AVAUX Jules, Oscar.

Par José Gotovitch

Gosselies (aujourd’hui commune de Charleroi, pr. Hainaut, arr. Charleroi), 8 mai 1906 – Mesvin (aujourd’hui commune de Mons, pr. Hainaut, arr. Mons), 7 septembre 1966. Militant syndical, conseiller communal et échevin socialiste de Courcelles (pr. Hainaut, arr. Charleroi) avant 1940, dirigeant syndical et conseiller communal communiste de 1940 à 1948, membre du Comité central du parti, revenu au Parti socialiste de 1951 à sa mort, conseiller communal et échevin à Mesvin.

Né en milieu ouvrier, ayant perdu sa mère à huit ans, Jules Avaux, après un séjour aux Pays-Bas avec son père, achève l’école primaire à Courcelles, auprès de sa grand-mère qui l’éduque. Ouvrier verrier, les cours du soir font de lui un employé. Militant syndical actif, il est remarqué par Léon Watillon*. La Fédération socialiste des syndicats de Charleroi l’envoie à l’École ouvrière supérieure dont il sort avec un diplôme d’auxiliaire social en 1933. Il devient alors permanent puis secrétaire du Syndicat général des employés, section de Charleroi.

Élu conseiller communal à Courcelles en 1932, Jules Avaux est nommé échevin en décembre 1935, tout en participant activement, sous l’uniforme des Jeunes gardes socialistes (JGS), à la campagne pour le Plan du travail d’Henri De Man.
Dans le cadre du Théâtre rouge, il anime le groupe des Gueules noires pour lequel il écrit un chœur parlé, Notre pain quotidien.
Premier suppléant à la Chambre en 1936, particulièrement actif dans l’aide à l’Espagne républicaine, Jules Avaux effectue, en novembre 1936, un voyage d’un mois en URSS. Il en revient enchanté et milite désormais chez les Amis de l’Union soviétique.
Premier échevin après les élections communales de 1938, Jules Avaux fait fonction de bourgmestre après la mort du titulaire, C. Druine, au début de 1940. Présenté à la nomination, il se voit préférer un candidat de seconde zone : ses sympathies pour l’URSS lui ont barré la voie. Le cas Dauge se répète ainsi pour d’autres raisons. De même que son ami Léon Watillon, il démissionne de ses fonctions scabinales le 11 mai 1940 et abandonne totalement le conseil le 23 août.

En juillet 1939, Jules Avaux épouse en secondes noces Julia Demiesse, chef de service au Palais du peuple de Charleroi, proche de l’accouchement quand éclate la guerre. Leur exode en France dure un mois. L’enfant naît à Courcelles en juin 1940.

Au même moment, Jules Avaux adhère clandestinement au Parti communiste belge (PCB). Secrétaire du Syndicat général des employés, techniciens, magasiniers et voyageurs de commerce de Belgique (SETca), section de Charleroi, il s’affilie, par le biais de la centrale nationale, à la nouvelle Confédération générale du travail belge (CGTB) et à l’Union des travailleurs manuels et intellectuels (UTMI). Mais, en août 1941, il refuse de réclamer à ses membres la récente cotisation obligatoire de l’UTMI. Le secrétaire national du syndicat général, Van de Plas*, le démet immédiatement de ses fonctions.
Jules Avaux trouve un emploi au groupement des détaillants en charbon de Charleroi. Dès ce moment, il participe avec les frères, Henri* et Georges Glineur à l’action clandestine du PC, de sa presse syndicale et à la mise sur pied du Front de l’indépendance (FI) de Charleroi. Une perquisition à son domicile le convainc de disparaître. Le 21 juillet 1942, il entre dans la clandestinité pour assumer diverses responsabilités de direction du FI dans le Brabant wallon sous le pseudonyme de « Quevy », puis dans la région de Namur-Luxembourg, ensuite en juillet 1943, dans la totalité des provinces wallonnes.

Dès la Libération, le PCB fait appel à ce syndicaliste chevronné. Jules Avaux préside, en octobre 1944, la première Conférence nationale des Comités de lutte syndicale (CLS) qui décide la création de la Confédération belge des syndicats uniques (CBSU). Il en est élu secrétaire national d’organisation pour la Wallonie en janvier 1945. Le PC fait grand cas de cette recrue, l’une des rares à posséder une expérience effective de l’appareil et du fonctionnement syndical en Belgique. Délégué par les Bruxellois au premier Congrès national du PCB en 1946, il est élu au Comité central. Tête de liste aux élections communales à Boitsfort (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale) où il réside alors, le voilà conseiller communiste. Le parti le charge également de suivre les questions des mutuelles et des coopératives.

La fusion syndicale est en cours. Secrétaire de l’intersyndicale CBSU de Bruxelles, particulièrement influente, Jules Avaux devient secrétaire général de la régionale bruxelloise de la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB). Il conduit l’une des régionales les plus importantes du pays et siège au Bureau exécutif national. Son langage est modéré. Il met tout particulièrement l’accent sur les réformes structurelles, l’unité à parachever, l’appui à la Fédération syndicale mondiale.

Le départ des communistes du gouvernement en 1947 bouleverse le processus de fusion qui a bien de la peine à progresser. Le paysage syndical se tend à l’extrême avec les grèves de février 1948 dans les secteurs Gazelco et poste, fiefs des anciens « syndicats uniques ». Les tentatives d’élargir le mouvement en grève générale, appuyées vigoureusement par le PCB, échouent. Le Ministère Van Acker révoque huit cents postiers. Les délégués communistes sont démis de leur mandat syndical, et finalement la régionale des postiers est dissoute.
L’appui apporté par Jules Avaux à la grève, que désavouent les instances nationales, permet le déclenchement de l’attaque contre lui. Des sections où règnent les ex-CGTistes ne veulent plus le reconnaître comme secrétaire et menacent de dissidence. Le Peuple réclame sa tête. Au Congrès de la FGTB de 1948, l’affrontement, violent, porte également sur le « Plan Marshall ». Candidat au secrétariat national, Avaux se voit claquer la porte au nez par la réduction du nombre de secrétaires à quatre mijotée par les socialistes. André Renard lui-même démissionne en signe de protestation contre la manœuvre.

Pendant quelques mois, Jules Avaux va se prêter encore à la riposte communiste. Il préside une conférence des « unitaires » en mars 1948 dont l’objectif est de reconstruire une FGTB forte sans faire scission. Des comités régionaux d’action ouvrière sont mis sur pied. Pour lui cependant, quelque chose s’est cassé. S’il se laisse réélire au Comité général lors du Congrès de mai 1948, il a déjà cédé son siège de secrétaire régional à Hervé Brouhon en mars 1948.
Quelques semaines plus tard, Jules Avaux abandonne ses fonctions politiques et syndicales, refusant et un retour confortable au Parti socialiste belge (PSB) et la poursuite de son action au PCB. La Noël 1948 le trouve en Touraine ... à la tête d’un élevage de poules que son inexpérience totale mettra deux ans à mener à la faillite. Le PC l’a exclu après coup « pour désertion ». On mesure le drame vécu - et non élucidé - à la démesure de la réaction. Avec trois enfants à charge, le retour en Belgique s’avère pénible. Chômage d’abord. Un emploi d’assistant social à la gare de Mons en 1951 l’amène à se fixer définitivement au Borinage, à Mesvin.

Jules Avaux rejoint le PSB qui en fait, dès 1952, un conseiller communal et, dès 1954, un président de la Commission d’assistance publique (CAP). Il assure, à temps partiel, les fonctions de secrétaire de la CAP à Hyon (aujourd’hui commune de Mons, pr. Hainaut, arr. Mons) et enseigne la législation sociale le soir à l’École industrielle et commerciale moyenne de Wasmes (aujourd’hui commune de Colfontaine, pr. Hainaut, arr. Mons). Il en tire un manuel édité en 1956. À la suite d’un concours, il est recruté en 1957 comme secrétaire de la Société régionale du logement du Borinage (SORELOBO), fonction occupée jusqu’à son décès en 1966.

Jules Avaux connaît un parcours à la fois exceptionnel et cependant exemplatif par séquences : accession à la notabilité par l’appareil et passage effectif à l’occasion de l’effondrement du POB, courage de l’action clandestine ; enthousiasme et notabilité nouvelle par un communisme tout neuf ; incapacité du PCB de capitaliser ces précieuses recrues syndicales de la guerre ; rupture, retour au giron socialiste ; retour à la case départ de la notabilité par le mérite et l’appareil.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137568, notice AVAUX Jules, Oscar. par José Gotovitch, version mise en ligne le 15 juillet 2011, dernière modification le 4 octobre 2022.

Par José Gotovitch

ŒUVRE : « De la lutte revendicative aux conseils d’entreprise », Rénovation, avril 1947 – « Comités d’entreprises ou collaboration des classes ? », Rénovation, août 1947 – Problèmes actuels du syndicalisme, Bruxelles, 1947 – L’outil, l’homme et des conquêtes, 32 leçons d’économie sociale et de législation sociale, Bruxelles, 1956.

SOURCES : Interviews de Mme Avaux, d’Émile Clersy – Le Drapeau rouge, octobre 1944, janvier 1945 ; avril 1946 – CArCoB, Dossier Avaux Jules – Archives communales de Courcelles – STEENHAUT W., De unie van hand-en gesstesarbeiders. Een onderzoek naar het optreden van de vakbondsen in de bezettingsjaren (1940-1944), Thèse de doctorat RUG, Gent, 1983.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable