LAVAL Antoine, Marie

Par Éric Belouet

Né le 17 février 1921 à Saint-Julien-en-Jarez (Loire, commune rattachée à Saint-Chamond en 1964), mort le 5 février 2010 au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ; mouleur ; militant jociste de la Loire (1938-1948), permanent régional (1943) puis national (1945-1948) de la JOC ; syndicaliste Force ouvrière, permanent syndical (1952-1981), secrétaire général de la Fédération FO de la Métallurgie (1964-1972), secrétaire confédéral (1972-1980) ; membre du Conseil économique et social (1962-1973).

Antoine Laval
Antoine Laval

Les parents d’Antoine Laval, cultivateurs reconvertis en maraîchers dans les années 1930, étaient catholiques (mère pratiquante régulière, père pratiquant irrégulier). Il avait une sœur de dix ans son aînée. Il fit ses études primaires à Saint-Julien-en-Jarez, en partie à l’école communale et en partie à l’école libre. Après avoir obtenu le certificat d’études primaires, il travailla quelques années à la ferme avec ses parents avant que ceux-ci ne deviennent maraîchers. Embauché comme coursier le 2 janvier 1938 aux Forges de Lavieu à Saint-Chamond, qui comptaient plus de 100 salariés, il y devint ensuite « pointeau » tout en suivant les cours du soir de l’École pratique de l’industrie à Saint-Chamond. Il obtint ainsi un CAP en fonderie qui lui permit de devenir mouleur, toujours aux Forges de Lavieu. Incorporé dans les Chantiers de jeunesse en février 1941, il y resta jusqu’à fin 1941 et reprit alors son emploi.

Antoine Laval avait adhéré à la JOC en 1938, peu de temps après son entrée aux Forges de Lavieu. Il milita d’abord au sein de la section de Saint-Julien-en-Jarez, dont il devint l’un des principaux animateurs. Il intégra ensuite la direction de la fédération de la vallée du Gier. Sollicité par Jules Pichon et Marcel Gron* – ses deux « parrains » à la JOC – pour devenir permanent régional, il prit ses nouvelles fonctions le 1er janvier 1943 à Lyon, où la province jociste avait son siège rue Paul Sisley.

Requis pour le STO la même année, il fut envoyé dans les Alpes autrichiennes et travailla d’abord sur un chantier de construction d’un barrage hydraulique. Sa qualification de mouleur le fit transférer à Oberndorf, à 20 km de Salzbourg, dans une petite fonderie où il resta jusqu’à sa libération et son retour en France à l’été 1945. Antoine Laval retrouva alors ses fonctions de permanent jociste et devint rapidement permanent national à Paris. Promu responsable national de la branche « jeunes » (18-20 ans), il s’occupait en partie de son bulletin L’Équipe ouvrière.

Arrivé au terme de son mandat de permanent à la fin du mois de mars 1948, il se maria en juin de la même année avec Marinette Poulat (voir Marinette Laval), une employée de la SNCF qui avait milité à la JOCF à Saint-Chamond. Le couple eut une fille qui allait devenir médecin. Sur le plan professionnel, Antoine Laval fut embauché aux Forges et aciéries de la marine et d’Homécourt (devenues Ateliers et Forges de la Loire et aujourd’hui Creusot-Loire) à Saint-Chamond (plus de 3 000 salariés), qu’il quitta assez rapidement pour être embauché à la Fonderie Nouvelle de Saint-Chamond où il était mieux payé.

Au cours de cette période, qui était également celle de la scission au sein de la CGT, Antoine Laval s’engagea à Force ouvrière. Selon son témoignage de 1996, deux éléments l’avaient progressivement amené à une « rupture idéologique » avec le mouvement jociste : d’une part, l’attitude de certains aumôniers jocistes (notamment le père Dewitte) ayant encouragé les jocistes à partir travailler en Allemagne ; d’autre part la complaisance vis-à-vis du communisme affichée selon lui par une grande partie du mouvement. Toujours selon son témoignage, Antoine Laval était alors très influencé par les écrits des premiers dissidents soviétiques, ce qui fit naître en lui un anticommunisme viscéral. Sans renier son engagement de jeunesse et tout en étant redevable à la JOC de ce qu’elle lui avait apporté sur le plan de la formation, il justifiait par cette rupture son adhésion à la CGT-FO et le fait qu’il ait progressivement cessé toute pratique religieuse.

On peut toutefois s’interroger sur la part de reconstruction à l’œuvre dans cette analyse a posteriori de l’engagement d’Antoine Laval à FO, dans la mesure où la Loire se caractérisait à l’époque par une très forte proximité entre ouvriers chrétiens et l’UD-FO naissante. Plusieurs éléments doivent être ici pris en compte :

– l’UD-CFTC, sous l’influence de René Mathevet, soutint l’UD-FO dans sa création, en mettant notamment ses locaux et son téléphone à sa disposition et en payant l’impression de ses 9 000 premières cartes, un geste qu’on ne peut réduire à la seule volonté de la CFTC d’affaiblir la CGT et qui, vraisemblablement, puise aussi son origine dans la tradition anarcho-syndicaliste fortement ancrée dans le mouvement ouvrier du département ;

– le père de Marcel Gonin – ancien jociste devenu l’un des principaux dirigeants de la CFTC dans la Loire –, qui était l’un des représentants de la Loire au congrès national de scission de la CGT, fut aussi l’un des principaux artisans de la naissance de Force ouvrière dans le département, ce qui garantissait des passerelles entre les deux organisations ;

– de nombreux minoritaires CFTC, au moment de la création de FO, se sont posé la question de leur adhésion à la nouvelle organisation, comme le résume Marcel Gonin : « Faut-il continuer à se battre en minorité dans la CFTC ou faut-il carrément avec FO fonder l’organisation démocratique qu’on souhaite ? » (Olivier Gonin, op. cit., p. 111) ;

– peu d’anciens cadres jocistes adhérèrent à FO, mais la plupart de ceux qui firent ce choix militaient dans l’Isère, le Rhône et surtout la Loire (Tony Peyre, Antoine Laval…). D’ailleurs, d’autres ouvriers chrétiens de la Loire avaient également rejoint FO, à l’image de Marcel Chausse, membre d’Économie et Humanisme et permanent de la métallurgie FO.

Dès lors, si l’on peut concevoir que FO correspondait aux conceptions personnelles d’Antoine Laval, d’ailleurs très marqué – à l’instar de Tony Peyre – par les cercles d’études de La Révolution prolétarienne qui étaient organisés le dimanche dans le département – Antoine Laval écrivit d’ailleurs plusieurs articles dans cette revue –, le terme de « rupture idéologique » utilisé par Laval pour caractériser son passage sans transition de la JOC à Force ouvrière ne semble guère approprié. En 1947-1948, la frontière existant dans la Loire entre les minoritaires CFTC et une partie des dirigeants de l’UD-FO semble en effet extrêmement ténue et il serait sans doute plus juste d’évoquer un éloignement progressif calqué sur celui qui marqua l’évolution ultérieure des deux UD.

Quoi qu’il en fût, Antoine Laval allait rapidement prendre d’importantes responsabilités locales, départementales puis nationales au sein de Force ouvrière. Premier secrétaire de l’Union locale des syndicats FO de Saint-Chamond et membre du bureau de l’UD dès sa création, il devint permanent dès 1952, désigné par la Fédération de la Métallurgie comme délégué régional pour le Sud-Est. Élu en 1953 à la commission administrative fédérale, il devint membre du bureau fédéral mais ne s’installa à Paris qu’en 1955. Secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie de 1964 à 1972, il fut ensuite secrétaire confédéral (1972-1980).

À ces divers titres, Antoine Laval fut de toutes les grandes négociations avec le patronat français aboutissant aux accords et conventions instituant les retraites complémentaires en 1957, l’assurance chômage en 1958, les garanties de l’emploi en 1969, la formation continue en 1971, l’amélioration des conditions de travail en 1972… En Mai 68, il représenta le secteur privé dans la délégation confédérale à la Conférence de Grenelle.

Sur le plan international, Antoine Laval, partisan des États-Unis d’Europe, représenta FO dans les activités de l’Organisation internationale du travail (OIT) à partir de 1975 et s’occupa alors des relations européennes, internationales et de la coopération avec les pays francophones d’Afrique. Il siégea dans les structures exécutives de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et de la Confédération européenne des syndicats (CES), ainsi qu’à la Commission syndicale auprès de l’OCDE.

Membre du Conseil économique et social français de 1962 à 1973 et vice-président de la section de l’Industrie, membre du Comité économique et social européen de 1974 à 1982 et vice-président au titre des syndicats européens pendant les deux dernières années, Antoine Laval appartint également au Comité consultatif de la CECA de janvier 1967 à octobre 1969 et participa à la création de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail à Dublin, dont il assuma la vice-présidence jusqu’en 1980.

Ayant volontairement mis fin à ses responsabilités syndicales confédérales à l’âge de soixante ans (il était retraité depuis mars 1981), il n’en conserva pas moins une intense activité au cours des quinze années suivantes. À partir d’octobre 1981, il fut chargé de mission au cabinet du président du Conseil économique et social, Gabriel Ventejol*, pour tout ce qui concernait les problèmes de la CEE et du BIT, et ce jusqu’au décès de Ventejol en 1987. Entre-temps, Antoine Laval avait été élu administrateur à la Caisse primaire d’assurance maladie de Loir-et-Cher en octobre 1983 et président du Conseil d’administration de la Caisse régionale d’assurance maladie de la région Centre en mars 1984 (il mit fin à cette présidence en décembre 1984 tout en restant membre du conseil d’administration de cette CRAM). À ce titre, il siégea au Conseil économique et social régional du Centre jusqu’en 1995.

Ayant mis fin à toute responsabilité militante en 1995, Antoine Laval partageait ses jours entre son domicile du XIIIe arrondissement de Paris et sa maison de campagne dans le Loir-et-Cher. Demeurant un observateur attentif des problèmes syndicaux, il assouvissait sa soif de connaissance en assistant à des conférences à la Sorbonne. Opposé par principe à toute décoration, il n’en accepta aucune.

La notice nécrologique publiée dans Le Monde le décrit comme « socialiste ». En 1996, Antoine Laval affirmait toutefois n’avoir jamais été membre d’aucun parti politique et avoir voté alternativement à gauche et à droite – mais ni pour le PCF ni pour le FN –, considérant que les hommes comptaient davantage que les partis.

L’épouse d’Antoine Laval, devenue sous-chef de bureau à la caisse de retraite de la SNCF, milita à l’Union FO des Services centraux et fut notamment membre de la commission nationale féminine de la Fédération FO des cheminots au début des années 1970.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137315, notice LAVAL Antoine, Marie par Éric Belouet, version mise en ligne le 9 juin 2011, dernière modification le 6 septembre 2011.

Par Éric Belouet

Antoine Laval
Antoine Laval

ŒUVRE : Plusieurs articles dans la presse de la CGT-FO et dans La Révolution prolétarienne.

SOURCES : Arch. JOC (SG), fichier des anciens permanents. — Fédération Force ouvrière de la Métallurgie, Les métallos en leur siècle. Les militants de l’efficacité réformiste des premiers syndicats à l’aube de l’an 2000, Paris, Pléiades éditions de l’AIR, 1996. — Régis Grandmagnac, La Fédération Force ouvrière de la Métallurgie de 1947 à 1955, mémoire de maîtrise, Paris 1, 1993. — Pierre Héritier et al., 150 ans de luttes ouvrières dans le bassin stéphanois, Saint-Étienne, Éditions Le champ du possible, 1979. — Olivier Gonin, Marcel Gonin : un ouvrier intellectuel (1921-1954), mémoire de master 1, Paris 1, 2006. — Notice biographique de Marcel Gonin par Frank Georgi et Olivier Gonin dans le DBMOMS. — Entretien avec Antoine Laval, Paris, 28 juin 1996.

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