PRUNET Jean

Par Jean-Noël Dutheil

Né le 15 juillet 1874 à Murat (Allier), mort à Montluçon le 10 janvier 1947 ; dessinateur à la Compagnie de chemin de fer d’Orléans, révoqué suite aux grèves de 1920, devenu architecte ; secrétaire général du syndicat des cheminots de Montluçon (Allier) 1917-1922 ; membre du Conseil syndical de la Bourse du Travail de Montluçon 1919 ; socialiste SFIO ; conseiller municipal de Montluçon 1919-1946.

Fils de Gilbert Prunet garde barrière,et de Françoise Roy, sans profession, Jean Prunet fut dessinateur à la Compagnie des chemins de fer d’Orléans. En 1909, il fut candidat aux élections prud’homales à Montluçon dans la section industrielle, il fut élu avec 73 voix sur 924 inscrits (5e catégorie). Le 24 juin 1917, Jean Prunet, secrétaire général des cheminots de Montluçon, anima une importante réunion qui relança l’activité syndicale des cheminots (700 participants). Au congrès de l’Union départementale CGT (6 octobre 1918) il proposa deux motions : l’une se félicitant du développement pris par les organisations syndicales, l’autre considérant qu’un prolétariat conscient de ses devoirs et de ses droits, instruit et éduqué, ne devait pas se cantonner dans un syndicalisme « égoïste », approuvait les déclarations du camarade Jouhaux sur la réorganisation et le fonctionnement des organismes de la CGT et invitait les syndicats à s’y conformer désormais. Le 17 juillet 1919, il sembla favorable à la journée de grève du 29 contre l’avis d’une partie de l’assemblée réunissant 1 200 cheminots.

En novembre 1919, il fut élu conseiller municipal de Montluçon sur la liste du socialiste Paul Constans. Sous son impulsion, le syndicat des cheminots s’investit au niveau intersyndical et participa à la vie de la Bourse du Travail. Ce changement d’attitude contribua à faire de Prunet, un leader écouté du mouvement syndical. Délégué des cheminots, il participa au congrès confédéral de Lyon : 15-21 septembre 1919.

Selon un rapport de police du 23 janvier 1920, il s’opposa à une grève sur le réseau du Paris-Orléans suivi par 800 cheminots montluçonnais en solidarité avec leurs camarades de Périgueux. Il participa à la grève de mai et à ce titre fut révoqué des chemins de fer. Prunet fut délégué au congrès de l’Union départementale tenu à Commentry les 16 et 17 juillet 1921 où 74 syndicats étaient représentés (voir Bardary).

À cette époque, le rapport de force entre les cheminots « majoritaires » et les « minoritaires » appartenant aux CSR donnait un léger avantage aux premiers. Mais à partir du printemps 1921, les choses avaient évolué en faveur des « révolutionnaires ». Jean Prunet, qui appartenait à la tendance réformiste, fut contraint d’accepter, après d’importantes concessions, un ordre du jour proclamant l’autonomie du mouvement syndical mais se prononçant contre l’exclusion des CSR. (Rapport du Commissaire spécial du 26 avril 1921) Les 7 et 8 mai 1921, le congrès de l’Union fédérale des cheminots du Paris-Orléans eut lieu à Montluçon, Sauvé perdit la majorité. Selon la Police, les votes sur l’exclusion des CSR donnèrent les résultats suivants : 6 000 contre, 1 800 pour et 200 abstentions. À la fin du congrès, Prunet qui avait voté pour l’exclusion des CSR alors qu’il avait un mandat impératif de voter contre, fut pris à parti par Bierjon et Michaud. Prunet organisa alors un référendum au sein du syndicat qui lui redonna une majorité, sur 1050 inscrits, la motion Sauvé obtint 567 contre 240 à la motion Delagrange (CSR Périgueux). Pour le Commissaire spécial ce revirement s’expliquait « par la participation d’éléments qui se désintéressaient du syndicat depuis la grève de mai 1920 ». Selon M. Sauvé, en 1922, le syndicat CGT de Montluçon PO fut le seul syndicat avec celui de Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) demeuré fidèle à la CGT. C’est Prunet qui demanda à Maurice Sauvé de reconstruire l’Union PO et le syndicat de Paris PO passé à la dissidence.

En mai 1925, il fut élu à nouveau conseiller municipal avec le meilleur score de la liste alors que Marx Dormoy, le futur maire de Montluçon, était mis en ballotage. Il fut réélu jusqu’en 1946. En 1927, Prunet obtint le poste de receveur municipal. Grâce à son travail, il devint architecte. Gilbert Talbourdeau, son ami architecte (il fut témoin à son mariage) lui apporta son aide. En 1930, il s’opposa, seul, au maire Dormoy qui en prit ombrage, à propos de la restauration du vieux château des Ducs de Bourbon de Montluçon. Pourtant, Jean Prunet avait raison de dire que la Mairie faisait une erreur en confiant la restauration à son directeur du service des eaux et de la voirie. Ce dernier, non payé, intenta un procès qui vit son épilogue en 1939 et la Mairie fut condamnée à payer. (affaire Auclair)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138398, notice PRUNET Jean par Jean-Noël Dutheil, version mise en ligne le 26 septembre 2011, dernière modification le 28 août 2018.

Par Jean-Noël Dutheil

SOURCES : Arch. Nat. F7/12970 et 13598. — Arch. Dép. Allier, 1M267. — Lettre de Maurice Sauvé, janvier 1989. — André Touret, Marx Dormoy, Édition Créer, 1998. — Le Combat, juillet-août 1909. — Le Centre, 30 novembre 1919. — Le Progrès de l’Allier, 11 octobre 1918. — Le Syndiqué du Centre, mai 1927. — Rens. mairie Montluçon. — Notes d’Eric Boyron.

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