KMIECIAK Étienne [parfois KMIECZAK ou KMICIACK], Fritz dans la Résistance.

Par Pierre Schill

Né le 19 juillet 1914 à Meckinghofen (commune de Datteln, Allemagne), mort le 14 janvier 1979 à Freyming-Merlebach (Moselle) ; mécanicien puis agent de maîtrise aux Houillères du bassin de Lorraine (HBL) ; militant CGT ; un des responsables du groupe de résistance « Mario » en Moselle annexée.

Étienne Kmieciak, fils d’un mineur polonais de la Ruhr venu travailler dans le bassin houiller lorrain en 1922, entama en 1931 une formation de mécanicien-serrurier et passa son brevet de compagnon. Il occupa, dans les années trente, divers emplois de mécanicien dans les entreprises métallurgiques ou les ateliers du bassin houiller. Il milita pendant cette période à la CGT et participa aux manifestations du Front populaire.

Évacué dans la Loire avec sa famille en septembre 1939, il occupa un emploi de mécanicien dans une entreprise de Roche-la-Molière. Il rentra en Moselle après l’armistice, au moment où le département lorrain était une nouvelle fois annexée à l’Allemagne, et créa avec un ami un petit atelier de mécanique dans le village de Lixing-lès-Saint-Avold.

À partir de novembre 1941, Etienne Kmieciak travailla comme mécanicien aux houillères de Merlebach et fit partie du groupe de résistance « Mario », le plus important de Moselle annexée. Ce groupe affilié au mouvement de résistance communiste Front national, avait été mis sur pied à partir de l’été 1941, par l’instituteur messin Jean Burger* dont le pseudonyme de résistant était « Mario ».

En raison de sa formation professionnelle, Étienne Kmieciak était spécialement chargé du sabotage et de la formation de nouveaux groupes de résistants. Il était, au début de l’année 1943, l’un des responsables du groupe « Mario » et avait de nombreux actes de sabotage à son actif, notamment le déraillement d’un train de ravitaillement militaire allemand au viaduc de Hombourg-Haut. C’est dans son petit atelier de Lixing qu’il fabriquait les sabots destinés au déraillement de trains en partance pour l’Allemagne. D’après le témoignage de Johann Schmitt, chef de la Gestapo messine, c’est cette action qui justifia le début d’une traque qui devait aussi mobiliser la Gestapo de Sarrebruck.
Au début du mois de septembre 1943, la Gestapo informa la direction de la houillère de Merlebach, qu’Etienne Kmieciak avait quitté le domicile familial. Se sachant surveillé, il était entré dans la clandestinité en mai 1943 et logeait souvent à Metz chez des camarades de résistance. Son frère François le fournissait régulièrement en linge propre.

Un membre du Groupe, qui était en fait un traître, avait informé la Gestapo que le 20 septembre au soir devait avoir lieu à l’île Chambière une rencontre de résistants. L’immeuble qui se trouvait face aux abattoirs fut encerclé. Les résistants présents ripostèrent avec leurs armes. Etienne Kmieciak parvint à s’échapper mais fut arrêté peu de temps après alors qu’il se cachait chez un autre résistant, Boulevard Maginot. Il fut ensuite emprisonné avec les principaux responsables du Groupe, dont Jean Burger arrêté le 21 septembre, à la prison militaire de Metz, rue du Cambout avant d’être transféré au SS Sonderlager du fort de Queuleu à Metz, que la Gestapo avait aménagé pour emprisonner et interroger les résistants. Etienne Kmieciak subit plusieurs interrogatoires dans la cellule n°1, réservée aux résistants considérés comme les plus dangereux.

Sa famille se douta de son arrestation quand son frère ne réussit plus à rentrer en contact avec lui. La Gestapo vint ensuite fouiller le domicile parental à Merlebach. Comme il avait été prévu en pareil cas, les membres de sa famille feignirent de tout ignorer de ses activités arguant que ce « fainéant » avait quitté son travail et s’était alors éloigné de sa famille qui condamnait ses agissements.

Un groupe de quinze détenus « importants » quitta le Fort de Queuleu à la mi-août 1944 sans aller au camp de Natzweiller-Struthof (Bas-Rhin annexé) comme la plupart des autres détenus évacués devant l’avancée des Alliés. Il passa ainsi par la prison de Mannheim (jusqu’à la mi-septembre) puis celle de Wiesbaden (jusqu’au 13 novembre 1944). Les prisonniers arrivèrent le lendemain au camp de Dachau. Quelques jours plus tard neuf d’entre eux, dont Jean Burger, partirent pour Auschwitz. Les autres, dont Etienne Kmieciak restèrent à Dachau. Il fut finalement libéré, le 29 avril 1945, par l’avancée des Alliés et rapatrié le 12 juin au centre de convalescence de Constance puis rentra en Lorraine.

Après la guerre il occupa des responsabilités locales au Parti communiste dans le bassin houiller lorrain. Il termina sa carrière professionnelle aux houillères en tant qu’agent de maîtrise.

Il s’était marié en 1947 avec Marie née Loyer puis remarié en 1969 avec Marie Anne née Lorig.

Étienne Kmieciak obtint le titre de déporté résistant, la médaille militaire et la Croix de guerre avec palme et fut nommé chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire et fut naturalisé français par décret le 23 avril 1948.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article137960, notice KMIECIAK Étienne [parfois KMIECZAK ou KMICIACK], Fritz dans la Résistance. par Pierre Schill, version mise en ligne le 28 août 2011, dernière modification le 28 août 2011.

Par Pierre Schill

SOURCES : Arch. des HBL : dossier personnel. - Archives de l’ADIRP (Association des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes) de la Moselle. – Arch. personnelles de François Kmieczak, son frère et de Marguerite Obrecht née Durrmeyer*. - Etat-civil de Creutzwald (Moselle). - Renseignements fournis par Jean Geiger. - Léon Burger, Le Groupe « Mario », une page de la Résistance Lorraine, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1965, 194p. - Léon Burger, Tragédies mosellanes. Le fort de Queuleu à Metz, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1973. - Pierre Schill, « Antifascisme et résistance ouvrière organisés autour de la CGT et du Parti communiste en Moselle annexée (1940-1945) : entre histoire et mémoire », p. 173 à 187, dans Sylvain Schirmann (dir.), Annexion et nazification en Europe, Université de Metz-AMAM, 2003.
[http://www.memorial-alsace moselle.com/f/fiches/colloque_metz/MEMORIAL_COLLOQUE_basse_reso.pdf]

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