JOLY Charles, Pierre, Louis

Par Claude Cuenot

Né le 31 mai 1914 à Seloncourt (Doubs), mort en déportation le 19 janvier 1944 à Natzweiler ; ouvrier ; militant syndicaliste CGT.

Le père de Charles Joly était manœuvre spécialisé dans l’industrie (horloger selon l’acte de naissance) et d’opinion socialiste. La famille habitait dans les cités Japy de Seloncourt (Doubs), ville de quelques milliers d’habitants caractérisée par de nombreuses petites entreprises métallurgiques. Cette ville jouxtant Audincourt (Doubs) et les usines Peugeot constituait un milieu favorable pour les militants syndicalistes et communistes depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Elle devint la première municipalité communiste du département en 1925 avec Roger Vermot-Desroches* comme maire. Au début des années 1930, certains ateliers de mécanique et la mairie employaient des ouvriers chassés d’autres entreprises. Charles Joly grandit dans ce contexte et participa aux manifestations contre l’exécution de Sacco et Vanzetti et à d’autres actions de rue.

Titulaire du CEP, Charles Joly travailla comme décolleteur dans plusieurs petites usines de la ville et à Arbois (Jura) avant d’être embauché chez Peugeot à Sochaux comme manœuvre spécialisé. En 1938, après une formation à l’école de perfectionnement de l’entreprise, il devint rabotteur-outilleur à l’outillage général.
Charles Joly prit aussi des cours à l’Ecole universelle durant huit mois et étudia l’art dans les livres. Il pratiquait la peinture et commençait à se faire connaître comme peintre amateur. Sportif, Charles Joly boxait dans un club d’Audincourt et devînt champion régional. Il présidait également la Sportive vélocipédique ouvrière seloncourtoise, adhérente à la FSGT.
Membre de la CGT chez Peugeot, il adhéra au parti communiste à son retour du service militaire en octobre 1937. Aux côtés de Marius Jacquemard*, Gaston Genin*, Pierre Lana*, il devint très vite un militant communiste. Sans doute en raison de son dynamisme et bien que travaillant à Sochaux, il fut secrétaire de la cellule d’entreprise de Seloncourt. Il forma le CDH d’Audincourt avec Pierre Rizzi*. En octobre 1938, il prît la responsabilité de secrétaire de la section communiste d’entreprise de Sochaux, qui avait compté 400 adhérents en 1937, mais qui manquait gravement de cadres. En 1939, il était aussi un des trois secrétaires de la CGT de l’usine Peugeot.

Travaillant à nouveau chez Peugeot après l’armistice, il participa à la reconstitution du parti communiste dans cette usine. A partir de la fin de l’année 1941, il organisa la diffusion de la presse clandestine, en particulier dans son atelier. L’arrivée du syndicaliste d’Argenteuil Marcel Loeffel, interrégional du Front national, en octobre 1941 dynamisa la nouvelle équipe articulée autour de Henri Plançon, Charles Joly et Maurice Amstoutz. Sous l’impulsion de Richard Perlinski*, ancien brigadiste d’Audincourt, et de Charles Joly, ils s’attachèrent à récupérer des armes et des explosifs de carrière pour équiper les premiers groupes de l’OS.

Contacté par Pierre Georges* arrivé en Franche-Comté pour organiser les premières opérations armées, il s’engagea à partir de la fin mars 1942 dans de nouvelles actions. Le 14 avril, Charles Joly, sous le coup d’un mandat d’arrêt, reçut une convocation de la gendarmerie : il se résolut alors à passer dans la clandestinité. Pierre Georges, devenu « capitaine Henri », donna l’ordre de dispersion dans les bois par groupes de deux ou trois. Ils organisèrent des sabotages dans le Pays de Montbéliard avec Léon Socié de Valentigney, René Gabus de Badevel et d’autres. Lors de son arrestation le 1er ou le 29 mai 1942 à Pont de Roide (Doubs), Charles Joly blessa un gendarme. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité par une Section spéciale de Besançon le 2 juillet 1942.

Déporté le 14 juillet 1943, il mourut au camp de concentration de Natzweiler-Struthof le 19 janvier 1944.
Une rue de Montbéliard porte son nom, et non celle de son homonyme, chef du maquis d’Ecot (Doubs). Dans l’immédiat après-guerre, Joly fut inscrit dans la rubrique « victimes civiles de la guerre » au monument aux morts de Seloncourt. Aucun hommage public ne rappelle sa mémoire dans sa commune.

Marié à Marcelle Belon, qui hébergea courant 1943 des agents du réseau Stockbroker, Charles Joly était père d’une fille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137515, notice JOLY Charles, Pierre, Louis par Claude Cuenot, version mise en ligne le 10 juillet 2011, dernière modification le 4 octobre 2011.

Par Claude Cuenot

SOURCES : CRCEDHC, autobiographie du 30/12/1938, classée AS, 495-270-5999. - Arch. Dép. Doubs, 1 Z 89, 15 W 7, rapports de police 1942. - J.-P. Marandin, Résistances 1940-1944 ; vol 1, A la frontière franco-suisse, des hommes et des femmes en résistance, Cêtre, 2005. - Claude Cuenot, Ouvriers et mouvement ouvrier dans le Doubs de la fin de la Première Guerre mondiale au début des années 1950, thèse histoire, Dijon, 2000.— Association Mémoire de la résistance dans le Doubs, La Résistance dans le Doubs, CD-ROM, AERI 2007.— La Fondation pour la mémoire de la déportation, Le livre mémorial...op.cit.— Etat civil.

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