JUSKIEWENSKI Georges, Stanislas

Par Gilles Morin

Né le 16 mars 1907 à Guettar El Aïech (Constantine-Algérie), mort le 6 septembre 1974 à Livernon (Lot) ; docteur en médecine, conseiller économique et social ; résistant, militant socialiste, puis divers gauche du Lot ; maire de Figeac (1947-1959, 1967) ; conseiller général de Figeac-Ouest (1945-1974) ; vice-président du conseil général (1947-1964) ; député (1956-1958 ; 1958-1967).

Fils de percepteur, né en Algérie où il résida vingt ans avant de devenir élève de l’École de santé navale de Bordeaux, de 1929 à 1933, Georges Juskiewenski était breveté de langue arabe. Il s’installa à Figeac à l’issue de l’Ecole d’application militaire de Marseille. Il fut « médecin de campagne » durant vingt ans à Figeac.

Mobilisé en septembre 1939, avec le grade de médecin lieutenant, Georges Juskiewenski, n’aurait eu aucune activité politique sous l’Occupation selon les RG. Sa femme, en revanche, fut internée à Compiègne pour fait de résistance, et il fit partie du comité local de libération de Figeac. Mais, selon le Dictionnaire des Parlementaires de la IVe République, il s’engagea dans la Résistance en août 1941, puis, sous la direction d’Edmond Michelet, travailla à la constitution des maquis du Lot. Recherché par la Gestapo, il put s’échapper, mais son épouse fut déportée jusqu’à la fin de la guerre au camp de Neu-Briem. Il aurait aussi participé à la Libération de Paris, au cours de laquelle il fut blessé, avant de devenir membre du comité de libération local de Figéac. Quoi qu’il en soit, il bénéficia d’une réputation de « résistant » dans le Lot, de sorte que lors des cantonales de septembre 1945, il reçut l’investiture de la SFIO, à laquelle il adhéra à cette occasion. Il avait débuté peu avant une carrière locale qui devait durer un quart de siècle : élu en avril 1945 conseiller municipal de Figeac, Juskiewenski gagna le siège de conseiller général du canton de Figeac-Ouest en septembre 1945. Il fut réélu à cinq reprises à ce mandat (en 1949, 1955, 1961, 1967 et 1973). Vice-président du conseil général à partir de 1947, il occupait toujours cette fonction en 1964 et présidait la commission des Finances en 1955 et 1964. Il présidait encore le syndicat d’électrification rurale de Figeac en 1958.

Juskiewenski consolida sa position en étant élu maire de Figeac – en battant le communiste Despoux, maire sortant –, d’octobre 1947 à mars 1971. Sa liste, de type troisième force, comprenait des élus radicaux-socialistes et MRP.

Ces succès électoraux et son statut de notable rural pouvaient permettre à Juskiewenski de briguer un siège de député, mais la domination radicale, avec à la tête de la fédération Maurice Faure et Gaston Monnerville, limitait l’espace pour les socialistes, d’autant que la fédération possédait à la fois un jeune espoir issu de la Résistance, Georges Archidice*, devenu député à la Libération, et un vétéran issu du radicalisme Jean Rougier*, son unique colistier. La mise à l’écart d’Archidice, après un scandale en 1950, fit de Rougier le député titulaire. Ce dernier se représenta aux législatives de juin 1951, avec Juskiewenski comme colistier, en deuxième position sur la liste de la SFIO et l’avocat Pierre Faugères en troisième. Le maire de Figeac n’aurait pu faire la campagne que le soir, après son travail, mais assura cependant douze réunions. Le décès de Rougier, en juillet 1952, lui libéra la voie. La liste socialiste était apparentée à celles du RGR, du MRP et une liste de groupement des contribuables, conduite par le député Abel Bessac, dissident du MRP. Elle obtint les trois élus : Rougier, Maurice Faure et Bessac. Juskiewenski se récusa, refusant de se présenter. Mais, il devint au milieu des années 1950 le leader incontesté de la fédération qu’il redynamisa, tout en consolidant sa position personnelle. Il était par ailleurs vice-président de l’Association des maires du Lot en 1955.

Pour les élections législatives du 2 janvier 1956, Georges Juskiewenski conduisit la liste SFIO qui recueillit 16 425 voix sur 83 498 suffrages exprimés ; 18 748 voix se portèrent sur son nom, ce qui témoignait de sa forte popularité. L’affaiblissement des Indépendants paysans, du fait du succès poujadiste, dont le mouvement était né dans le département, permit à Georges Juskiewenski de reprendre le siège perdu lors du décès de Jean Rougier, sans conclure d’apparentement avec les radicaux. Juskiewenski entra donc à l’Assemblée nationale, aux côtés du radical Maurice Faure et du communiste Henri Thamier. Il siégea à la commission de l’agriculture et à la commission des territoires d’outre-mer. Il fut désigné au Conseil supérieur de la France d’outre-mer. Le Dictionnaire des parlementaires met en valeur son intense activité à l’Assemblée, principalement dans les domaines agricoles et sur les questions d’Outre-mer et rapporte le fait qu’il fut le seul député socialiste à signer en juin 1956 un texte visant à établir un pouvoir fort pour assurer la stabilité gouvernementale. Les onze autres signataires étant des élus gaullistes et de droite (Pascal Arrighi, Christian Bonnet, Jean de Lipkowski, Giscard d’Estaing…), mis à part Roland Dumas. Ses votes furent conformes à ceux du groupe socialiste, Georges Juskiewenski votant notamment la confiance aux cabinets Mollet (26 octobre 1956) et Bourgès-Maunoury (12 juin 1957) et en faveur de la ratification des traités instituant la CEE et l’Euratom.

Mais, au sein des instances socialistes, Juskiewenski se montra très critique envers la politique en Algérie du gouvernement Mollet et de Robert Lacoste. Lui qui était né et avait vécu sa jeunesse en Algérie était passionné par la question. Sans se ranger dans la minorité Depreux, ni ensuite dans celle conduite par Gaston Defferre, Juskiewensi, qui appartenait à la commission exécutive du groupe parlementaire socialiste, dès le 18 octobre 1956, disait en réunions internes, sa crainte que « la pacification ne soit plus un moyen, mais une sorte de fin en soi », puis critiqua la torture. Il se prononça contre le renouvellement des pouvoirs spéciaux en juillet 1957, mais resta discipliné. Le 11 février 1958, au sein du groupe il apostropha Lacoste, évoquant un « crime contre l’humanité » et tenait un langage semblable dans les réunions nationales du parti. Au congrès national de juillet 1957, prenant à partie Max Lejeune, il affirmait : « La pacification ne peut durer, elle ne peut pas être une fin en soi, ou alors elle conduit inévitablement à ces pouvoirs spéciaux qui font horreur à tous, parce qu’ils permettent de frapper aveuglément et qu’ils engendrent ainsi la haine et le meurtre terroriste. » Il demandait un statut nouveau, même octroyé, qui briserait avec le passé, mais qui permettrait de donner un avenir à la masse de la population musulmane.

Georges Juskiewenski vota pour la confiance à Pierre Pflimlin le 13 mai 1958), puis en faveur de l’état d’urgence trois jours plus tard et fut l’un des premiers parlementaires socialistes à se rallier à la solution de Gaulle. Le 27 mai 1958, en réunion de groupe, il vota pour la liberté de vote et, dans le vote indicatif interne, pour le soutien de la candidature gaulliste à la présidence du Conseil. Il vota la proposition de résolution tendant à la révision constitutionnelle, et se prononça pour la confiance au général de Gaulle le 1er juin 1958, puis, le lendemain pour les pleins pouvoirs et la nouvelle rédaction de l’article 90 de la Constitution.

Juskiewenski évolua vers le gaullisme de gauche. Avec Jean de Lipkowski, Pierre Clostermann, et les socialistes Paul Alduy*, Georges Altman et Henri Frenay*, ils formèrent l’intergroupe du Centre de réforme républicaine. Il quitta la SFIO, ce qui contribua à désorganiser la fédération du Lot, d’autant que plusieurs autres responsables fédéraux passaient au PSA en 1958 et 1959. Il fut donc candidat aux législatives de novembre 1958 sous l’étiquette « Centre de la réforme républicaine ». Réélu député en 1958 et en 1962 dans la deuxième circonscription du Lot, il s’inscrivit au groupe de l’Entente démocratique puis à celui du Rassemblement démocratique. Il appartint aux commissions de la France d’Outre-mer, et à la commission des Affaires culturelles et sociales. Il fut encore rapporteur du projet de Loi-cadre agricole. Sénateur de la Communauté, présenté par le groupe des “Non inscrits”, il fut vice-président de l’association Europe-Afrique. Il votait parfois avec la gauche et contresigna des motions de censure avec elle, comme celle d’octobre 1960.

Juskiewenski se rapprocha alors de Maurice Faure, sans adhérer au parti radical. Il s’en sépara entre les deux tours de l’élection législative de 1967, lorsque Maurice Faure, menacé de ne pas être réélu, accepta le parrainage FGDS et le soutien du PCF. Lui-même, qui avait refusé d’appliquer les directives de la Fédération de la gauche qui prévoyaient le désistement en faveur du candidat de la gauche le mieux placé au premier tour, fut battu par le gaulliste Bernard Pons : il obtint 11 191 suffrages, contre 15 166 au docteur Pons, 3 611 au candidat FGDS, Jean Bonnafous, et 10 355 au communiste Thamier qui resta seul au 2e tour face au candidat de la majorité. Juskiewenski avait tenté d’obtenir l’étiquette “Ve République” mais Georges Pompidou s’y opposa car il avait voté une motion de censure. Il conserva une influence locale importante à Figeac et dans le canton. En 1969, il prit position en faveur de Georges Pompidou lors de l’élection présidentielle.
Il fut réélu maire de Figeac en 1971 et conseiller général en 1973.
Georges Juskiewenski mourut le 6 septembre 1974 à Livernon dans le Lot d’une crise cardiaque, à l’âge de soixante-cinq ans. Membre du Conseil économique et social lors de son décès, il avait été décoré de la Croix de guerre 1939-1945 et était chevalier de la Légion d’Honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137679, notice JUSKIEWENSKI Georges, Stanislas par Gilles Morin, version mise en ligne le 23 juillet 2011, dernière modification le 24 avril 2016.

Par Gilles Morin

ŒUVRE : Auteur de nombreux articles politiques, il publia un ouvrage sur Marat aux éditions Delmas.

SOURCES : Arch. Nat. F7/15526, n° 11508 ; F/1b1/990 ; F/1cII/218, 270, 277, 305, 311, 321, 376, 568, 703 ; F/1cIV/153 et 157 ; CAC, 19770359/20 et 25, 19830172/170. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1960. — Archives de l’OURS, dossiers Lot. — Archives du Centre d’histoire de Sciences Po, fonds du groupe parlementaire socialiste. — Arch. Assemblée nationale. — Profession de foi aux législatives de 1958. — Nouveau dictionnaire national des contemporains, Paris, J. Robin, 1964. — Dictionnaire des Parlementaires de la IVe République, op. cit.

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