ALAVAILL Élie, Joseph, Joachim

Par Gérard Bonet, Denis Corratger

Né le 20 mars 1844 à Céret (Pyrénées-Orientales), mort le 19 janvier 1908 à Paris (VIIIe arr.) ; ingénieur civil, conducteur de travaux aux Pont et Chaussées, conseiller général du canton de Millas (1881-1886), journaliste, co-fondateur du Républicain des Pyrénées-Orientales et de L’Impartial. Militant radical puis socialiste.

Élie Alavaill était le fils de Paul, Pierre, François Alavaill (Céret, 24 février 1810 - 3 mars 1852), avoué, et d’Élisabeth Carrière (Céret, 6 mars 1814 - ?). Il eut trois autres frères, dont Justin Alavaill, et une sœur, Pauline (26 octobre 1840 - ?), épouse de l’imprimeur Jules Rondony (Prats-de-Mollo, Pyrénées-Orientales, 6 mars 1846 - ?). Il était l’avant-dernier enfant de la fratrie
Élie Alavaill épousa le 9 décembre 1874 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) Marie-Paule, Jenny Barrera (Port-Vendres, Pyrénées-Orientales, 30 mars 1856 - ?) dont il eut trois garçons, Paul, Pierre et Clément, nés à Perpignan respectivement les 12 septembre 1875, 5 septembre 1877 et 21 décembre 1878 et une fille morte à Hanoi (Tonkin) en 1887.

Issu d’une vieille famille républicaine de Céret, Élie Alavaill était à Paris au moment de la Commune dont il fut un partisan. Il fit partie de l’Alliance républicaine des départements fondée par Millère qui regroupa, par département, les provinciaux de la capitale dans le but d’informer leur région sur les actions de la Commune et sur la situation parisienne.
De retour à Perpignan où il était ingénieur civil, conducteur de travaux aux Ponts et Chaussées, Élie Alavaill s’impliqua dans la vie politique de son département lorsque, le 29 janvier 1876, il lance avec son frère Justin Le Républicain des Pyrénées-Orientales, un journal qui fit siennes les valeurs de la Commune.

Fer de lance de l’aile gauche du parti républicain dans les Pyrénées-Orientales, cet organe s’inscrivait dans la perspective des élections législatives des 20 février et 5 mars 1876, un scrutin qui vit l’élection des républicains opportunistes Lazare Escarguel et Paul Massot (et du conservateur Joseph de Gelcen). Entre temps, les opportunistes Emmanuel Arago et Pierre Lefranc avaient fait leur entrée au Sénat avec le soutien du Républicain des Pyrénées-Orientales au nom du pragmatisme en ces temps d’incertitude républicaine.
Le 1er mars 1876, les fonds du cautionnement déposés lors du lancement du journal furent transformés en titres d’actions avec la constitution d’une société au capital de 6 000 francs entre Justin Alavaill (4 500 francs) et l’imprimeur Jacques Caraman (1 500 francs). L’union fit long feu. Le 31 janvier 1877, ce dernier se retira.

Après une interruption momentanée, Le Républicain des Pyrénées-Orientales reparut le 9 février 1877 sous la responsabilité de Justin Alavaill. Élie, actionnaire pour un quart dans la société, en était le gérant et le rédacteur en chef. Le journal était tiré dans les locaux de l’ancienne imprimerie de Caroline Falip-Tastu acquise le 1er février 1877 par Élie Alavaill.

Les frères Alavaill et Le Républicain des Pyrénées-Orientales furent au nombre des premières victimes du coup de force du 16 mai 1877. Le 20 mai, Justin Alavaill publia à la « une » de son journal un article contre le gouvernement et son président le maréchal Mac-Mahon. Poursuivis, les deux frères se réfugièrent à Barcelone (Espagne). La justice les condamne par défaut, Élie Alavaill, au titre de gérant du Républicain des Pyrénées-Orientales, à 15 mois de prison et à 2 000 francs d’amende. Il perdit de surcroît son emploi aux Ponts et Chaussées. En juin 1877 il céda son imprimerie à son beau-frère, Jules Rondony. Quant au Républicain des Pyrénées-Orientales, exsangue, il interrompit sa publication.

Arrêté le 24 août 1877 à Barcelone, rapidement relâché, Élie Alavaill s’exila au Portugal au moins jusqu’en septembre 1879. En effet, à cette date il adresse depuis ce pays un don au sous-comité d’aide aux amnistiés : il donna cinq francs en mentionnant sa condition de « réfugié au Portugal ». Ses trois fils souscrivirent également pour un franc chacun.

De retour en France, il retrouva son frère Justin qui, le 1er juin 1879, avait créé avec Auguste Cayrol* et Rondony La Farandole ou La Semaine anticléricale des diocèses du Midi. Avec cette revue « politique et humoristique », les frères Alavaill combattaient pour la laïcité et œuvraient pour l’amnistie des communards. Le dernier numéro parut le 28 mars 1880 pour faire place, à compter du 1er avril suivant, avec la même équipe, à la résurrection du Républicain des Pyrénées-Orientales.

Le 9 octobre 1881, à l’occasion d’une élection partielle, Élie Alavaill fut élu conseiller général (républicain-socialiste) du canton de Millas (Pyrénées-Orientales) contre Gouzy, le maire opportuniste de la ville. Invalidé pour cause d’irrégularité dans le scrutin de Pézilla-de-la-Rivière, il est réélu en juin 1882.
À la tribune départementale, il ne ménagea pas sa peine pour mobiliser l’administration et sensibiliser ses collègues au projet d’irrigation des basses plaines du Roussillon, grâce à des retenues d’eau. Ce dossier fut porté par Edmond Bartissol et Jean-Baptiste Dauderni, hommes d’affaires et grands entrepreneurs, et par son frère Justin, secrétaire du premier, au sein de la Société d’études des réservoirs et canaux d’arrosage des vallées de l’Agly, de la Têt et du Tech.

Ingénieur attaché à la ville de Perpignan, opposant de Jean Mercadier, maire radical, mais surtout fantasque, du chef-lieu, Élie Alavaill fut révoqué de ses fonctions le 15 novembre 1882. Il s’installa aussitôt au chef-lieu comme architecte-géomètre.

Lors des élections législatives du 19 octobre 1885, Élie Alavaill fut choisi par les militants radicaux pour figurer sur la liste d’Union radicale aux côtés de Charles Floquet et d’Émile Brousse. Cependant ce dernier craignait que les arrondissements de Prades et Céret, non représentés, rejetassent cette liste. Aussi alla-t-il demander et obtenir le désistement d’Élie Alavaill au profit d’Édouard Vilar, de Prades. Les trois hommes furent élus. Brousse remercia Alavaill en le faisant nommer au Tonkin où il partit au mois de mai 1886. Cet expatriation fut fatal à sa fille de la santé de laquelle eurent raison le climat et les fièvres.

Lorsqu’il revint dans les Pyrénées-Orientales, en septembre 1888, Élie Alavaill n’avait qu’une idée en tête, éliminer politiquement Émile Brousse, responsable selon lui du décès de son enfant. Il s’éloigna alors des grands partis et continua seul sa carrière politique. Ce tournant l’éloigna de Justin, même si les deux frères ne rompirent jamais vraiment. Il essuya trois échecs consécutifs contre Brousse, lors des législatives du 22 septembre 1889, où il flirta avec les boulangistes, des cantonales de Millas le 31 juillet 1892 et des législatives du 20 août 1893 malgré l’appui de L’Impartial, un hebdomadaire qui s’inspirait de L’Intransigeant de Rochefort, qu’il a lancé le 14 décembre 1889. Cette feuille devait disparaître en décembre 1903.

Il échoua encore aux cantonales de Céret le 29 juillet 1895, aux élections législatives partielles dans la deuxième circonscription de Perpignan le 12 janvier 1896 et au scrutin législatif du 27 avril 1902 dans la première circonscription de Perpignan. Élie Alavaill décida alors de finir ses jours auprès de ses fils, à Paris, où il résida 91 rue Ordener (18e arrondissement ). Il se rapprocha alors des socialistes puisque, à sa mort après une courte maladie en 1908,, une rubrique nécrologique de l’Humanité le présentait comme adhérent au groupe socialiste de Clignancourt : les membres de la XVIIIe section étaient priés d’assister à ses obsèques civiles. La presse roussillonnaise, dont il était le doyen, fut unanime pour saluer ses qualités humaines.

Poète à ses heures perdues, Élie Alavaill a aussi été un franc-maçon actif et a présidé la Libre-Pensée au début des années 1880.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138393, notice ALAVAILL Élie, Joseph, Joachim par Gérard Bonet, Denis Corratger, version mise en ligne le 26 septembre 2011, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Gérard Bonet, Denis Corratger

ŒUVRE : Dieu existe-t-il ?, poèmes, Paris, Levaillant, 1871.— Richesses agricoles et forestières du Tonkin, Paris, Challamel, 1888. — La loi sociale, poèmes populaires, Bordeaux, impr. G. Gounouilhou, 1899, 142 p.

SOURCES : Arch. com. Céret, état civil – Arch. com. Perpignan. série E, état civil. — Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3M 288, 289, 291 —André Balent, Història de les organitzacions obreres a Catalunya Nord (1851-1914), Perpignan, Centre universitaire, 1977, 211 p. — André Balent , « Le Parti socialiste dans le Riberal (1895-1914) », Bulletin de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, LXXXIX, 1981, pp. 91-112.1981. —Numa Broc, « Des Bouillouses à Vinça : développement de l’irrigation en Roussillon. XIXe-XXe siècles », Bulletin de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, LXXXIX, 1981, pp. 113-137. — Horace Chauvet, La politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan, Imprimerie de l’Indépendant, 1934, 255 p. [pp. 177-179]. — Joachim Comet, L’imprimerie à Perpignan depuis les origines jusqu’à nos jours, Perpignan, lmprimerie Comet, 1908, 140 p. [p. 86]. — Denis Corratger, « Le Cercle des travailleurs de Perpignan (1876-1888) », Le Midi rouge, bulletin de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon,11, Montpelllier, juin 2008, pp. 16-19. — Romain Escudier, Edmond Bartissol, 1841-1916. Du canal de Suez à la bouteille d’apéritif, Paris, CNRS Editions, 2000, 309 p. [p. 80]. —Jérôme Quaretti, Le Mouvement communaliste et le Roussillon (1871-1880), maîtrise, histoire, Université de Perpignan, 1997, 289 p. [pp. 131-133]. — Collection de L’Impartial des Pyrénées-Orientales. — Le Républicain des Pyrénées-Orientales, 7 janvier 1883 et 23 juin 1886. — Le Roussillon, 22 janvier 1908. — l’Humanité, 21 janvier 1908. — Note de Claude Pennetier, 26 septembre 2011.

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