JOSÈPHE Noël, Francis

Par Odette Hardy-Hémery, Daniel Hémery

Né le 25 mai 1920 à Lille (Nord), mort le 23 mars 2006 à Béthune (Pas-de-Calais), instituteur puis inspecteur départemental de l’Éducation nationale, résistant, militant socialiste et syndicaliste, conseiller général, maire de Beuvry, conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais, député du Pas-de-Calais de 1981 à 1986 et de 1988 à 1992, président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais de 1981 à 1992.

Noël Josèphe en août 1942, avec sa femme, Aimée Pladys,  institutrice
Noël Josèphe en août 1942, avec sa femme, Aimée Pladys, institutrice
Cliché fourni par Daniel Hémery

Noël Josèphe, enfant illégitime, naquit à Lille à l’hôpital de la Charité, de Lucienne Josèphe, elle-même enfant naturelle et orpheline, alors âgée de dix-neuf ans. Son père était un soldat algérien, sans doute un petit gradé qui commandait une troupe de soldats ou de travailleurs coloniaux cantonnés au hameau de Wagnonlieu, commune de Dainville près d’Arras, et employés aux travaux de réhabilitation de la zone du front. Sa mère, couturière, vivait à Wagnonlieu dans une famille catholique très pauvre, celle d’un ouvrier maçon, V. Desette, dans laquelle son propre père, le docteur Ernest François, maire du gros village voisin de Marœuil, l’avait mise en nourrice à peine née, en février 1901, sa mère, Elisa Depierre, veuve et riche propriétaire du village de Frévin-Capelle, étant décédée quinze jours après la naissance de l’enfant. Ce dernier fut déclaré par son père à la mairie d’Arras sous un nom de circonstance.

Après avoir accouché en mai 1920, Lucienne Josèphe, retenue malade à l’hôpital des suites de son accouchement, confia son enfant à une nourrice rémunérée à raison de cent francs par mois. Sa famille de lait refusa d’entrer en relation avec le père qui semble être reparti en Algérie où l’on perd sa trace. Trois mois plus tard, n’ayant plus de ressources, malade, sans famille et sans travail, Lucienne Josèphe dut se résoudre à placer son fils à l’Assistance Publique en le recommandant à un inspecteur départemental de cette institution nommé Hamel. Conduit à l’Hôpital Dépositaire de Lille le 2 octobre 1920, Noël Josèphe y fut admis parmi les enfants abandonnés le 1er novembre 1920. Le 22 du même mois il fut dirigé sur l’agence d’Hazebrouck de l’Assistance Publique et placé deux jours plus tard dans une famille d’ouvriers agricoles, les Dehongher-Beaupré, à Steenacker (« le champ de pierres »), un hameau du village de Boëschèpe près de Bailleul, en pays flamingant. Cette famille nourricière, qui comptait plusieurs enfants plus âgés, était elle aussi très pauvre et catholique, elle ne parlait pas le français et Noël Josèphe eut jusqu’à l’âge de cinq ans le flamand pour seule langue maternelle. Sa famille nourricière et surtout sa mère, Virginie, rude et pieuse paysanne d’origine belge devenue veuve, lui apportèrent un solide cadre affectif. Il vécut ainsi jusqu’à l’adolescence la vie difficile, mais riche des ouvriers de la campagne flamande dont il partagea la vivace culture religieuse, et apprit à travailler dans les houblonnières et les champs de pommes de terre. Il ne devait découvrir son origine exacte qu’à l’extrême fin de sa vie en 2004.

L’école laïque fut la voie du salut social pour le pupille de l’Assistance publique. À partir de la rentrée de 1926 il en suivit les cours à Boëschèpe avec assiduité et grand succès. À huit ans il était le premier de sa classe : « élève d’élite, excellent sujet, à surveiller pour lui faire poursuivre ses études », notait en décembre 1928 l’inspecteur de l’Assistance publique d’Hazebrouck qui le visitait régulièrement. Le rapport du même le décrit en ces termes le 21 février 1930 : « excellent enfant, très intelligent. Au dire de l’instituteur, merveilleux au point de vue intellectuel ». En mai 1931, il fut reçu au concours des bourses et en conséquence entra en octobre de la même année avec une bourse de 1 600 F comme interne dans l’année préparatoire au Cours d’études primaire supérieures (l’EPS ou « Cours complémentaire ») du collège des Flandres, qu’avait fondé au début du siècle l’abbé Lemire, figure importante du catholicisme social et député-maire d’Hazebrouck. Il y fut un élève brillant et y obtint cinq fois le prix d’excellence. En juin 1932, il fut présenté au certificat d’études primaires avec l’école de Boëschèpe car l’année précédente il n’avait pas l’âge requis et fut reçu avec la mention bien. En 1936, on le trouve toujours à l’EPS et à l’École pratique annexe du collège des Flandres. En juillet de la même année, il échoua au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Douai mais il est au reçu au brevet d’études élémentaire et à la première partie du brevet d’enseignement supérieur. Il obtient les deux autres parties du brevet supérieur en novembre 1938 et en juillet 1939, puis demanda un poste d’instituteur qu’il obtint en octobre 1939 à l’école du Centre de Steenworde dans le département du Nord. Il y fut chargé de la direction de l’école où il était le maître unique de la classe unique du cours d’EPS. D’octobre 1942 à la rentrée de 1943 il effectua un stage de formation professionnelle à l’École normale de Douai puis fut nommé instituteur titulaire au Cours d’EPS de Cassel en octobre 1943.

Entre-temps, il était entré dans la Résistance et appartint au mouvement « Voix du Nord », dont il fut le responsable du secteur Flandre II. Il fut arrêté le 10 avril 1942 par les autorités allemandes, détenu à la prison de Loos, mais finalement libéré le 12 mai. Le 10 août de la même année, il épousa Aimée Pladys, elle-même institutrice à l’école de filles de Steenworde. Sept enfants naquirent de cette union. En septembre 1944, il fut engagé volontaire dans l’armée de la libération et participe aux combats dans la région de Maubeuge puis dans la poche de Dunkerque et de Fort-des-Dunes. Démobilisé en octobre 1945, il fut nommé instituteur à Bailleul (Nord) puis affecté en 1946 au Cours complémentaire de cette ville où il enseigna jusqu’en septembre 1953. Il y anima une troupe théâtrale, le « Théâtre populaire bailleulois », et l’Amicale laïque locale, créa une équipe de basket, un ciné-club et une bibliothèque. Il s’inscrivit en 1947 à la faculté de lettres de Lille pour préparer les quatre certificats de la licence d’enseignement primaire supérieur, il en obtiendra trois en 1947, 1949 et 1951.

Noël Josèphe avait adhéré au Parti socialiste SFI0 en 1946 à Bailleul, bastion de la droite nordiste. Il y fut élu conseiller municipal en 1947, dirigea la liste socialiste qui, alliée aux communistes et aux radicaux, l’emporta en 1953. Il devint adjoint au maire de 1953 pendant quelques mois, tout en poursuivant sa carrière d’enseignant. Entre-temps, il avait passé avec succès en 1951 le concours d’aptitude à l’Inspection primaire et à la direction des Écoles normales (CAIP) et il fut admis à l’École normale supérieure de Saint-Cloud pour une année d’études d’octobre 1951 à septembre 1952, dans le cadre du Centre de formation des élèves-inspecteurs de l’École. De retour à Bailleul jusqu’en septembre 1953, il fut alors nommé inspecteur de l’Enseignement primaire à Chinon, fonction qu’il quitta en septembre 1956 pour prendre les fonctions d’inspecteur départemental de l’Éducation nationale qu’il exercera dans la circonscription Béthune II jusqu’en septembre 1973, puis dans celle de Lille II. La SFIO le présenta à deux reprises aux élections législatives en 1958 et 1962 à Bailleul. Sans succès. Proche de Guy Mollet, il s’installa avec sa famille près de Béthune, à Beuvry dont les socialistes détenaient la mairie depuis 1945. De 1965 à 1971, il fut le premier adjoint du maire socialiste Ernest Boyaval, auquel il succéda comme maire de 1971 à 1995. Ultérieurement, il fut maire adjoint de Béthune de 1995 à 1997 et le premier président du District de Bruay-Beuvry-Noeux nouvellement créé. En même temps, il fut le responsable départemental puis régional du Syndicat des Inspecteurs départementaux de l’Éducation nationale (SNIDEN), dont il resta le trésorier national pendant vingt-cinq ans.

Dès lors, il accumula les responsabilités politiques locales, régionales et nationales. Président départemental et vice-président national des Cercles Jean Jaurès, il devint membre du secrétariat national du Parti socialiste de 1969 à 1971, adjoint à Alain Savary que soutenait Guy Mollet. Il fut rapporteur des nouveaux statuts du parti au congrès d’Issy-les-Moulineaux en 1969 et responsable des Jeunesses et des Étudiants socialistes. En 1973, il fut élu conseiller général du Pas-de-Calais du canton de Noeux-les-Mines avec 49 % des voix dès le premier tour et 81 % au second, mandat qu’il conserva jusqu’en 1982, et la même année il fut désigné par le Conseil général du Pas-de-Calais pour siéger à l’Établissement public régional (EPR) du Nord- Pas-de-Calais dont il devint premier vice-président en janvier 1980. Aux élections législatives des 14 et 21 juin 1981 il enleva au Parti communiste la 11e circonscription du Pas-de-Calais (Cambrin, Laventie, Lens nord-est et nord-ouest) avec 39,4 % des exprimés au premier tour et 70, 6 % au second tour.

En septembre de la même année, il succéda à Pierre Mauroy*, devenu Premier ministre, à la présidence du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais créé par la loi de décentralisation. Aux législatives du 16 mars 1986, couplées aux premières élections régionales au suffrage universel (les deux élections eurent lieu le même jour), Noël Josèphe ne se représenta pas, mais il fut réélu au conseil régional dont il retrouve pour la seconde fois la présidence pour cinq ans. Par contre aux législatives des 5 et 12 juin 1988, il fut à nouveau élu député de la 11e circonscription du Pas-de-Calais par 48,37 % des exprimés au premier tour contre 23,76 % au communiste Rémi Auchedé. Autant les scores communiste et socialiste avaient été serrés en 1981, autant cette fois l’écart fut important entre les deux candidats.

En 1992, à l’issue des élections régionales, les socialistes perdaient la majorité au Conseil régional, dont la présidence passa à la candidate des Verts Marie-Christine Blandin. Noël Josèphe fut néanmoins réélu au conseil régional pour la mandature 1992-1998, au cours de laquelle il présida le groupe socialiste du Conseil. Mais un audit fut demandée dès 1992 sur les irrégularités du fonctionnement et de la gestion de l’ORCEP (Office régional pour la culture et l’éducation permanente), organisme qu’avait créé en mars 1975 la précédente majorité socialiste à l’initiative de Pierre Mauroy. Au terme de la procédure engagée et au titre de sa double présidence de la Région et de l’Office, Noël Josèphe eut à assumer avec les responsables de ce dernier la peine d’amende prononcée par la cour d’appel de Douai en 1998.

Chaleureux, estimé de la population, Noël Josèphe fut l’un des principaux organisateurs du tout nouveau conseil régional au moment précis où les départements du Nord et plus particulièrement celui du Pas-de-Calais se trouvaient durablement dévastés par l’effondrement de la production charbonnière et de leurs anciennes structures industrielles. Son apport fut considérable dans la définition du champ des interventions de la Région : quête de nouvelles implantations industrielles, choix et conduite des programmes d’équipement ou encore mise en chantier du tunnel sous la Manche. Son rôle ne fut pas été moindre dans les domaines de l’éducation et de la culture (il fut vice-président de la commission « Enseignement, culture et sport » de l’EPR de 1974 à 1981), notamment dans la réorganisation de l’Opéra de Lille et dans l’installation, décidée au début de 1981, du Centre Dramatique du Nord-Pas-de-Calais à Béthune dans le but de rééquilibrer l’équipement culturel du département par rapport au Nord et à la métropole lilloise. Son action fut importante dans le développement du théâtre local, des écoles de danse et de musique dans la région béthunoise et au-delà. A partir de 1958, il dirigea les Centres de vacances de la fédération des Flandres des Associations laïques de la jeunesse d’Hazebrouck et présida de nombreuses associations et institutions locales. Beuvry, la ville dont il fut maire, est devenue, à la différence des villes voisines, une commune à forte croissance démographique du fait de l’effort de reconversion économique mené en coopération avec Béthune et les localités proches, du fait aussi de la politique d’adduction d’eau, d’extension des lotissements et du réseau routier mise en œuvre : 35 % des logements y ont été construits après 1962 avec une nette prédominance des habitations individuelles et la construction résidentielle s’y est accéléré après 1975 (30 % des habitants de 1982 n’habitaient pas Beuvry en 1975). Dans l’amorce de la coopération interrégionale dans le cadre de ce qui est alors la Communauté économique européenne, son action a également compté ; vice-président du Conseil des communes et régions d’Europe, il présida l’Euro-région Nord-Pas-de-Calais-Kent- Belgique. Enfin, il avait mis sur pied la coopération du conseil régional avec plusieurs pays africains.

Après 1998, il se retira de l’action politique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137504, notice JOSÈPHE Noël, Francis par Odette Hardy-Hémery, Daniel Hémery, version mise en ligne le 9 juillet 2011, dernière modification le 4 septembre 2011.

Par Odette Hardy-Hémery, Daniel Hémery

Noël Josèphe en août 1942, avec sa femme, Aimée Pladys,  institutrice
Noël Josèphe en août 1942, avec sa femme, Aimée Pladys, institutrice
Cliché fourni par Daniel Hémery

SOURCES : Arch. Dép. du Nord, fonds de l’Assistance publique, dossier 151 632 1920 Jos. — B. Ménager, Ch. M. Wallon-Leducq, Atlas électoral du Nord-Pas de Calais (1973-1992), Presses universitaires de Lille, 1993. — A.Derville (sous la direction de), Histoire de Béthune et de Beuvry, Éditions du Beffroi, Béthune, 1985. — « Souvenirs » de Nöel Josèphe, texte manuscrit établi par Guillaume de Saint-Pierre. — Carrière professionnelle et mandats politiques » de Noël Josèphe, chronologie manuscrite, papiers Noël Josèphe. — La Voix du Nord, 24 mars 1986.

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