LAHALLE Dominique, Marie, France

Par Michel Pinault

Né le 20 février 1916 à Paris (XVIIe arr.), mort le 11 octobre 2012 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; sociologue, chercheur scientifique ; dirigeant de la Jeunesse étudiante catholique et de l’Association catholique de la jeunesse française avant 1940, membre du Parti communiste français après la Libération ; militant de la CGT (comité confédéral économique et social et fédération du textile), secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques-FEN (1963-1968), membre de la commission administrative de la Fédération de l’Éducation nationale en 1966 ; signataire du Manifeste des 121 ; secrétaire général de France-Amérique latine (1971-1978), membre du bureau exécutif puis secrétaire général de la Coordination européenne pour le droit des étrangers à vivre en famille (Bruxelles).

Le père de Dominique Lahalle était ingénieur. Né dans une famille « culturellement mixte » (père français catholique pratiquant, mère britannique, de l’Île Maurice, agnostique de tradition protestante), Dominique Lahalle se disait « profondément marqué par la découverte, à 18 ans, de la vie des jeunes ouvriers ». Il fut un des pionniers de la JEC, dans son lycée puis au secrétariat national et fut, pendant un an, secrétaire national adjoint de l’ACJF.

Bachelier A’ (Philosophie) en 1935, licencié ès Lettres (licence inachevée en 1939 et terminée en 1958), Lahalle devint attaché, chargé puis maître de recherches au CNRS. Sociologue, spécialiste de l’étude des migrations internationales, il fonda et dirigea le Groupe de Recherches Coordonnées (GRECO 13) – Migrations internationales de 1974 à 1981). Emile Témime lui succéda jusqu’en 1988.

Lahalle fut mobilisé en septembre 1939. En raison de ses responsabilités aux jeunesses catholiques, il fut appelé, en septembre 1940, au Secrétariat d’État à la jeunesse de Vichy comme chargé de mission (1940-1942). Il démissionna après l’occupation de la zone non occupée et, devenu chargé de mission au comité social du cuir (1943-1944), il organisa l’aide au passage vers le maquis et en Espagne. À la Libération, il fut chargé de mission au Comité des œuvres sociales pour les étudiants (1945-1946) puis fut vendeur à la librairie La Hune (1947). Collaborateur au Centre confédéral économique et social de la CGT (1948-1951) puis permanent à la fédération CGT du textile (1951-1954), il réalisa des études sur le monde du travail. Il fut aussi actif à Peuple et Culture, proche de la CGT.

Hospitalisé en sanatorium du 1954 à 1957 (tuberculose), Lahalle devint collaborateur technique de Pierre Naville* au Centre d’études sociologiques du CNRS (1957-1959) puis chercheur en sociologie du travail puis en sociologie des migrations internationales (1959-1981). Il termina sa carrière comme directeur du GRECO (1978-1981).

Lahalle expliquait cette orientation de sa carrière par le fait que « le centre d’études sociologiques s’intéressait alors beaucoup à la sociologie ouvrière et cherchait des gens qui n’aient pas une connaissance purement intellectuelle des choses mais qui aient vécu un peu plus en contact avec le monde ouvrier. Je n’avais pas travaillé en usine mais j’avais été permanent syndical pour la fédération du textile et, je n’étais pas un vrai juriste mais j’avais fait quand même suffisamment d’étude pour me débrouiller avec des textes juridiques. Mon travail consistait en grande partie à aller défendre dans le cadre de la Convention collective qui était en discussion les militants syndicalistes dans les différentes régions. »
Lahalle adhéra au PCF au lendemain de l’éviction des ministres communistes du gouvernement (1947). Il considérait plus tard avoir été « un militant communiste convaincu, d’abord enthousiaste puis plus critique, mais discipliné ». Souvent encouragé à prendre des responsabilités dans des organisations de masse (syndicats, Mouvement de la paix, comité France-Amérique latine), il expliquait qu’on ne lui avait jamais confié de responsabilités importantes dans les cadres du parti en raison de ses avis critiques et ses désaccords rapidement et souvent exprimés. En revanche, ce fut bien comme « crypto-communiste » qu’il devint secrétaire général du SNCS. En effet, bien connu comme communiste par les chercheurs du Centre d’études sociologiques dont certains, comme Edgar Morin, se méfiaient de lui, ses camarades, Jean Jacques, biologiste du Collège de France, en particulier, le mirent en avant sans que ses liens avec le parti soient connus par les chercheurs des autres disciplines. Comme il avait signé le Manifeste des 121, cette présentation put être crédible. Il jugeait que son expérience à la CGT le servait aussi : « ayant été militant syndical et non pas militant politique, j’avais depuis longtemps le souci de parler un langage ouvert à tous les travailleurs et pas simplement à ceux qui avaient une carte du parti communiste. Je me souviens de discussions difficiles avec un certain nombre de militants communistes du SNCS qui venaient toujours aux réunions en ayant lu l’Humanité et disant voilà la ligne, le mot d’ordre et qui faisaient des propositions pour qu’on adopte des motions de soutien sur les problèmes de politique générale dans lesquelles ils calquaient le vocabulaire du parti, ce qui était évidemment la bêtise à ne pas faire parce que même ceux qui étaient d’accord avec les idées et il y en avait pas mal, n’avaient pas envie d’apparaître comme les suiveurs du PC. Pour ma part j’essayais toujours de comprendre la ligne politique du parti, sauf dans les cas où j’étais en désaccord, ce qui est arrivé pour l’Algérie, j’essayais de voir comment des intellectuels du CNRS pouvaient partager ces idées avec éventuellement des nuances, un vocabulaire différent. » Il soulignait par ailleurs qu’il n’existait pas de « fraction communiste » au SNCS.

Entré à la CA du SNCS-FEN en 1960 et au bureau national la même année, Lahalle devint ensuite secrétaire général adjoint en 1961, secrétaire général de 1961 à 1967 et, de nouveau secrétaire général adjoint en 1967-1968.

Au cours de son mandat de dirigeant du SNCS, Lahalle impulsa une évolution du rôle du syndicat en direction de ce qu’on pouvait appeler la cogestion de la recherche : « La grande transformation qu’on a faite ça a été de transformer la base du syndicat avec les comités de liaison à côté des sections syndicales. Ce n’était pas une idée des sociologues ou des sciences humaines, c’était une idée des sciences exactes. Il s’agissait d’essayer d’organiser notre action syndicale en nous calquant sur la structure du CNRS c’est-à-dire des commissions scientifiques. Il y en avait vingt et une. On a assez vite compris du côté des sciences humaines qu’il ne s’agissait pas simplement de défendre les carrières des personnes mais qu’il s’agissait aussi de défendre les moyens de recherche et notamment pour nous sciences humaines l’autonomie par rapport à ceux qui monopolisaient la recherche à l’époque c’est-à-dire les ministères. Le ministère du travail en particulier monopolisait toutes les recherches sur les sciences sociales, il passait des commandes, il donnait les crédits et il fallait quand même aller à peu près dans le sens qu’il souhaitait. Donc on voulait avoir un comité scientifique indépendant et élu par le personnel scientifique lui-même, universitaires et chercheurs, donnant son avis sur le plan et ça coïncidait avec l’arrivée de de Gaulle que nous n’aimions pas spécialement dans le milieu mais qui voulait favoriser la recherche. Nous avons donc créé, au sein du syndicat, des comités de liaison disciplinaires, Nous avions donc mis en place un double fonctionnement : d’une part, pour les problèmes strictement de revendications corporatives générales y compris de promotion, les sections syndicales locales agissaient, comme dans tous les syndicats, d’autre part, quand il s’agissait soit des objectifs de recherche et des crédits, ce qui est lié car on a des crédits si on a des objectifs de recherche, soit des carrières qui sont liées aussi à des parcours scientifiques, les comités de liaison prenaient le relais. Nous avions donc une double structure, les comités de liaison devenant petit à petit aussi importants, alors que statutairement ils ne l’ont jamais été, que les sections. Statutairement, les congrès syndicaux étaient préparés dans les sections mais pour les élections professionnelles du comité national, qui sont devenues très importantes puisque c’est à ce moment-là que nous avons obtenu que les chercheurs qui étaient représentés par deux personnes soient représentés par six (deux de catégorie A, deux de catégorie B et puis des techniciens), toute la préparation se faisait par les comités de liaison. »
 
Pendant le printemps 1968, Lahalle occupa les fonctions de secrétaire général, le SG en titre, Jean-Pierre Chevillot, étant démissionnaire. Lahalle y voyait ensuite une « expérience passionnante du conflit intérieur des militants syndicalistes partagés entre la revendication d’être représentés au niveau des décisions et le refus d’assumer la responsabilité des choix ». En effet, « le SNCS syndique alors près de 70 % des chercheurs dans une organisation la plus démocratique et la plus responsable possible mais cette tentative se solde par un échec après mai 1968 lorsqu’une majorité de chercheurs rejette la participation du SNCS au directoire du CNRS ». En 1968, Lahalle tenta, en vain, de faire le pont entre les communistes représentant la direction du parti, comme Boccara et Mazlieu, et les trotskistes, comme Francis Bailly qui lui succède au secrétariat général du SNCS pendant quelques mois.
Secrétaire général de France-Amérique latine de 1971 à 1978, Lahalle milita ensuite dans le soutien aux immigrés. Il fut écarté de l’Association pour l’enseignement et la formation des travailleurs immigrés, car ses camarades communistes le jugèrent « pas dans la bonne ligne ». Il quitta le PCF sans rejoindre aucun des courants d’ex-communistes. Il continua, selon son témoignage, de militer « en communiste » et se considérait, depuis sa mise à la retraite, en 1981, comme un « militant bénévole à plein temps ». Militant du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la Paix, il y anima pendant plusieurs années la commission « Immigration ». À ce titre, il participa à de nombreuses initiatives inter-associatives, notamment, en 1992, à la fondation de la Coordination européenne pour le droit des étrangers à vivre en famille (AISBL, Bruxelles). Membre de son bureau exécutif, il en devint le secrétaire général.

Lahalle se maria religieusement, en 1940, avec Simone Resse, secrétaire de direction. Ils eurent trois enfants et divorcèrent en 1961. Il eut un enfant, en 1945, avec Jacqueline Aimot, future conseillère juridique à la CGT (1947). Il se remaria, en 1965, avec Rosa Rozencwajg, chargée de recherches au CNRS, décédée en 1970, puis avec Annina de Calvalho, avocate, réfugiée politique, chercheur au CNRS en Sciences juridiques, décédée en 2002.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137671, notice LAHALLE Dominique, Marie, France par Michel Pinault, version mise en ligne le 23 juillet 2011, dernière modification le 28 mai 2021.

Par Michel Pinault

ŒUVRE : Publications diverses en sociologie, en particulier dans la Revue française de sociologie et dans Sociologie du travail. Articles dans la Vie de la Recherche Scientifique. « La responsabilité des scientifiques dans l’orientation et l’organisation de la recherche », Atomes, n° 261, janvier 1969.

SOURCES : Vie de la Recherche Scientifique, revue du SNCS, notice bibliographique remplie à la demande de Michel Pinault (février 2003) et entretien avec celui-ci, le 4 avril 2003, à son domicile. — Françoise Blum, Les vies de Pierre Naville, Centre d’histoire sociale du XXe siècle. — Jean-Christophe Bourquin, Syndicalisme et communauté scientifique : le Syndicat National des Chercheurs Scientifiques 1956-1967, inédit, 1990.— Etat civil.

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