KLEIN Inès, Jeanne, Colette [épouse KESTEMAN Inès]

Par Marc Giovaninetti

Née le 29 décembre 1919 à Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) ; secrétaire ; militante communiste parisienne ; membre du comité national de l’UJRF en 1945, secrétaire adjointe des Vaillants ; militante de l’Association France-Palestine Solidarité.

Inès Klein grandit à Nice dans une famille dont la mère, d’origine italienne, était catholique pratiquante ; son père, architecte paysagiste de sensibilité socialiste, venait de Roumanie après avoir pérégriné à travers l’Europe, lui–même de lointaine ascendance alsacienne. Il est présenté comme jardinier sur l’ate de naissance de sa fille. La famille, qui comptait trois garçons et quatre filles, était unie, malgré les origines et les sensibilités différentes, mais Inès, la troisième enfant, fut la première à être attirée par le communisme, sans que cela soulève de grandes difficultés. Cela advint par l’intermédiaire d’un ami lycéen de son frère à la fin de l’Occupation, en avril 1944. Elle-même avait arrêté ses études après la classe de troisième, puis trouvé un emploi dans une banque anglaise qui avait dû se séparer d’une partie de son personnel en 1941.

À la Libération, elle fut d’abord envoyée pendant un an à Marseille pour encadrer les jeunes du Front national, ce rassemblement patriotique d’obédience communiste. Mais elle souhaitait monter à Paris. Après que les Jeunesses communistes se furent transformée en Union de la Jeunesse républicaine de France, René Roucaute qui avait été dans la Résistance à Lyon un proche de Raymond Guyot, président de l’UJRF, et de Léo Figuères, qui semblait promis à sa succession, se vit confier la tâche de fonder l’organisation des enfants, l’Union des Vaillants et Vaillantes. Lors de sa réunion du 7 août 1945, le secrétariat de l’UJRF désignait Inès Klein pour le seconder. Elle apparut alors dans les listes d’une quarantaine de noms de la « direction de L’Union », et se trouva noyée dans un comité national pléthorique d’une centaine de membres. Elle y était mentionnée comme membre du Parti communiste, comme la quasi-totalité des dirigeants, ce qui montra les limites de l’élargissement initialement souhaité. La nouvelle association des Vaillants, loi de 1901, fut déclarée le 16 janvier 1946, avec son siège boulevard de Courcelles comme celui de l’UJRF, sous la présidence de Raymond Guyot, et un bureau composé de quatre personnes, René Roucaute comme secrétaire, Lucien Lagaize comme trésorier, Inès Klein et Lucienne Paris. Les buts déclarés étaient de « rassembler tous les jeunes Français et Françaises âgés de 8 à 16 ans, dévoués à la patrie », de les « éduquer dans l’amour de la République, de la démocratie et de la laïcité », d’ « organiser pour la jeunesse des loisirs sains et éducatifs », d’ « étudier la situation des jeunes et de défendre leurs revendications », et enfin d’ « assurer leur formation civique en vue de les inciter à porter leurs efforts à la Renaissance française ». Pendant quatre ans, Inès Klein se donna à fond à sa mission, entretenant d’excellentes relations avec René Roucaute ou avec d’autres responsables tels que Robert Vizet ou Christiane Duluc. Lucien Lagaize, en revanche, ne devait pas garder longtemps ses fonctions. Les épisodes cuisants ou navrants ne manquèrent pas non plus, tel ce camp d’été qu’elle avait organisé en Seine-et-Oise et qui dut battre en retraite sous une pluie diluvienne, ou ce reproche asséné devant le bureau fédéral et les responsables des sections de la Seine par Raymond Guyot, devenu secrétaire de la Fédération, sous prétexte qu’ils n’avaient pas mobilisés les enfants pour le défilé anniversaire de la Commune au Mur des Fédérés.

Dès 1946, en effet, Guyot avait changé d’attributions. C’est André Marty qui établit alors une forme de tutorat sur les organisations de jeunesse. Très opposé à Guyot et à Maurice Thorez, il imposa une ligne beaucoup plus dure et strictement communiste, et chercha à placer des militants prêts à suivre ses consignes. En août 1946, profitant du congrès de l’UJRF à Clichy, les Vaillants tenaient au même endroit leur conférence. Roucaute restait secrétaire général, mais le comité national alors constitué d’Inès Klein, Christiane Duluc et André Valot, s’étoffait en intégrant huit autres membres, dont la responsable du journal Vaillant, Madeleine Bellet, et prenait le nom de « commissariat national ». À la conférence nationale de juin 1949 à Arcueil, Roucaute, Inès Klein et plusieurs autres furent débarqués des postes dirigeants sans grand ménagement, sans qu’elle en impute la responsabilité au secrétaire du Parti communiste, mais plutôt à Raymond Guyot qui aurait « laissé faire ». Elle souffrit d’autant plus de cette destitution que l’Union des Vaillants fut alors « foutue en l’air », d’après elle, et cessa pratiquement d’exister. Elle resta cependant militante communiste, ce qu’elle est toujours, mais s’impliqua moins activement dans des tâches de responsabilité, se contentant plus tard de fonctions de secrétaire de cellule, dans le 19e arrondissement ou à Gentilly (Val-de-Marne) notamment.

Par déception, elle s’éloigna un temps de Paris pour Bordeaux, où elle travailla comme secrétaire aux syndicats puis à la fédération du PCF. Elle y retrouva Henri Kesteman, un autre ancien cadre des Jeunesses communistes, qui après avoir fait une carrière de journaliste à l’Avant-Garde puis à Ce Soir, dirigeait à Bordeaux le quotidien communiste régional. Ils se marièrent en 1950, elle adopta la fille qu’il avait eue d’un précédent mariage, accoucha cette année-là d’une deuxième fille, puis ils eurent encore des jumelles. Ils se réinstallèrent à Paris à la fin de l’année, lui ayant été déchu de sa responsabilité à la suite d’une sombre histoire policière pour laquelle il aurait « porté le chapeau ». Léon Mauvais et Marcel Servin étaient descendus en personnes pour imposer la décision avec l’autorité et le doigté nécessaires à l’occasion d’une conférence fédérale, et elle garde un piteux souvenir du banquet qui suivit, où ils essayaient d’édulcorer l’affaire. Henri Kesteman dut reprendre un emploi hors du Parti dans son métier d’origine de comptable, tout en gardant une activité de militant. Inès Kesteman, elle, ne fut jamais permanente appointée par une entreprise dépendante du PCF, et a longtemps travaillé comme secrétaire dans un cabinet d’avocats. Leur vie de militants les rapprocha alors de la base, et elle reconnaît avoir eu un certain nombre de désaccords avec leur parti, sur l’exclusion d’André Marty ou la mise à l’écart d’autres dirigeants, sur l’appréciation des événements de Hongrie en 1956, ou la mollesse des réactions et la maladresse des déclarations au moment des événements de Mai 1968. A l’heure de la retraite, le couple repartit s’installer dans la ville d’origine d’Inès, à Nice, mais revint ensuite à Paris en 1975. Malade, Henri Kesteman y décéda en 1979.

Un drame personnel devait encore infléchir le cours de la vie d’Inès Kesteman. Sa fille Françoise, devenue infirmière, s’engagea activement pour la cause palestinienne, et partit au Liban comme fedayina. En septembre 1984, à l’âge de trente quatre ans, elle fut tuée avec deux camarades au cours d’un accrochage avec un commando de l’armée israélienne sur une plage près de Saïda. Sa vie et son combat étaient révélés après sa mort par la publication de son journal, Mourir pour la Palestine. Sa mère eut alors à cœur de reprendre le flambeau. Elle milita d’abord pendant dix ans à l’Association Palestine vaincra, successivement à Paris puis à Nice. Ensuite ce fut l’Association France-Palestine Solidarité, dont elle fonda le groupe des Alpes-Maritimes en assurant sa présidence, puis la présidence d’honneur. Inès Kesteman partage désormais son temps entre Nice, sa résidence principale, et la Bourgogne où les parents Kesteman possédaient une maison qui lui est revenue.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137560, notice KLEIN Inès, Jeanne, Colette [épouse KESTEMAN Inès] par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 14 juillet 2011, dernière modification le 23 septembre 2011.

Par Marc Giovaninetti

SOURCES : Archives du PCF, fonds Raymond Guyot 283 J 4 ; dossier personnel d’Henri Kesteman à la Section de montée des cadres. — Archives de la Préfecture de police, G7 53.112 (dossier Guyot Raymond). — L’Avant-Garde, n° 87, 24 avril 1946 ; n° 106, 4 septembre 1946. — Françoise Kesteman, Mourir pour la Palestine, P.-M. Favre, 1985. — Entretien avec Marcel Rozental, ancien dirigeant des Vaillants parisiens, mars 2004. — Entretiens avec Inès Klein-Kesteman, mai et juin 2011.— Etat civil.

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