au pouvoir.

Deux ans avant, en 1954, Colette Jobard avait rencontré Louis Lorin, un militant communiste de Chaville, ancien résistant FTP en Bretagne, employé à la RATP. Ils se mirent en ménage dans un appartement HLM à Chaville, mais ne se marièrent qu’en 1963, quand il put divorcer de sa première épouse. Elle prit alors le nom de son second mari. Au moment de leur rencontre, Louis Lorin avait un fils âgé de six ans, Claude. Bien qu’il continuât à entretenir des relations suivies avec sa mère, il fut élevé par Colette Jobard comme par une deuxième mère. Le nouveau couple vécut en bonne entente, mais n’eut pas d’enfant. Le garçon, devenu psychologue, écrivain et universitaire de bonne renommée, reconnaît combien il doit à cette femme pour qui il éprouve une vive admiration. Son dynamisme, son humeur avenante sont confirmées par la photographe Marie Rameau qui la trouva « incroyablement active » à quatre-vingts ans passés. Lui souligne plus encore ses hautes capacités intellectuelles, la vivacité de ses connaissances, en mathématiques ou en langues vivantes par exemple, dont il bénéficia largement, tout particulièrement son attrait pour la culture allemande et son peuple, envers lequel ni elle ni son mari n’éprouvaient la moindre animosité.

À Chaville, le couple resta longtemps le pivot de la cellule communiste. Dans les années 1960-1970, la ronéo tournait à fond dans l’appartement. Colette Jobard-Lorin se présenta aux élections municipales dans ces années, mais sans succès. Le couple Fajon* comptait parmi les meilleurs amis des Lorin, et souvent les deux familles passaient leurs dimanches ensemble. Sur le plan professionnel, Colette Lorin occupa pendant de longues années le poste de secrétaire de la mairie de Sèvres, supervisant notamment la rédaction de la revue municipale.

Louis Lorin décéda en 1996, mais son épouse continua à vendre l’Humanité sur le marché de Chaville, nullement découragée, en apparence, par les revers et l’affaiblissement de son parti, n’épargnant toujours ni son temps ni son énergie. Elle était alors membre du bureau de l’Amicale des vétérans du PCF.

En 2007, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, Colette Lorin se résigna à entrer en maison de retraite, toujours à Chaville, et même là, elle continua à faire preuve d’une indéfectible pugnacité en présidant le conseil des résidents, organisant par exemple un groupe d’adeptes de la piscine. Elle mourut le 26 avril 2010 d’un arrêt cardiaque. Ses obsèques se déroulèrent dans l’intimité, mais en présence de plusieurs militants communistes, et l’Humanité lui consacra une très brève notice quelques jours plus tard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137314, notice JOBARD Colette, Marcelle [épouse THUILLIER, puis LORIN Colette] par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 9 juin 2011, dernière modification le 17 décembre 2011.

Par Marc Giovaninetti

SOURCES : Archives du Parti communiste français, 283 J 3, 283 J 4, 283 J 67, 4 AV/ 2472. — Notre jeunesse, revue de l’UJRF, en vue du premier congrès national, 1946. — Filles de France, en particulier le n° de février 1945. — <veteranspcf.canalblog.com> . — Marie Rameau, Des femmes en résistance, 1939-1945, Autrement, 2008, 139 p., photos. — Claude Lorin, Journal d’un psy rebelle. Le temps des clémentines, L’Harmattan, 2009, 271 p. — L’Humanité, 6 mai 2011. — Entretien avec Claude Lorin, juin 2011. — Conversation avec Madeleine Riffaud, juin 2011.

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