ANDRÉ François, Alexandre. Pseudonyme : Paul Germein.

Par Jean Puissant

Hon-Hergies (département du Nord, France), 24 janvier 1869 – Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 1er novembre 1945. Avocat, militant du Parti ouvrier belge, conseiller provincial, député permanent et président du Conseil provincial du Hainaut, sénateur coopté, militant wallon, frère d’Edouard André.

Fils de Lucien François, propriétaire en 1900, et de Esther Lerat, François André a deux frères, l’un Edouard, brasseur et bourgmestre socialiste à Élouges (aujourd’hui commune de Dour, pr. Hainaut, arr. Mons), l’autre médecin à Wihéries (aujourd’hui commune de Dour). Lui-même vit à Élouges avant de s’établir à Mons. Il est l’époux de Élisa Deschamps (Élouges, 17 février 1878 - Herchies, 13 mai 1939) et a deux fils.

François André suit l’école primaire en France où il est né. Docteur en droit de l’Université libre de Bruxelles en 1890, il fait son stage chez Fulgence Masson, le futur député et ministre libéral. Inscrit au Barreau de Mons en 1895, il y fait toute sa carrière et sera bâtonnier.

F. André se déclare influencé par Élisée Reclus*, « ce doux théoricien de l’anarchie (qui) exalta la liberté qui doit régir les rapports des hommes », mais aussi par Proudhon probablement par l’intermédiaire de Hector Denis. C’est du moins chez lui qu’il rencontre en 1887, année de son entrée à l’université, Émile Vandervelde* qui l’impressionne d’emblée par son éloquence naturelle. Il y fait également la connaissance de Jules Destrée*, M. Hallet*, Émile Brunet mais les précède au Parti ouvrier belge (POB), guidé par le discours de Hector Denis qui dit à ces jeunes étudiants ou avocats issus de la bourgeoisie : « Il faut vous faire pardonner votre richesse ». Il est en effet l’un des premiers secrétaires de la nouvelle association des étudiants socialistes dont il organise le premier Congrès national en 1890. Il est membre du Cercle socialiste de Mons (pr. Hainaut, arr. Mons).

François André est élu conseiller provincial du Hainaut représentant le canton de Boussu (arr. Mons) en 1904. Il occupe le poste de vice-président du Conseil provincial dès 1905 et, dans le cadre de l’alliance libérale-socialiste à la tête de la province, il en est le président une année sur deux à partir de 1909.

Après la guerre et la formation d’un cabinet ministériel d’union nationale, les socialistes, les libéraux aussi d’ailleurs, réclament une nouvelle répartition des sièges de gouverneur de province, tous étant catholiques. Il est question de François André pour remplacer Maurice Damoiseaux. Le journal catholique conservateur, Le Hainaut, du 14 mai 1919 s’esclaffe : « Devinez qui va siéger en qualité de gouverneur du Hainaut ? Je vous le donne en mille. Ne vous effrayez pas et tâchez de garder votre sérieux ... L. André ... d’Élouges ... successeur du Prince de Caraman Chimay, du duc Oswald de Kerckhove, du comte d’Ursel et du baron du Sart du Bouland ... Nous allons désormais assister au règne de la simplicité villageoise et rustique. »

Malgré le succès électoral du POB en 1919, le Parti catholique tient bon, ainsi que M. Damoiseaux qui exige d’être révoqué. À titre de compensation, François André est désigné haut commissaire royal pour le Brabant, le Hainaut et Namur afin de coordonner les activités de reconstruction. Il reste président du Conseil provincial puis devient député permanent en 1924. En fait, il épaule à la province les efforts de Paul Pastur* pour doter le Hainaut d’un réseau d’institutions, d’enseignement en particulier.

François André se préoccupe beaucoup de culture. Cofondateur avec Paul Pastur de l’Université populaire de Mons – il en est le directeur en 1900 –, il est en 1913 président de la Commission provinciale des Beaux-Arts et, en 1919, de la Commission des loisirs de l’ouvrier. Il est cofondateur de l’Association sans but lucratif (asbl), Les Amis du Hainaut, qui crée en 1930 un prix récompensant des hennuyers faisant honneur à leur province. Président du Comité de secours aux artistes, membre du Conseil culturel wallon, il préside également les Amitiés françaises de Mons. Il est défenseur « non de l’art pour l’art (qui) est vain, (de) l’art pour dieu (qui l’est aussi) mais de l’art par le peuple, pour le peuple ».

À la mort de Paul Pastur, François André le remplace à la Haute Assemblée comme sénateur coopté. Le 15 avril, 1939, il est membre des commissions de la Justice et des Affaires étrangères. En raison de la guerre, son activité sénatoriale est évidemment réduite.

Lors du Congrès wallon de 1912, avec le libéral Émile Buisset, François André défend un projet de renforcement des provinces, en dehors de la tutelle de l’État central, comme solution à la question du fonctionnement de l’État suite au renforcement, inattendu, de la majorité catholique flamande. « Le pays wallon est dirigé par le pays flamand ». Il participe à la création de l’assemblée wallonne dont il est membre jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il est membre de son bureau en 1913. Il fait partie du comité d’honneur du premier Congrès culturel wallon de 1938 à Charleroi. Il apporte encore en septembre 1944 l’appui des socialistes wallons, à l’exception des Liégeois, au gouvernement Pierlot.

François André fonde en 1893 à Mons, le périodique littéraire, Le libre journal (1893-1897), avec Léon Legrave, et L’idée libre (1901-1904). Il collabore notamment sous le pseudonyme de Paul Germein à diverses publications et journaux littéraires et politiques : L’Avenir social, La Société nouvelle, Estudiantine, L’Aurore, Savoir et beauté, Flamberge, La Flandre littéraire, La libre critique, Le tout Liège, L’Avenir du Borinage, Le journal de Mons, La Province.

Anticlérical, partisan de l’enseignement officiel, wallon conscient, patriote résolu comme il le manifeste face aux Allemands en 1914 lors d’un discours au Conseil provincial en décembre pour protester contre un impôt spécial, républicain comme le sont la plupart des socialistes de l’arrondissement de Mons, François André est une personnalité type, préoccupé d’esthétique et de littérature, de telle manière que la population ouvrière de la région profita peu de ses convictions plus théoriques que réellement mises en pratique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138114, notice ANDRÉ François, Alexandre. Pseudonyme : Paul Germein. par Jean Puissant, version mise en ligne le 5 septembre 2011, dernière modification le 24 mars 2020.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : Le droit à la beauté, discours prononcé à la séance solennelle de rentrée de la conférence du jeune Barreau de Mons, le 22 octobre 1898, Mons, 1898 – Paroles pour les lettres belges d’aujourd’hui, 1899 – Le dogme catholique et l’art, Bruxelles, 1904 – Le refus d’agréation des écoles normales du Hainaut, Bruxelles, 8ème année, 1910 – La séparation administrative, Frameries, 1912 – La beauté du travail, Mons, 1914 – La victoire du droit, Mons, s.d. – Le rêve et l’action, recueil de discours, comprenant : Le rêve et l’action, Le droit à la beauté, L’idée religieuse, Le dogme catholique et l’art, L’évolution littéraire au 19ème siècle, Les amitiés françaises (discours d’ouverture, 1911), La victoire du droit, La passion, Savoir mourir, Bruxelles, 1919, XIII – Discours de rentrée, prononcé le 28 octobre 1922, par M. Paul Sollier, vice-président de l’Institut des hautes études de Belgique, et par M. François André, haut commissaire royal, président du Conseil provincial du Hainaut, Bruxelles, 1922 – « L’idée religieuse », Bruxelles, 1928, dans Cahiers des griefs et des revendications de la Wallonie, Assemblée wallonne, Bruxelles-Liège, 1929 – Mes cinquante années de barreau, s.l., s.d., (1945).
Sous le pseudonyme de Paul Germein : Contes et légendes, Mons, 1895 – L’inexaucée, drame en deux actes, Mons, 1896 – La nonne, monographie en un acte, Mons, 1895 – Le Noël des femmes, Dour, 1896.

SOURCES : Notice réalisée par Catherine Engels, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles – DE LE COURT J.V., Dictionnaire des anonymes et pseudonymes, I, Bruxelles, 1960 – BRUWIER M., « André François », dans Encyclopédie du mouvement wallon, t. I, Charleroi, 2000 – JOURET A., « L’affaire des gouverneurs de province, Le cas de Maurice Damoiseaux, gouverneur du Hainaut », Revue belge de philologie et d’histoire, LX, 1982.4, p. 870-886 – LEFEVRE P., Répertoire des journaux et périodiques de l’arrondissement de Mons (1786-1940), Louvain-Paris, 1980 (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine, 88) – PUISSANT J., « La politique culturelle de la province du Hainaut : la commission provinciale des loisirs ouvriers », Créer, administrer-réformer, Histoire des institutions publiques en Hainaut et Tournaisis, Hannonia, Mons-Bruxelles, 2009, p. 475-500 – Le Peuple, 3, 5 et 6 novembre 1945.

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