BARNICH Georges. Pseudonyme : Senior.

Par Jean Puissant

Arlon (pr. Luxembourg, arr. Arlon), 1er avril 1876 − Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 17 avril 1948. Médecin, mutualiste, spécialiste des questions sociales, directeur de l’Institut de sociologie Solvay, libéral progressiste puis socialiste, sénateur provincial d’Anvers (Antwerpen), ministre.

Georges Barnich poursuit ses études primaires et secondaires à Arlon. En 1893, il entreprend des études de médecine à l’Université libre de Bruxelles (ULB). Il les réussit avec distinction en 1900. Il est engagé comme assistant puis adjoint au service oto-rhino-laryngologique de l’hôpital Saint-Jean à Bruxelles de 1901 à 1904, puis est aide au laboratoire de recherches chimiques de l’hôpital Saint-Pierre jusqu’au 19 mai 1905.

Georges Barnich semble être, dès avant la fin de ses études, attaché à la Fédération libre des mutualités comme spécialiste nez-gorge-oreille. Il représente Le Progrès de Molenbeek, dont il est le président d’honneur, à la Fédération de Bruxelles. Par la suite, il est qualifié d’administrateur de la Fédération libre des sociétés de secours mutuels de Bruxelles. Le Foyer populaire, magazine illustré, édité par Le Peuple, le présente en 1908 comme n’étant « pas hostile à nos idées ».

En fait, à l’issue de ses études, Georges Barnich adhère au Parti libéral qu’il quitte deux années plus tard, en raison du désintérêt manifesté pour les jeunes et du manque de perspectives d’avenir de ce parti. Non engagé politiquement, il est néanmoins attentif aux problèmes sociaux révélés par sa pratique ainsi qu’au contrôle social exercé efficacement par le parti catholique sur une partie importante de la société belge.

Deux ouvrages édités en 1912 en témoignent. Ils suivent une petite brochure consacrée à La Protection de l’enfance par la mutualité et publiée à Bruxelles en 1909.
Le premier est Le régime clérical en Belgique, préfacé par Paul Janson et P. Hymans, les deux leaders du Parti libéral. Georges Barnich, dans cette « œuvre de statistique sociale, politique et économique », décrit le « cléricalisme socialisant » et tend à montrer que s’il renforce l’emprise du parti catholique, il n’améliore pas la situation sociale de la classe ouvrière. Il décrit les différentes œuvres sociales et économiques chrétiennes en milieu agricole et en milieu ouvrier ainsi que pour la petite bourgeoisie. Le second ouvrage traite de La législation et l’organisation ouvrière en Belgique ; il se veut un manuel de l’association ouvrière, en décrivant des exemples existants et en fournissant à ses lecteurs des modèles de statuts, registres, etc. En conclusion, Barnich souligne la pertinence de la démarche d’Ernest Solvay dans le traitement de la question sociale.

De fait, Ernest Solvay, intéressé par les travaux de Georges Barnich, l’appelle à l’Institut de sociologie dont il organise, durant la guerre, le système de classification à l’usage de l’Office de législation sociale. Barnich est président de l’Institut de sociologie de 1920 à 1924 puis siège à son Comité directeur jusqu’en 1940. Administrateur délégué de l’Institut Solvay d’éducation ouvrière, il consacre divers ouvrages à la pensée de Solvay.

Durant la Première Guerre mondiale, Georges Barnich se rend, à plusieurs reprises, en Angleterre et en France, émissaire officieux entre les autorités du pays occupé et celles de l’extérieur. Il est arrêté en 1917 lors d’un de ces passages et est interné jusqu’à la fin de la guerre. À l’issue du conflit, il participe comme conseiller du gouvernement à diverses négociations internationales. Il est notamment chargé par la Commission des réparations, de la réalisation d’une étude sur les capacités d’indemnisation de l’Allemagne.

Georges Barnich se serait, après la guerre, affilié au Parti ouvrier belge (POB). En 1924, il est membre du comité de rédaction de L’Avenir social. En 1916, Ernest Solvay le désigne comme directeur de L’Indépendance belge, qu’il relance effectivement à l’issue du conflit. À la mort de Solvay, le Parti libéral reprend le quotidien et libère Barnich de sa fonction, malgré ses protestations. Il abandonne la direction du journal le 31 décembre 1922.

Mentionné comme ancien conseiller provincial, Georges Barnich entre en politique comme sénateur provincial d’Anvers représentant le POB le 15 avril 1925. Parlementaire actif, il s’intéresse aux questions extérieures − il est vice-président de la commission des Affaires étrangères du Sénat de 1936 à 1940 − mais surtout aux questions économiques et financières dont il est le spécialiste pour le POB. De 1936 à 1939, il est rapporteur du budget des voies et moyens.

Georges Barnich est alors le porte-parole du POB. En 1939, il est ministre des Affaires économiques et des Classes moyennes dans le gouvernement Spaak. En 1940, il se retire avec sa femme, Germaine Doignon, à Arlon. Il reprend ensuite sa place au Sénat mais brièvement, étant donné l’évolution de la maladie qui allait l’emporter.

Plus expert que militant en politique, Georges Barnich, en raison de son statut social et de son intérêt pour les sciences sociales et économiques, siège dans de très nombreux organismes (Fonds d’amortissement de la dette, Ducroire, etc.) où il assure la présence du POB.

Georges Barnich est également actif dans d’autres milieux. Il est membre de l’Académie d’archéologie de Belgique, correspondant de la Commission des monuments et des sites. Spécialiste de l’héraldique, il collabore à l’annuaire de la noblesse. Il est aussi membre de la direction de la Ligue de l’enseignement.
Sa conduite durant la Première Guerre mondiale lui faut d’obtenir de nombreuses décorations belges et étrangères : chevalier de l’ordre de Léopold, Croix civique de 1ere classe, commandeur de la Légion d’honneur…

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138479, notice BARNICH Georges. Pseudonyme : Senior. par Jean Puissant, version mise en ligne le 5 octobre 2011, dernière modification le 18 avril 2020.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : Le régime clérical en Belgique. L’organisation du parti catholique. La législation sociale et les œuvres, Bruxelles, 1912 ; traduction néerlandaise, Gand, 1912 − La législation et l’organisation ouvrière en Belgique. Théorie et pratique, t. I, Bruxelles, 1912 − La politique de vie chère et de l’appauvrissement, Bruxelles, 1925 − Senior, La haute banque en Belgique, s.l., 1931.

SOURCES : La Belgique active, Bruxelles, 1931 − VAN MOLLE P., Le Parlement belge, 1894-1972, Anvers, 1972 (icono) − Notice réalisée par Anne-Françoise d’Aoust, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 1982.

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