BEY Raoul, Louis alias LAGARIGUE Jean

Par Daniel Grason

Né le 4 décembre 1913 à La Tronche (Isère), disparu en 1944 à Neuengamme (Allemagne) ; comptable ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant ; déporté.

Fils de Joseph Daniel Bey, peintre, et de Julie Boulloud, ménagère, Raoul Bey fut adopté par la Nation en mars 1919. Il alla à l’école primaire, exerça la profession de comptable. Il partit combattre en Espagne en octobre 1936, incorporé dans la XIIe Brigade internationale Garibaldi, il fut très sérieusement blessé à la tête, hospitalisé, trépané sept fois. Réformé par l’armée française, il a été tout de même mobilisé en octobre 1939 et affecté à un dépôt militaire à Montélimar (Drôme), Raoul Bey fut démobilisé le 20 juin 1940.
La police l’arrêta en février 1941 à Marignane (Bouches-du-Rhône) pour sa participation à la diffusion de tracts communistes. Incarcéré à la prison d’Aix-en-Provence, il fut libéré en raison de son état de santé. Condamné par contumace à sept ans de travaux forcés par le tribunal militaire de Marseille, il se réfugia dans l’illégalité en région parisienne.
Il reprit contact avec le parti communiste en 1942, accepta des missions de liaison et de transport de papier duplicateur servant à l’impression de tracts. Ce papier était stocké dans une cave au 90, rue Pierre-Joigneaux à Bois-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine) qui appartenait aux parents de Madeleine Castille son amie. Il fit la connaissance de militants communistes dont Eugénie Lalet, veuve de Claude Lalet fusillé à Châteaubriant et Robert Fournier, lors des perquisitions chez des militants des fausses pièces d’identités étaient saisies.
Raoul Bey se réfugia 6 avenue Beauséjour à Crosne près de Montgeron, (Seine-et-Oise, Essonne), sous l’identité de Jean Lagarigue, dessinateur. Cette propriété appartenait à un professeur d’allemand qui travaillait comme rédacteur dans un ministère à Vichy (Allier). Une connaissance de son amie Madeleine Castille qui ignorait son activité lui avait fourni ce refuge idéal. Il effectuait des travaux de jardinage dans la propriété.
Des policiers de la 1ère Brigade régionale de Police mobile compétente en Seine-et-Oise l’arrêtèrent le 4 avril 1942 vers 17 heures. La perquisition fut infructueuse, il déclara habiter avec son amie Madeleine Castille qui était présente au 8 impasse Dombasle à Paris (XVe arr.). Le policiers perquisitionnèrent le domicile des parents de Madeleine Castille à Bois-Colombes, ils saisissaient deux mille feuilles de papier blanc, et un foulard sur lequel était imprimé la faucille et le marteau.
Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales sur la provenance du papier, il affirma l’avoir reçu d’un inconnu dans un café et l’avoir déposé à l’insu de la famille Castille dans leur cave, seul Pierre âgé de dix-sept ans en était informé. Les policiers malgré l’état de faiblesse de Raoul Bey ne le ménagèrent pas lors de l’interrogatoire. Il assuma son action « Je n’ignorais pas que ce papier blanc était destiné à la propagande communiste ».
Raoul Bey fut inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, il y eut un ordre de main levée le 13 mai 1942. Il n’en bénéficia pas, la police estimait qu’il était susceptible de reprendre une activité clandestine. Le 14 mai, la police étant dans l’impossibilité d’assurer sa surveillance à l’hôpital de Chartres, il était interné administrativement au camp de Voves (Eure-et-Loir).
Le 7 août 1942 son état de santé étant incompatible avec sa situation d’interné, Raoul Bey fut hospitalisé à l’hospice de la Salpétrière à Paris (XIIIe arr.) comme « malade libre ». Le 18 septembre il désapprouvait « l’action communiste clandestine sous toutes ses formes » et devait pointer à la préfecture de police tous les quinze jours. Le préfet de police suggéra au ministre de l’intérieur sa mise en liberté conditionnelle, ce qui fut fait, la mesure d’internement rapportée le 23 novembre 1942. Il demeura 34, rue Borrégo (XXe arr.).
Le 28 février 1944, Robert Fournier prit la destination de Mauthausen (Autriche) où il mourut. Le 13 mai Madeleine Castille fut envoyée à Ravensbrück et Eugénie Lalet le 30 mai, elles rentrèrent toutes les deux en mai 1945.
Le 21 mai 1944 il était dans un convoi à destination du camp de concentration de Neuengamme (Allemagne). Les deux mille quatre hommes déportés s’entassaient dans des wagons à bestiaux, ils arrivèrent le 24 mai. Les étrangers représentaient 17% de l’effectif total, les Espagnols à eux seuls 57% des étrangers, les Italiens 15 % et les Polonais 10%. Plusieurs ex-brigadistes étaient dans ce transport dont : Marcel Couvri, Jan Frackowiacz et Giuseppe Tomasina. Près de 50% des déportés de ce convoi perdirent la vie, 10,9% disparurent, Raoul Bey fut de ceux-là.
Raoul Bey s’était marié le 1er septembre 1939 en mairie de Marignane avec Jacqueline, Rosa Duciel, elle mourut, le couple était sans enfant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138411, notice BEY Raoul, Louis alias LAGARIGUE Jean par Daniel Grason, version mise en ligne le 21 novembre 2016, dernière modification le 9 juin 2022.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z/4/54 dossier 376 (transmis par Gérard Larue). – Arch. PPo. PCF carton 12, 77W 234. – Arch. RGASPI 545.1038 (Moscou). – Livre-Mémorial, FMD, Ed. Tirésias, 2004. — État civil.
PHOTOGRAPHIE : AN Z/4/54 dossier 376.

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