MARTIN André, Henri, Charles

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Né le 12 février 1912 à Morez arrondissement de Saint-Claude (Jura), mort le 9 octobre 1966 à Fleury-Mérogis (Essonne) ; ajusteur, gardien des voies ferrées ; militant communiste et syndicaliste de Paris ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Louis, lunetier et de Maria, née Seigne-Martin, lunetière, André Martin obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. De la classe 1932 recrutement de Lons-le-Saunier, il a été réformé définitif du fait à la suite d’un accident de jeunesse il claudiquait de la jambe droite. Employé pendant cinq ans aux Messageries Hachette, il connut par la suite le chômage et présida le comité des chômeurs du Ve arrondissement de 1937 à 1939. Pendant son chômage, il suivit des cours à l’École de Rééducation Professionnelle, impasse de la Baleine à Paris (XIe arr.), il devint ajusteur mécanicien. Il travailla du 16 juin au 10 novembre 1940 aux usines Kellner-Bechereau (avions) à Boulogne-Billancourt.
Il était lors de la dissolution des organisations proches du Parti communiste, secrétaire du centre syndical du Ve arrondissement. Créé en 1937, situé 6 rue de Blainville, ce centre regroupait 6 500 syndiqués de 83 entreprises locales.
Il vivait avec Suzanne Victorine Emmanuel, née à Meaux en 1909, et ils avaient un fils de trois ans. La famille habitait au 22 rue Daubenton à Paris (Ve arr.), Il fut interpellé en janvier 1932 pour distribution de tracts sur la voie publique. Il était considéré par la police comme un « propagandiste révolutionnaire très actif ». Syndiqué CGT de la métallurgie, membre selon la police de la section communiste du Ve arrondissement de la région Paris-Ville du Parti communiste, du comité de Défense de l’Humanité, et du Secours Populaire de France.
Ajusteur dans l’aviation au chômage, il fut embauché en février 1942 comme garde-voie au service de la préfecture de police à la mairie du Bourget (Seine, Seine-Saint-Denis). Il a été interpellé le lundi 1er juin 1942 vers 10 heures 30, par deux inspecteurs de la BS2 qui surveillaient un garage à vélo 11 rue de la Clef (Ve arr.). Les policiers perquisitionnèrent son domicile, ils saisissaient quatre stencils vierges, un papillon imprimé recto-verso « Les chômeurs ne peuvent pas vivre avec 10 il faut 20 par jour », ainsi qu’un ticket de chemin de fer de la SNCF non-oblitéré, Paris Nord, Le Bourget Drancy, avec des notes au verso.
Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, il nia appartenir au Parti communiste, mais d’avoir été secrétaire du Centre syndical du Ve arrondissement. Il expliqua qu’il était devenu colocataire d’un garage rue de la Clef en novembre ou décembre 1941. « Je cherchais un local pour entreposer mon charbon, mon camarade Meunier m’a proposé de devenir colocataire d’un local qu’il occupait avec d’autres camarades 11 rue de la Clef à Paris Ve arrondissement. J’ai accepté sa proposition et un peu plus tard, j’y ai mis mon charbon, ainsi qu’un peu de bois à brûler. Je m’y rendais chaque fois que j’avais besoin soit de bois soit de charbon, mais je n’ai jamais remarqué dans ce local de matériel servant à la propagande clandestine. »
Il connaissait deux des colocataires, Henri Meunier et Marcel Leclerc. Les autres il les connaissait de vue, à l’exception de François Passas qui lui avait transmis par l’intermédiaire de Leclerc une recommandation d’embauche dans une fabrique de sabots, rue Charlot (IIIe arr.). Martin n’étant pas qualifié pour ce travail, il n’avait pas été embauché. Il eut quelques conversations avec Meunier et Leclerc sur la situation politique. Il affirma n’avoir « jamais été sollicité pour de la propagande clandestine. »
Les policiers lui demandèrent son emploi du temps du dimanche 31 mai, matinée au cours de laquelle se retrouvèrent vers 10 heures 30 rue de Buci devant le magasin « Eco ». Ils voulaient ainsi protester contre le rationnement, des militantes s’emparèrent de boîtes de conserves et les distribuèrent aux ménagères. Des policiers en civils et en uniformes intervenaient immédiatement, des FTP qui assuraient la protection tirèrent, et un gardien de la paix furent tués.
André Martin affirma d’emblée « Je n’ai pas été sollicité ». Il travaillait de nuit, prenait le train pour rentrer chez lui à 7 heures 11 en gare du Bourget, arriva gare du Nord à 7 heures 45, prit le métro, rentra chez lui et se coucha. Il se leva vers 10 heures 45, fit sa toilette, sortit et se rendit au tabac « Mirbel » qui faisait l’angle avec la rue Daubenton.
Il rentra chez lui, déjeuna, ressortit vers 16 heures et se rendit aux arènes de Lutèce voir s’il y avait une rencontre de basket-ball. En l’absence de match il rentra chez lui.
Des explications lui furent demandées par les policiers sur la signification de quelques mots écrits au dos d’un ticket de métro « 10 H Campo Formio le 10. » Il répondit qu’il avait rendez-vous avec une connaissance Marcelle. Quant aux quatre stencils vierges et quelques feuilles de papier pelure, André Martin indiqua qu’il n’avait pas voulu « laisser perdre ces objets » qui dataient du temps où il s’occupait du Centre syndical dont l’activité avait été interdite en septembre 1939. Le papillon revendicatif avait aussi été édité avant septembre 1939.
Voulant probablement démontrer qu’il ne participait pas à l’activité clandestine, même revendicative et syndicale, il indiqua qu’il avait entreposé une machine à ronéotyper dans une cave de l’immeuble du 6 rue de Blainville (Ve arr.).
Sur des photographies que lui présentèrent les policiers, André Martin reconnut quatre colocataires du garage : Emery Pluvinet, Henri Meunier, Émile Blanchon et Marcel Leclerc. Il connaissait aussi Raymond Estrade qui comme lui fréquenta l’École de Rééducation Professionnelle, impasse de la Baleine perpendiculaire à la rue d’Angoulême (Jean-Pierre-Timbaud). Il précisa qu’il n’avait jamais eu avec lui « de relations politiques ni syndicales. »
Sur des photographies que lui présentèrent les policiers, André Martin reconnut quatre colocataires du garage : Emery Pluvinet, Henri Meunier, Émile Blanchon et Marcel Leclerc. Il connaissait aussi Raymond Estrade qui comme lui fréquenta l’École de Rééducation Professionnelle, impasse de la Baleine perpendiculaire à la rue d’Angoulême (Jean-Pierre-Timbaud). Il précisa qu’il n’avait jamais eu avec lui « de relations politiques ni syndicales. »
Les policiers récupérèrent la ronéo entreposée dans la cave de l’Hôtel de la paix, au 6 rue de Blainville. Après examen, le commissaire écrivit le 4 juin « L’examen de ce duplicateur a permis de constater qu’il n’a pas été utilisé depuis fort longtemps. »
Incarcéré, André Martin était le 17 septembre 1943 dans le convoi de 941 hommes à destination de Buchenwald (Allemagne). Le 11 avril « 1945 », des détenus organisés dans un Comité militaire clandestin arrêtaient cent vingt-cinq SS et prenaient possession du camp. L’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton était à Buchenwald. André Martin matricule 21799 était parmi ceux qui survécurent. Il a été homologué au titre des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Il se maria avec Marianne Moreau à Paris XIXe le 5 avril 1966, il mourut six mois plus tard le 9 octobre 1966 à Fleury-Mérogis (Essonne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138437, notice MARTIN André, Henri, Charles par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, version mise en ligne le 25 mars 2018, dernière modification le 19 août 2021.

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2442, pièce 1085 bis, GB 098, 77 W 5367-344444. – Bureau Résistance GR 16 P 397093. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – État civil.

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