SANGLA Raoul, Ernest

Par Isabelle Coutant

Né le 1er septembre 1930 à Anglet (Pyrénées Atlantiques), mort le 1er juin 2021  ; réalisateur de télévision à partir de 1964 ; secrétaire de la section assistants-réalisateurs du syndicat CGT du cinéma (1956-1958), membre du bureau du Syndicat Français des Réalisateurs de Télévision SFRT-CGT (1964-1978) ; membre du Parti communiste depuis 1968. Directeur de la Maison de la Culture de Nanterre (1978-1981).

Raoul Sangla a grandi à Anglet dans un milieu artisanal modeste empreint de catholicisme : son père, plâtrier, était gaulliste. A l’âge de 12 ans, Raoul Sangla a été scolarisé dans une congrégation bétharamite ; à 16 ans, il entra au lycée de Biarritz. Son professeur de philosophie, vicaire, lui transmit son goût pour le cinéma. Comme il échoua au baccalauréat, il apprit le métier de plâtrier avec son père, puis travailla un peu plus d’un an à la poudrerie de Sorgue : il y découvrit le manifeste de Marx et Engels et milita à la CGT.
En 1953, il rencontra Joséphine Bidondo, sa future épouse. En 1955, il la suivit à Passy où elle travaillait comme jeune fille au pair. Il intégra une troupe basque, Etorki, et partit en tournée en Allemagne de l’Est en septembre 1955. Il passa une semaine à Berlin, côtoya la troupe du Berliner Ensemble. Il y perçut les enjeux de la mise en scène, l’importance de la forme. De retour à Paris, il gagna sa vie comme garçon-livreur. Conseillé par des amis, il se rendit au syndicat CGT du cinéma, rue des Champs Elysées. Il y rencontra Jean-Pierre Marchand*, alors secrétaire administratif du syndicat. Par l’intermédiaire de Clément Duhour, originaire d’Anglet comme lui, il se retrouva assistant sur un tournage de Carné de février à mai 1956 (pour le film Le Pays d’où je viens). Il travailla ensuite comme assistant pour plusieurs réalisateurs, alternant tournages (Assassins et voleurs de Sacha Guitry, L’amour descend du ciel de Maurice Cam, etc.) et périodes de chômage. Pendant ces deux années, il fut aussi secrétaire de la section des assistants-réalisateurs du syndicat CGT du cinéma.

Il arriva à la télévision fin 1959, grâce à Daniel Georgeot qui le mit en relation avec Stellio Lorenzi* alors en quête d’un second assistant. Il assista Lorenzi jusqu’en 1960. En septembre 1964, il accéda au statut de réalisateur. Il intégra ensuite le bureau du SFRT (il y restera jusqu’en 1978). Il s’est spécialisé dans les émissions de divertissement, principalement Discorama, l’émission de Denise Glaser. De manière instinctive, il traitait le studio « comme un lieu de travail et non comme un lieu de magie », et changeait la manière de filmer, s’opposant à l’ordre esthétique académique dans lequel il avait jusqu’alors été immergé. L’image faisait ainsi apparaître les coulisses du studio (hommes, objets) tout autant que le spectacle qui s’y produisait. En mai 1968, il fut détaché à l’intersyndicale de l’ORTF : il en devint le secrétaire général et présida les assemblées quotidiennes de tous les représentants à la Maison de Radio France. Il adhéra au PC fin 1968.
De septembre 1978 à août 1981, il quitta la télévision pour diriger la Maison de la Culture de Nanterre (il remplaça Pierre Debauche qu’il avait connu comme acteur sur les films des Buttes Chaumont). Il profita de cette période pour élaborer sa réflexion sur son travail à la télévision. En 1981, il fut sollicité pour concevoir un journal « différent » sur Antenne 2 : il dirigea la réalisation de onze éditions du « journal d’en France » (tourné dans différentes régions, « sur les lieux de vie des acteurs de la réalité ») de septembre 1981 à février 1982. Il s’est ensuite intéressé à la « télévision de proximité », travaillant notamment à Gennevilliers en 1983-1984 (TéléCité Première était la télévision locale de l’association « Gennevilliers votre ville »). Alors que dans les années 1950 et 1960 les réalisateurs se pensaient comme « les nouveaux hussards noirs de la République », avec pour mission d’araser l’inégalité des chances culturelles, Raoul Sangla considérait a posteriori que c’était une illusion, le « vice » de la télévision étant qu’elle tient le spectateur « immobile et muet » devant ce « grand alambic du consensus qui le dévitalise civiquement » : « On ne fait pas la Révolution avec un spectacle ». La télévision ne lui semblait désormais intéressante que si elle montrait le rapport du citoyen à la communauté, permettant à chacun d’entrer dans le champ, d’intervenir comme acteur. Il s’agissait de passer du spectacle à l’action solidaire. Il a toutefois peu réalisé au cours de ces années : alors qu’il a produit 300 heures de programmes entre 1964 et 1978, il en a produit seulement une vingtaine de 1981 à 1993. Au cours des années 1990, il a travaillé pour TV5 Europe. En 2006, il a terminé un film sur les réalisateurs de l’ORTF. En 2007, il était toujours membre du Parti communiste, mais « sans illusions ». Il n’a jamais eu de responsabilités au PC et estime n’avoir jamais été un militant très assidu : « J’ai été plus actif avec mon syndicat qu’avec mon Parti », dit-il.
Il a épousé Joséphine Bidondo le 7 avril 1956, dont il a eu trois enfants : Sophie née en 1958, Iban né en 1962 et Sylvain né en 1969.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137632, notice SANGLA Raoul, Ernest par Isabelle Coutant, version mise en ligne le 17 juillet 2011, dernière modification le 6 juin 2021.

Par Isabelle Coutant

ŒUVRES (filmographie sélective) :
Discorama (1964-1967).— Allegro (1966-1968). — Le Nouveau Dimanche (1967-1968) — l’Invité du dimanche (1968-1970) — la Ville idéale (1969) — la Croisée (1974) — la Passion (1978) — Aragon (1979) — Don Quichotte à Nanterre (1980) — le Journal d’en France (1981-1982) — l’Enéïde (1983) — Télé-cité 1ère à Gennevilliers (1984) — Henri Lefèbvre ou le fil du siècle (1987) — les Trois trajets d’Armand Gatti (1989) — Comment s’en sortir sans sortir (1989) — Référence (1992-1999) — Télévision, création citoyenne (1997-1998) — De quelques cognacqjaypithèques (2006). (Liste exhaustive dans le Who’s who).

SOURCES : Jacqueline Beaulieu, La Télévision des réalisateurs, Paris, INA-La Documentation française, 1984. — Christian Bosséno, « 200 téléastes français », CinémAction, hors série, Paris, Corlet-Télérama, 1989 — Jérôme Bourdon et alii (dir.), La grande aventure du petit écran. La télévision française, 1935-1975, Paris, Musée d’Histoire contemporaine, BDIC, 1997. — Isabelle Coutant, « Les réalisateurs communistes à la télévision. L’engagement politique : ressource ou stigmate ? », Sociétés et représentations, CREDHESS, février 2001 — Raoul Sangla, Heures ouvrables et Carnet de doute. — Entretiens avec R. Sangla (21 septembre 1999 et 1er juin 2006).

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