KLOSTER Eugène

Par Pierre Schill

Né le 13 janvier 1906 à Merlebach (Lorraine annexée), mort le 7 octobre 1944 au camp de concentration de Dachau (Allemagne)  ; ouvrier aux houillères de Sarre et Moselle à Merlebach (Moselle) ; membre du Syndicat des ouvriers mineurs CGT ; secrétaire de la section de Merlebach du Parti communiste.

Eugène Kloster, issu d’une famille de onze enfants fut, malgré son goût pour les études, obligé de commencer à travailler aux houillères de Sarre et Moselle à l’âge de quatorze ans d’abord au criblage puis comme garçon de courses.

Au début des années trente il adhéra au syndicat CGT des ouvriers mineurs. Il fut notamment très actif dans l’accueil au domicile familial des antifascistes sarrois venus se réfugier dans le bassin houiller mosellan après le référendum de 1935. Il s’engagea aussi de manière très active au moment des grèves du Front populaire. Il était alors responsable de la section communiste de Merlebach (Moselle). Passionné de poésie et de littérature il réussit à mettre sur pied une bibliothèque ouverte aux mineurs et à leur famille.

Lorsque sa famille fut évacuée à Civray dans la Vienne, il alla travailler en 1940 aux mines du Chambon-Feugerolles (Loire) pour gagner un peu d’argent afin de pouvoir rejoindre sa famille. A leur retour à Merlebach un an après leur départ, au moment où la Moselle était annexée au Reich hitlérien, il manifestait la volonté de rejoindre les Forces françaises libres en Angleterre. Mais sa mère supplia son dernier fils encore vivant de rester auprès d’elle. Il reprit alors son travail au puits V des houillères de Sarre et Moselle.

Il fut arrêté le 12 août 1941 par deux agents de la Gestapo au domicile de ses parents où il résidait, 49, rue Longue à Merlebach, probablement en raison de son engagement antifasciste qui lui valut d’être surveillé. Sa sœur qui avait vue arrivée les gestapistes eut le temps de le prévenir pour qu’il aille se cacher mais il n’en fit rien sachant que les Allemands s’en prendraient à sa famille. Il fut emmené à Sarrebruck et incarcéré pendant un an à la prison de la capitale sarroise le 1er août 1942. Suite à son procès pour « haute trahison », le 28 juin 1942, il fut condamné à trois ans de prison. Il reçut la visite de sa mère et de sa sœur à laquelle il déclara que les Allemands lui avaient promis de le libérer s’il s’engageait pour combattre avec eux sur le front russe. Sa mère demanda à son dernier fils vivant d’accepter mais il refusa de combattre avec l’uniforme allemand.

Il fut donc transféré à la prison de Francfort où il resta détenu pendant deux ans avant d’être conduit au camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin annexé) où il arriva en juin 1944. Il fut ensuite déporté au camp de Dachau et affecté au travail forcé à la carrière proche du camp. Il y mourut d’épuisement le 7 octobre 1944, un mois après son arrivée.

Sur proposition du maire de Merlebach, le cheminot communiste Jean Matz*, le conseil municipal du 23 novembre 1945 décida de changer la dénomination de la rue de l’Hôpital en « rue Eugène Kloster ».

En 1951, le secrétaire d’Etat aux forces armées le nomma à titre posthume au grade de sergent pour ses services accomplis dans la résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138027, notice KLOSTER Eugène par Pierre Schill, version mise en ligne le 31 août 2011, dernière modification le 31 août 2011.

Par Pierre Schill

SOURCES : Arch. des HBL : dossier personnel. — Arch. départementales de la Moselle : 301 M 78. — Arch. de la Direction interdépartementale d’Alsace du Secrétariat d’État à la Défense chargé des Anciens Combattants : fichier du camp de Natzweiler-Struthof (renseignements fournis par Thierry Heidmann). - Arch. familiales. — Le Républicain Lorrain, 23 février 1995. – État-civil de Freyming-Merlebach (Moselle). — Numéro spécial de L’Humanité d’Alsace et de Lorraine, « Resistance im annektierten Elsass und Lothringen », Strasbourg, janvier 1965, 64p. — Renseignements fournis par Marie Madeleine Feld, née Kloster, sa sœur. — Léon Burger, Le Groupe « Mario », une page de la Résistance Lorraine, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1965, 194 p. — Pierre Schill, « Antifascisme et résistance ouvrière organisés autour de la CGT et du Parti communiste en Moselle annexée (1940-1945) : entre histoire et mémoire », p. 173 à 187, dans Sylvain Schirmann (dir.), Annexion et nazification en Europe, Université de Metz-AMAM, 2003. [http://www.memorial-alsace-moselle.com/f/fiches/colloque_metz/MEMORIAL_COLLOQUE_basse_reso.pdf]

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