CARTIER Camille, Jeanne [née ROYER]

Par Daniel Grason

Née le 31 janvier 1888, à Saint-Dizier (Haute-Marne), morte le 2 mars 1945 à Ravensbrück (Allemagne) ; blanchisseuse ; militante de la CGT et du Comité mondial contre la guerre et le fascisme ; résistante ; déportée.

Camille Cartier.
Camille Cartier.

Fille d’Émile, Eugène Royer et de Marie, Augustine née Marchand, Camille Cartier obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. Mariée, elle était de fait séparée de son mari, mère d’un enfant majeur. Elle habitait 18, rue de l’Arbre-Sec (Paul-Vaillant-Couturier) à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). Elle travailla dans une blanchisserie au 12 rue du Moulin-de-la-Tour à Gennevilliers, syndiquée à la CGT, elle fut déléguée du personnel féminin.
À la suite de l’échec de la grève générale du 30 novembre 1938 contre les décrets lois Daladier Reynaud qui mettaient en cause les quarante-heures, un des acquis des luttes de juin 1936, elle fut licenciée. Elle a été secourue par le fond chômage du 7 décembre 1938 au 15 juillet 1939. Du 30 juillet 1939 au 11 juin 1940, elle travailla aux blanchisseries Gille au 38 rue Félicie à Gennevilliers, l’entreprise ferma, Camille Cartier toucha des secours du chômage du 1er au 21 juillet 1940. Dans une note la police la considérait comme « connue pour ses sentiments acquis au parti communiste » et la qualifiait « d’exaltée et révolutionnaire ».
Elle participa à la distribution de tracts du parti communiste dans le quartier des Grésillons. Les tracts distribués à Gennevilliers, Asnières et Villeneuve-la-Garenne attirèrent l’attention de la police, deux inspecteurs furent chargés d’exercer une surveillance dans le quartier. Ils repérèrent le logement d’où partaient les tracts.
Le 20 février 1941, deux inspecteurs appréhendèrent Camille Cartier à son domicile de la rue Paul-Vaillant-Couturier, elle détenait plusieurs d’autres tracts qui furent déposés par une femme dont elle ignorait le nom. Les policiers allèrent chez deux autres locataires du même immeuble Yvonne Collet, née Nicolas et sa sœur Eulalie Nicolas, toutes deux étaient connues pour leurs opinions communistes. Dans ce logement fut découvert du papier gommé destiné à la confection de papillons Eulalie Nicolas fut prié de d’accompagner les policiers domicile personnel, situé à proximité, 27, rue Sainte-Marie. Des documents concernant la propagande communiste de la région Paris-Ouest et de certaines localités de Seine-et-Oise (Val-d’Oise) furent saisis. Elle indiqua alors qu’elle n’habitait plus ce logement depuis deux mois et demi et qu’il était occupé par une dame dont elle ignorait le nom. Celle-ci fut identifiée et arrêtée, il s’agissait de Jeanne Dallidet, née Klugeaite, juive porteuse de faux papiers au nom de Fernande Truchy, née le 15 mai 1904, à Sirvintai, près de Kaunas (Lituanie).
Il fut saisi lors de la perquisition : un numéro de La Voix Populaire de janvier 1941 N° 6 commun aux organisations communistes de Gennevilliers, Clichy, Asnières, Levallois qui avait en manchette les sections communistes « adressent à notre grand camarade Maurice Thorez leurs souhaits paternels de bonne année ainsi qu’à tous les membres du Comité Central, Etat-Major courageux de la classe ouvrière. » un tampon encreur, un composteur à lettres en caoutchouc, plusieurs stencils utilisés, plusieurs centaines de tracts, papillons et affichettes, du papier blanc, et du papier gommé utilisé pour la confection de tracts et papillons, un lot de toile pour duplicateur, quarante-cinq carnets de souscription intitulés Pour les véritables défenseurs de la Paix et Liberté », et deux stencils de La Voix Populaire de Janvier 1941 – N° 6 et quinze tracts à en-tête de l’Humanité.
Camille Cartier n’était pas membre du parti communiste, avant la guerre, elle fut membre du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme. Elle déclara connaître Jeanne Dallidet depuis trois mois et demi, elles se rencontrèrent dit-elle par hasard, en faisant la queue pour du ravitaillement. Elle lui avait spontanément proposé de garder du matériel à son domicile partageant avec elle « une certaine identité de vues » concernant leurs « opinions politiques ». Camille Cartier distribua une dizaine de tracts lorsqu’elle s’approvisionnait, elle vendit deux carnets de tickets intitulés : « Pour un Gouvernement du Peuple ».
Ce thème était l’un de ceux imprimé sur les papillons, les tracts, les affichettes : « Les traîtres de juin 1940. Pour un Gouvernement du peuple qui en détruisant les privilèges capitalistes, en pratiquant une politique d’amitié et de coopération avec l’URSS unira la nation, gagnera la sympathie des travailleurs de tous les pays ». (22 janvier 1941). « Travailleurs des communes de la banlieue ouest ! Pour chasser la tourbe d’aventuriers tarés qui règne à Vichy-Paris. Pour imposer un gouvernement propre capable de conjurer la famine et d’empêcher l’asservissement : pour la victoire du gouvernement du peuple. Comme en 1934, unissons-nous ! (11 février 1941). », « Vive la République Française des Soviets Vive le Parti Communiste Français. Thorez au pouvoir ». (13 février 1941).
Camille Cartier, Jeanne Dallidet, Jeanne Collet et Eulalie Nicolas furent inculpées d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, de diffusion des mots d’ordre de la IIIe Internationale ou d’organismes s’y rattachant. Elles prirent le chemin du dépôt, puis de l’incarcération. Jeanne Collet et Eulalie Nicolas connurent la prison de la Roquette, puis l’internement administratif à la caserne des Tourelles, à Paris XXe arr., libérées le 28 octobre 1941.
Camille Cartier fut incarcérée le 19 février 1941 à la Roquette à Paris, puis à Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Le 5 septembre 1941 Camille Cartier et Jeanne Dallidet comparaissaient devant le Tribunal de la Section spéciale, la première fut condamnée à quatre ans de prison, cent francs d’amende, aux frais envers l’État ; la seconde à quinze ans de travaux forcés, aux frais envers l’État et au minimum de la contrainte par corps. Le journal collaborationniste La France au travail, annonça le 6 septembre le verdict : « Deux femmes sont condamnées pour menées communistes ».
Elle a été transférée à la prison de Rennes (Ille-et-Vilaine), puis livrée aux allemands le 5 avril 1944 internée au fort de Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis). Elle a été déportée vers Ravensbrück (Allemagne) le 18 avril 1944. Le convoi était composé de quatre cents dix-sept femmes, 79 % rentrèrent de déportation, le sort de 6 % d’entre-elles demeura inconnu. Camille Cartier, matricule 35120, fut gazée le 2 mars 1945. Quant à Jeanne Dallidet, elle prit le même chemin le 13 mai 1944, libérée le 10 avril 1945 par les troupes alliées, elle rentra en France le 8 mai.
Sur son acte de naissance a été portée la mention « Morte pour la France » le 2 mars 1945. Camille Cartier a été homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF). Son nom a été gravé sur la plaque des morts en déportation et des fusillés de la Seconde Guerre mondiale au cimetière de Gennevilliers.
En hommage à Camille Cartier, la Municipalité de Gennevilliers donna son nom à une résidence pour les personnes du troisième âge.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137750, notice CARTIER Camille, Jeanne [née ROYER] par Daniel Grason, version mise en ligne le 21 janvier 2018, dernière modification le 21 janvier 2018.

Par Daniel Grason

Camille Cartier.
Camille Cartier.

SOURCES : AN Z/4/2. – Arch. PPo. BA 1934, BA 2057, BA 2355, PCF carton 18 PCF, 77W 40. – AD Ille-et-Vilaine notes de Yves Boivin, 2004. – La France au travail, 6 septembre 1941. – Bureau Résistance GR 16 P 526525. – Arch. Mun. Gennevilliers. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Patrick Liber, Rue de la Résistance, Ville de Gennevilliers, 2000. – État civil numérisé de Saint-Dizier E 35 acte n° 30 (des mots sont illisibles).

PHOTOGRAPHIE : AM Gennevilliers.

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