KHAYATI Mustapha

Par Anna Trespeuch-Berthelot

Né en Tunisie  ; universitaire spécialiste du monde arabe : membre de l’Internationale Situationniste (1965-septembre 1969).

Né en Tunisie dans un milieu modeste, Mustapha Khayati vint étudier la philosophie à l’université de Strasbourg dans la première moitié des années 1960. Avec Béchir Tlili - que Guy Debord remarqua parmi les jeunes de Pouvoir Ouvrier dès 1961 -, il suivit les cours d’Henri Lefebvre et évolua dans son cercle : au printemps 1964, les deux jeunes gens étaient invités dans la maison du philosophe à Navarrenx dans les Pyrénées. Mustapha Khayati était alors engagé politiquement dans un groupe de l’Union Générale des étudiants Tunisiens nommé Groupe d’Étude et d’Action Socialistes Tunisien, fondé à Paris en 1963 pour envisager l’avenir politique de la Tunisie hors des voies communiste et trotskiste, et disposant d’une revue intitulée Perspectives. Aux yeux de Guy Debord, cet engagement pour la cause tunisienne constitua d’abord une entrave à la collaboration de Khayati avec l’I.S. : « Il y a là un risque de te compromettre quelque peu (à la limite de nous compromettre tous) », lui écrivait le leader situationniste le 31 mars 1965. Mais elle fut surmontée par un premier scandale à l’université de Strasbourg que Mustapha Khayati planifiait depuis décembre 1964 et qui visa le 24 mars 1965 l’assistant d’Henri Lefebvre, Abraham Moles, et Nicolas Schöffer fondateur de « l’art cybernétique ». Sa réussite convainquit Guy Debord d’intégrer Mustapha Khayati à l’Internationale Situationniste. À Strasbourg, l’étudiant prit la tête d’un petit groupe de situationnistes et quand de jeunes libertaires regroupés sous la liste Schneider se firent élire au bureau de l’Association Fédérative Générale des étudiants de Strasbourg le 14 mai 1966, le leader strasbourgeois devint le médiateur entre ces derniers et le pôle parisien de l’I.S. En novembre 1966, la presse française et étrangère répercuta le scandale situationniste que provoquèrent la circulation du comics détourné intitulé « Le retour de la colonne Durruti » allié à la sortie de la Misère en milieu étudiant dont Guy Debord donna les grandes lignes mais qui fut finalement attribué à Mustapha Khayati (c’est à ce titre qu’il désavoua Guy Debord en 1976 lorsque ce dernier réédita De la Misère… chez Champ Libre, réédition qui, décontextualisée, parut à Khayati inopportune voire opportuniste). En mai-juin 1968, ce dernier fut un acteur de la révolte parisienne aux côtés de ses trois camarades situationnistes, avec lesquels, durant l’été qui suivit, il se réfugia à Bruxelles chez Raoul Vaneigem. Ensemble ils établirent leur bilan de Mai dans Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations. Puis Mustapha Khayati prit ses distances vis-à-vis d’eux et lors de la dernière conférence de l’I.S. à Venise, le 1er octobre 1969, il leur déclara solennellement qu’il les quittait : « Une crise révolutionnaire est en train de se développer dans la zone arabe et où les éléments radicaux arabes doivent se trouver. Je me sens dans l’obligation d’en être » leur expliqua-t-il. En effet, il rejoignit en Jordanie les troupes d’un des groupes palestiniens combattants, le Front Démocratique et Populaire de Libération de la Palestine (FDPLP) de Nayet Hawatmeh. À son retour en Europe dès le début de l’été 1970, il rendit compte de la situation au Moyen-Orient dans un article qu’il co-signa avec Lafif Lakhdar intitulé « En attendant le massacre » et publié dans une revue du milieu d’extrême gauche tunisien basé en France, An Nidhal (1er août 1970).

Après cette lapidaire expérience sur le front révolutionnaire, Mustapha Khayati revint à une activité intellectuelle plus académique. Il entama une thèse de doctorat sous la direction de Claude Cahen et il la soutint en 1979 à l’Université Paris I. Elle apporta une édition et un commentaire scientifiques du manuscrit médiéval d’Abu Mansūr al-Tha’ālibi (961-1038), l’Histoire des Perses. Dans les années 1990, il enseigna à l’Institut d’Études politiques d’Aix-en-Provence puis fut responsable de la documentation au Centre d’Études et de Documentation Économiques, Juridiques et Sociales, un laboratoire associé au CNRS et situé au Caire. Il contribua à l’histoire de la littérature et de la pensée dans le monde arabe.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138210, notice KHAYATI Mustapha par Anna Trespeuch-Berthelot, version mise en ligne le 9 septembre 2011, dernière modification le 2 août 2018.

Par Anna Trespeuch-Berthelot

ŒUVRE :
« Ġurar al-Siyar par Abu Mansūr al-Tha’ālibi (350-429H) ; édition et commentaires du manuscrit de la Bodleïana (D’orv. X 2, 542) par Mustapha Khayati », thèse de doctorat sous la direction de Claude Cahen, 1 vol. (XXXVI-232 f.), 30 cm, Université Paris 1, 1979.
« Histoire des doctrines socialistes », Égypte Monde arabe, 2e série, n°4-5, 2001, pp. 305-309 ; « Brèves remarques sur le poème libertaire : A-abr Lillah et son auteur », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, vol. 51, n°1, 1989, pp. 137-142 ; « Un disciple libre penseur de Al-Afghani : Adib Ishaq », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, vol. 52, n°1, 1989, pp. 138-149.

SOURCES : Travaux de Anna Trespeuch-Berthelot

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