BAECK Joseph, Jean.

Par Willy Haagen - Jean Puissant - Jean Neuville

Clabecq (aujourd’hui commune de Tubize, pr. Brabant wallon, arr. Nivelles), 27 novembre 1868 – Molenbeek-Saint-Jean (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 22 octobre 1931. Ouvrier métallurgiste, militant syndical socialiste, secrétaire de la Centrale des métallurgistes du Brabant, président de la Commission syndicale du Parti ouvrier belge, conseiller communal, échevin à Molenbeek-Saint-Jean, sénateur de l’arrondissement de Bruxelles.

Joseph Baeck est âgé de quatre ans quand son père meurt des suites d’un accident de travail aux forges de Clabecq. Lorsque, quatre ans plus tard, il perd sa mère, il va vivre chez sa tante. À dix ans, il devient garçon de courses et ensuite apprenti-tourneur à Hal (aujourd’hui pr. Brabant flamand, arr. Hal-Vilvorde). Il épouse Marie Pauline Michiels.

Influencé par le socialiste Pierre Lefort, Joseph Baeck se met, avec son ami Parvaix, à répandre Le Catéchisme du peuple d’Alfred Defuisseaux* en 1886, devant les usines et les bâtiments publics. En 1886, il s’occupe de la création du Syndicat des tourneurs de Bruxelles. Après avoir effectué son service militaire, il en devient administrateur. Le 1er décembre 1894, il devient membre du Comité exécutif de la Fédération nationale des métallurgistes, fondée en 1886, qu’il préside jusqu’à sa mort. Il est nommé, à l’unanimité, secrétaire des métallurgistes de l’agglomération bruxelloise, résultat de la fusion, le 1er novembre 1908, des deux syndicats tourneurs-raboteurs et mécaniciens de Bruxelles. En 1907, il comparaît devant le tribunal correctionnel de Nivelles (aujourd’hui pr. Brabant wallon, arr. Nivelles) pour infraction à l’article 310 du Code pénal.

Joseph Baeck est de la première génération des dirigeants de la Commission syndicale du Parti ouvrier belge (POB), créée en 1898. C’est lui qui assure la présidence de cette dernière lorsque, le 16 juillet 1930, Guillaume Solau* prend sa retraite. Après avoir été un des délégués du Conseil général du POB aux congrès syndicaux, Baeck devient un des cinq membres du Bureau de la Commission syndicale à partir de 1904, moment où les membres de ce bureau ne sont plus désignés par le POB mais par le Congrès syndical. L’année suivante, le 20 janvier, il est nommé contrôleur et délégué à la propagande pour le bureau de la Commission.

Au deuxième Congrès de la Commission syndicale, en décembre 1900, Joseph Baeck présente un rapport sur le travail aux pièces contre lequel il se prononce, parce que le système est mauvais en soi mais aussi parce qu’il pousse au travail à domicile et que ce dernier « pousse à la débauche ». En effet, « l’ouvrier qui travaille aux pièces chez lui fait la noce au commencement de la semaine et, à la fin, il travaille presque jour et nuit afin de regagner son temps perdu. » C’est à ce Congrès de 1900 que, lors de la discussion du rapport de Jules Declerck* sur les secrétariats permanents, Joseph Baeck demande que la Commission syndicale ait un secrétaire permanent, demande qui recueille l’approbation.
En 1901, lors du troisième Congrès, Baeck expose les résultats de l’enquête, menée par la Commission syndicale, sur le travail aux pièces.
Au quatrième Congrès syndical de 1902, Joseph Baeck présente un rapport favorable à la création d’une caisse nationale de grève, seule façon, dit-il, « de supprimer l’esprit de clocher » qui empêche la solidarité de jouer d’un métier à l’autre en cas de grève. Il y voit « le grand trust de la solidarité ouvrière » s’opposant au « trust capitaliste de la spéculation et de l’oppression ».

Au Congrès syndical de 1904, Hector Denis, ayant préconisé l’instauration de conseils de conciliation et d’arbitrage, Joseph Baeck déclare, au cours de la discussion, que, sans organisation syndicale sérieuse, les ouvriers seront dupés par les conseils d’arbitrage. Il croit pourtant qu’il faut voter la proposition Denis, mais, ajoute-t-il, « nous devons opposer une caisse centrale solidaire aux organismes centraux des trusts capitalistes »... La caisse de grève n’est pourtant qu’une caisse parmi les autres (chômage, maladie, etc.) dans l’énumération qu’il donne dans son rapport présenté à ce Congrès sur l’organisation syndicale, rapport dans lequel il se prononce pour les bases multiples et pour la centralisation « dans le sens des organisations allemandes ». Il veut des syndicats riches et rejeter les alliances avec les partis bourgeois. Rappelons qu’à ce Congrès, la citoyenne Zéla* avait présenté un rapport sur la caisse nationale de grève.

Joseph Baeck est un des responsables de la fusion des treize syndicats métallurgistes bruxellois existant en 1909 en deux organisations en 1914 : le Syndicat des métallurgistes et l’Union des travailleurs du bronze. De plus, il s’occupe, étroitement avec Joseph Bondas, de la transformation de la Fédération nationale des métallurgistes en une Centrale des métallurgistes de Belgique les 13 et 14 août 1911. Le Comité exécutif de cette Centrale le charge de la préparation des congrès. Il est membre du comité de rédaction du Métallurgiste.

Baeck est également cofondateur de nombreux services qui lui permettent d’obtenir une grande influence. À la fin des années 1920, il défend avec succès l’abonnement collectif au Peuple et à Volksgazet (gazette du peuple). En ceci, il réussit à créer un lien entre l’action syndicale des métallurgistes et l’action politique du POB dont il est un fervent partisan.

En 1905, Joseph Baeck devient secrétaire permanent provincial de la Fédération des métallurgistes du Brabant qui est en fait l’ancienne Fédération de Bruxelles étendue sous son impulsion à Clabecq, Tubize, Louvain, Vilvorde. La Fédération qui compte quatorze groupes et 1.400 membres en 1905, passe l’année suivante à seize groupes et 1.900 membres sous son action. Il démissionnera de ce poste pour pouvoir exercer la fonction d’échevin des Travaux publics à Molenbeek en 1908. En mars de la même année, par poll, Louis Penez est désigné pour le remplacer comme permanent à ce poste. En 1921, il reprend la fonction de secrétaire de la Centrale des métallurgistes du Brabant.

Sur le plan politique, Joseph Baeck siège pendant plus de vingt-six ans au Bureau exécutif du Conseil général du POB. Au Congrès du Parti de 1896, il est délégué des tourneurs, raboteurs et mécaniciens de Bruxelles. Au Congrès de 1911, il demande de se prononcer contre le pairage au Parlement. À celui de décembre 1923, il intervient sur la question scolaire. En 1919, il participe, comme expert ouvrier, à la première Conférence internationale du travail à Washington. Il siège à la Commission paritaire nationale de la métallurgie où il défend le principe de la journée des huit heures pour des raisons sociales mais aussi comme moyen de lutte contre le chômage et la semaine anglaise : « Nous devons apprendre à la classe ouvrière de prendre ses plaisirs à la veille d’un jour de repos et non point à la veille d’un jour de travail. » Il se prononce également pour le paiement de salaires plus élevés pour le travail de nuit.

Le 15 octobre 1899, Joseph Baeck est élu conseiller communal de Molenbeek-Saint-Jean ; il exerce le mandat d’échevin des Travaux publics du 7 janvier 1908 au 31 juillet 1919 et est encore échevin des Régies et Travaux publics du 6 janvier 1927 au 22 octobre 1931. Sénateur socialiste de l’arrondissement de Bruxelles du 20 novembre 1921 jusqu’à son décès, Joseph Baeck est membre de la commission de l’Industrie et du Travail. Il intervient en séance publique, notamment sur des problèmes locaux, comme l’élargissement du canal de Charleroi (pr. Hainaut, arr. Charleroi) en 1926-1927, afin d’en hâter les travaux, tout en prévoyant et en aménageant les conséquences négatives de tels travaux dans l’agglomération, en particulier dans la commune ouvrière de Molenbeek, et lors de la discussion des budgets industrie et travail et travaux publics.

Pendant la Première Guerre mondiale, Joseph Baeck poursuit son action sociale. Il est cofondateur de la caisse de secours des chômeurs de l’agglomération bruxelloise et membre de l’administration de la Bourse du travail du Grand-Bruxelles et du Comité d’aide et d’alimentation et du Comité des orphelins de guerre. Il est également cofondateur et membre du Collège d’administration pour les écoles de mécanique à Schaerbeek, le 28 octobre 1917, et à Saint-Gilles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale) le 1er novembre 1917.

Baeck fonde, en 1925, l’École de Fonderie, unique en Belgique. Il exerce également son activité comme membre de la Commission supérieure pour l’enseignement technique de la province du Brabant, comme membre du Comité de conciliation du Grand-Bruxelles depuis sa fondation.
Joseph Baeck, qui est également administrateur de la Maison du peuple de Bruxelles, est un des principaux dirigeants syndicaux de cette période. Il est un des agents de la modernisation de l’organisation syndicale et de son insertion dans le mouvement socialiste. Il s’exprime dans les deux langues nationales.

Sur le plan politique, Émile Vinck*, lors de l’éloge funèbre de Joseph Baeck au Sénat, souligne « qu’une certaine timidité lui faisait préférer le travail éminemment utile des commissions au travail plus brillant des séances publiques ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138463, notice BAECK Joseph, Jean. par Willy Haagen - Jean Puissant - Jean Neuville, version mise en ligne le 5 octobre 2011, dernière modification le 4 janvier 2021.

Par Willy Haagen - Jean Puissant - Jean Neuville

SOURCES : De metaalbewerker, december 1929, (icono) – Vooruit, 26 october 1931 ; 28 october 1931 – BONDAS J., Histoire de la Centrale des métallurgistes de Belgique : soixante années d’efforts et de luttes, s.l., 1947 (icono) – Commission syndicale de Belgique. Rapport moral et financier des années 1930 et 1931, Bruxelles, 1932, p. 6 – NICE, Problèmes du temps de travail : la journée des huit heures en Belgique. Des origines de la revendication à la loi du 14 juin 1921, mémoire de licence ULB, Bruxelles, 1980 – DE VULDERE R., Biografisch repertorium der belgische parlementairen, senatorem, en volksvertegenwoordigers, 1830-1965, RUG, Gent, 1965, p. 25 – VAN MOLLE P., Le Parlement belge, 1894-1972, Anvers, 1972, p. 5 – 47e Congrès du POB, 27-28 mai 1933, Bruxelles, 1933 – Notice réalisée par Diane de Thibault, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 1983.

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