BORREMANS Jean, Louis, Ghislain.

Par José Gotovitch - Jean Puissant

Braine-le-Château (aujourd’hui pr. Brabant wallon, arr. Nivelles), 14 mai 1911 – Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles , aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 8 février 1968. Maçon, carreleur, dirigeant communiste, déporté, député de l’arrondissement de Nivelles, ministre des Travaux publics de 1946 à 1947, conseiller communal de Braine-le-Château, époux de Berthe Pieterbourg*.

Jean Borremans est issu d’une famille ouvrière. Son père, Léopold, né en 1890, est maçon, sa mère Hélène Ruth, née en 1891, est bobineuse. Tous deux sont nés à Braine-le-Château et s’y sont mariés en 1910. Après ses études primaires, Jean Borremans devient ouvrier du bâtiment comme son père, maçon et carreleur.

Exerçant son métier en France, Jean Borremans adhère aux Jeunesses communistes (JC) en 1926. Il fait son service militaire en 1933, puis milite aux JC où il est membre du Comité central jusqu’à leur fusion avec la Jeune garde socialiste (JGS). En 1935, il devient secrétaire de la Fédération du Brabant wallon et entre au Comité central du Parti communiste de Belgique (PCB) en 1936. Il est élu député de l’arrondissement de Nivelles en 1939, par apparentement.

Domicilié à Tubize (aujourd’hui pr. Brabant wallon, arr. Nivelles), Jean Borremans épouse en 1937 Berthe Pieterbourg*, ouvrière colleuse d’imperméable, militante syndicale et communiste.

Porte-parole du PCB, à la séance de la Chambre le 10 mai 1940, Jean Borremans participe à la reconstruction du Parti après la campagne des 18 jours et, dans une semi-légalité, est chargé de sa réorganisation dans les régions du Centre et de la Thudinie (pr. Hainaut). Arrêté avec sa femme à son domicile le 15 juin 1941, Borremans est interné à la prison de Saint-Gilles pendant dix jours puis au fort de Breendonk dans la commune de Willebroek (pr. Anvers-Antwerpen, arr. Malines-Mechelen) durant trois mois. Il est ensuite déporté à Neuengamme près de Hambourg (Allemagne) où il reste onze mois, et enfin à Dachau en Bavière (Allemagne). Arrivé malade à Dachau, Jean Borremans est pris en charge par le Comité international clandestin dont il devient un des responsables. Il est à l’origine de la création du commandement national belge du camp. Lors de sa captivité, suite aux sévices subis, il perd l’usage d’un œil et d’une oreille.

Libéré par l’armée américaine le 29 avril 1945 et rapatrié en juin 1945, Jean Borremans reprend bientôt sa place à la direction du PCB, comme membre du Comité central puis du Bureau politique en 1946. Il est membre du Présidium du VIIIe Congrès en 1946. Il est réélu député. Dans son arrondissement, le PC progresse de 6,62 % à 21,92 % des suffrages. L’importance de ce succès, son passé de résistant et de déporté, sa position dans l’appareil dirigeant du parti le désignent pour prendre place parmi les ministres communistes des gouvernements Achille Van Acker et Camille Huysmans (socialistes-libéraux-communistes), comme ministre des Travaux publics.

À l’instar de ses collègues, Jean Borremans démissionne le 12 mars 1947 pour protester contre la politique charbonnière du gouvernement. En fait, le PCB, sur le plan intérieur, tente d’accentuer sa différence par rapport au Parti socialiste belge (PSB) et est soumis à des attaques de plus en plus vives des milieux sociaux-chrétiens.
De plus, la Guerre froide a des conséquences même en Belgique. Le 21 septembre 1947, pour protester contre la projection d’un film américain, Le rideau de fer, dont ils tentent d’interdire la sortie à Bruxelles, plusieurs parlementaires communistes manifestent devant le cinéma. Cinq sont arrêtés dont Borremans. Des poursuites sont entamées contre Fernand Jacquemotte* et contre Borremans.

À la Chambre, Jean Borremans tente de s’opposer aux déplacements, à la déqualification des fonctionnaires communistes. Il se préoccupe également de questions fiscales et de l’expulsion d’étrangers, résistants durant la guerre mais communistes. Accusés par Le Phare, organe catholique, d’être des « agents de l’étranger », les ministres communistes obtiennent de la Justice la condamnation de l’organe conservateur en 1946. Mais Borremans, accusé par Het Volk, journal démocrate chrétien flamand, d’être un « incivique dangereux pour l’État » en 1940 et ministre en 1946, obtient la condamnation du journal à 10.000 francs de dommages et intérêts, plus l’insertion dans la presse des jugements prononcés.

En novembre 1947, Jean Borremans devient secrétaire national du PCB, responsable des cadres. En 1951, il est élu président de la Commission de contrôle politique. Associé à la politique sectaire du Parti durant cette période cruciale ce qui lui fait perdre l’essentiel des gains politiques et électoraux conquis à la suite de son attitude durant la guerre, Borremans n’est pas réélu à un poste de responsabilité lors du XIe Congrès à Vilvorde (aujourd’hui pr. Brabant flamand, arr. Hal-Vilvorde) et n’est plus candidat aux élections législatives de 1954. Il quitte alors volontairement le cadre permanent du parti.

Cas assez exceptionnel dans la vie politique, Jean Borremans reconnaît alors que le pouvoir l’a éloigné de sa base ouvrière et fait état de la vanité qui peut s’emparer d’un ministre. Il conserve une activité politique locale - il est en effet élu conseiller communal de Braine-le-Château en 1964 sur une liste « socialistes unifiés » (cinq élus sur onze) - et travaille dès lors dans l’entreprise commerciale, créée par sa femme.

Jean Borremans consacre l’essentiel de ses efforts aux organisations de l’Amicale belge des anciens de Dachau de 1947 à 1964. il est le premier président du Comité international de Dachau, puis vice-président jusqu’en 1962, enfin membre de la présidence collégiale de cette association. Il siège également au bureau de la Fédération internationale des résistants (FIR).

Jean Borremans est parlementaire de 1939 à 1949 et de 1950 à 1954. Il est titulaire des décorations suivantes : commandeur de l’ordre de Léopold, commandeur de l’ordre de Léopold II, Croix du prisonnier politique 1940-1945 aux neuf étoiles, Croix de guerre 1940 avec palmes, Grand officier de l’ordre de Léopold II, médaille commémorative 1940-45 avec deux sabres croisés, médaille de la résistance, Croix civique de première classe.

Jean Borremans qui a un fils adoptif, Claude, meurt des suites pathologiques de sa déportation (tuberculose pulmonaire).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137609, notice BORREMANS Jean, Louis, Ghislain. par José Gotovitch - Jean Puissant, version mise en ligne le 16 juillet 2011, dernière modification le 24 juillet 2020.

Par José Gotovitch - Jean Puissant

ŒUVRE : Collaboration à Communisme et RénovationJustice fiscale, Bruxelles, 1946, traduction néerlandaise – Comment payer moins d’impôts ? Le programme revendicatif immédiat du PCB, Bruxelles, 1951, traduction néerlandaise – Fédération du Brabant, Congrès des 30 et 31 mai 1953. Rapport de Jean Borremans et interventions d’Edgar Lalmand. Texte de la résolution, Bruxelles, 1953.

SOURCES : CArCoB, dossier Jean Borremans – Notice réalisée par P. Fonteneau, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 1984.

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