JULLIEN Jean-Claude, Louis, Marie

Par Jean Limonet

Né le 25 août 1926 à Saint-Cloud (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) ; cadre, chef de service financier, formateur, conseiller financier, rapporteur du Comité interministériel de restructuration industrielle, chargé de mission au Secrétariat d’État à l’économie sociale ; syndicaliste CFTC puis CFDT, secrétaire fédéral à la FGM (1968), secrétaire général du SNICIM (1969), membre du conseil national de l’UCC-CFDT, secrétaire permanent à la confédération CFDT (1986-1988).

Fils d’un banquier qui fit partie des Croix de feu, Jean-Claude Jullien était le troisième enfant d’une fratrie de sept. Élevé dans la religion catholique, il fréquenta le collège Sainte-Croix (1936-1938) à Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine), puis le collège Saint-Martin (1939-1944) à Pontoise (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Ayant obtenu les deux baccalauréats (lettres et maths élém), il s’engagea en août 1944 dans la deuxième division blindée. Démobilisé en juillet 1945, il tenta, sans succès, de préparer le concours de l’IEP de Paris.

Le 15 décembre 1946, Jean-Claude Jullien entra à la Compagnie générale de TSF-CSF, société de construction électronique d’environ 15 000 salariés. Employé, puis attaché à la direction administrative et financière au siège (79 boulevard Haussmann, Paris VIIIe arr.), il devint successivement adjoint administratif du directeur du centre de recherches physico-chimiques (1954-1955) à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine), secrétaire général de Radio-France, filiale de CSF, centre d’études et de construction de transistors (1955-1958) à Levallois (Seine, Hauts-de-Seine), puis attaché à la direction générale industrielle au siège jusqu’à sa démission en 1960. Il fit un bref passage chez Sarazin à Houilles (Seine-et-Oise, Yvelines), entreprise d’études et de fabrication de machines à souder puis trouva, en janvier 1961, un emploi aux Ateliers de montage électrique (AME), rue Saint-Charles (Paris XVe arr.) comme chef du service financier. Lorsqu’en 1964 la Compagnie générale d’électricité (CGE) prit le contrôle des AME, il fut nommé chef du personnel.

Jean-Claude Jullien était membre depuis 1962 du club Jean Moulin. Il y rencontra André Soulat* et Marcel Gonin* dont les échanges l’incitèrent à adhérer à la CFTC (1963). Ayant pris, peu après son adhésion, la défense d’un délégué CGT du personnel que la direction générale voulait licencier, il fut lui-même licencié. Il retrouva un emploi à mi-temps comme attaché financier dans une entreprise de travaux publics dont il fut congédié au bout de quelques mois. Las de cette instabilité professionnelle, il opta pour le statut de travailleur indépendant en devenant conseiller financier d’entreprises.

Dès son adhésion syndicale, Jean-Claude Jullien avait participé aux débats internes sur la politique « d’intégration » des ingénieurs et cadres au sein de la confédération CFDT et dans chacune des branches. Ces débats portaient sur la volonté de réunir l’ensemble des salariés syndiqués d’une entreprise dans la même section syndicale d’entreprise, quelle que soit sa catégorie professionnelle, avec l’objectif de constituer des revendications spécifiques vis-à-vis de la direction. Jean-Claude Jullien milita dans ce sens et devint le premier secrétaire général du Syndicat national des ingénieurs et cadres des industries de la métallurgie (SNICIM), affilié à la FGM, en octobre 1965, lors de son congrès constitutif. Le bureau était constitué de Jean-Pierre Bellart*, président, Jean-Paul Durieux*, vice-président, Serge Veron*, trésorier, et Jean-Marc Le Duc*, Jean-Marie Peter* et Maurice Pretceille*, membres. Les adhérents ingénieurs et cadres contractaient une double adhésion, l’une au syndicat national, l’autre à la section d’entreprise.

Les actions engagées par la branche métallurgie, rejointe par d’autres branches, à la suite de la mise en place de syndicats nationaux d’ingénieurs et cadres de branche, débouchèrent sur la création de l’Union confédérale des cadres (UCC) en 1967 qui se substitua en partie à la Fédération française des syndicats d’ingénieurs et cadres. Comme le prévoyaient les statuts de la FGM, Jean-Claude Jullien fut alors élu membre du bureau fédéral au congrès de Rouen, en avril 1968, avec le titre de secrétaire fédéral de la FGM. Il remplaça au bureau fédéral Michel Deranlot*, élu au congrès de 1965, à Paris. Jean-Claude Jullien fut reconduit membre du bureau fédéral au congrès de Dijon en mai 1971, responsabilité qu’il exerça jusqu’à la fin de l’année 1971.

En mai 1968, Jean-Claude Jullien avait décidé d’interrompre son travail auprès des entreprises pour se mettre à la disposition de la CFDT. Il rejoignit le secrétariat national composé de Jean Maire*, Jacques Chérèque, André Acquier, André Soulat*, René Carème* et Joseph Rose*. Il devint le premier secrétaire général permanent à mi-temps du SNICIM et membre du conseil fédéral. Il prit part en particulier à des actions auprès du CNPF, en occupant avec d’autres cadres, son siège durant une journée. Il participa régulièrement aux négociations nationales sur la convention collective nationale des ingénieurs et cadres de la métallurgie, avec l’union patronale l’UIMM.

La FGM, poursuivant sa politique d’intégration, substitua en janvier 1969 l’Union nationale des ingénieurs et cadres des industries de la métallurgie (UNICIM) au Syndicat national des ingénieurs et cadres des industries de la métallurgie (SNICIM). Les adhérents ingénieurs et cadres de la FGM avaient désormais la double affiliation : à la section d’entreprise et à l’Union confédérale des cadres (UCC). Durant toutes ces années, Jean-Claude Jullien représenta la Fédération de la Métallurgie et travailla à la constitution de l’UCC. Il poursuivit en tant que membre du conseil national les travaux sur la syndicalisation, la formation permanente, la place des cadres dans l’entreprise, les régimes spécifiques de retraites des cadres, etc.

Prenant en compte l’évolution du droit à l’information économique revendiqué par les comités d’entreprises et les comités centraux d’entreprises, Jean-Claude Jullien participa à la constitution en novembre 1970 d’un organisme d’expertise économique, la Société d’expertise comptable (Syndex), spécialisé dans les analyses des comptes des entreprises. Il devint un des intervenants de la société, présidée par Yves Doucet* et composée de Donat Miroux*, Michel Fournier*, Michel Perruchot*, Bernard Lanoé*, Pierre Rosanvallon*, Bernard Billaudot*, Jacques Rivier* et Marie-France Fournier*. Cet organisme rassemblait les informations nécessaires pour analyser les gestions économiques et sociales en apportant aux représentants syndicaux son expertise. Un réseau national d’experts se constitua et Jean-Claude Jullien en devint l’un des principaux animateurs, en même temps qu’il intervenait dans de nombreuses entreprises, appelé par des élus syndicaux en particulier de la CFDT, au nom de leur comité. Lorsque des « groupes de branches » se constituèrent, Jean-Claude Jullien fut leur secrétaire, puis le trésorier du groupe « métaux ».

À partir de 1972, Jean-Claude Jullien, au titre de sa compétence de formateur et conseiller, eut un plein-temps. Il intervint en lien avec les comités d’entreprise dans de nombreuses sociétés et associations diverses notamment sur de nombreux conflits concernant l’emploi et les politiques industrielles, comme celui de Lip qui déboucha sur les accords de Dole en janvier 1974 et l’arrivée de Claude Neuschwander*. En 1983, Jean-Claude Jullien fut nommé rapporteur du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) au ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, à la direction du Trésor. Il présentait les projets de restructuration industrielle au comité interministériel qui instruisait les dossiers des entreprises en difficulté et décidait, éventuellement, d’accorder des aides publiques. Au cours de l’année 1986, il fut appelé comme chargé de mission à la Délégation à l’économie sociale. Jusqu’en 1988, il instruisit des dossiers de collectivités territoriales en matière de développement local afin de leur accorder des subventions d’état. Il suivit particulièrement les dossiers de Lorraine où il travailla avec Jacques Chérèque, alors préfet en mission extraordinaire sur cette région.

De mars 1986 au 1er février 1988, Jean-Claude Jullien exerça la responsabilité de secrétaire permanent CFDT, au secteur « action revendicative-emploi » sous la responsabilité de Pierre Héritier, membre de la commission exécutive. Poursuivant les travaux de réflexion sur les politiques d’emploi, il édita une plaquette qui concernait les comités de bassins d’emploi et le rôle des représentants syndicaux. Il reprit de février 1988 à octobre 1989 des responsabilités à Syndex à Paris qu’il cessa en octobre 1989 pour prendre sa retraite. Il se consacra un an à La Salvetat du Larzac pour s’occuper de la comptabilité et de la fiscalité de la ferme-auberge, dirigée par Alain Desjardin*.

Membre du Club Jean Moulin (1962-1968), du Parti socialiste à Paris, section du XVIIIe, (1975 et 1976), du MRAP, Jean-Claude Jullien fut candidat en vain aux élections municipales à Tréflez (Finistère) en 1995, sur une liste sans appartenance.

Il s’était marié en octobre 1949 avec Michelle Hurel, secrétaire. Le couple eut trois enfants, Geneviève (1950), François (1966) et Vincent (1969).

Jean-Claude Jullien avait été décoré de la Croix de Guerre en 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137458, notice JULLIEN Jean-Claude, Louis, Marie par Jean Limonet, version mise en ligne le 3 juillet 2011, dernière modification le 13 septembre 2011.

Par Jean Limonet

SOURCES : Archives confédérales, archives interfédérales, archives UPSM. — Notes de Gilbert Billon, de Jean-Claude Jullien. — Nombreux entretiens : 5 octobre 2009, 12 au 14 avril 2010, février-juin 2011.

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