BASTIEN Arthur, Charles, Adolphe.

Par Jean Puissant - Ivan Lewuillon

Ghlin (aujourd’hui commune de Mons, pr. Hainaut, arr. Mons), 27 janvier 1855 − Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles, aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 6 février 1918. Négociant en mercerie, dirigeant syndical chez les mineurs, président de la Fédération socialiste républicaine du Borinage (pr. Hainaut), député socialiste de l’arrondissement de Mons, sénateur provincial du Hainaut, père de Jean Bastien et frère de Gustave Bastien.

Légende ou réalité : le jeune Arthur Bastien, âgé de huit ou neuf ans, habitant avec ses grands-parents, fermiers sur les terres de la famille Damoiseaux et remerciés au terme du bail, aurait jeté une pierre dans les fenêtres de la ferme au moment de leur départ définitif. Il aurait gardé de cette expérience la conscience de l’injustice et la volonté de modifier la situation sociale. Son père, Charles, ouvrier agricole, ouvre, à la suite de son mariage avec Rosette Delcroix, à Ghlin, un petit magasin d’épicerie et de mercerie qu’il équipe ensuite d’une machine à tricoter. C’est l’origine du négoce et de l’entreprise familiale.

Arthur Bastien poursuit des études moyennes à Mons. Il est voyageur de commerce, négociant puis fabricant en mercerie comme ses deux frères, Gustave et Charles, né à Ghlin en 1864, qui exerce d’abord des activités dans la banque.
Domicilié à Mons en 1897, Arthur Bastien épouse Charlotte Orban dont il divorcera en 1897, puis Léonie, Joséphine, Louisa Chevalier, née à Mons en 1874, qui travaille à la mercerie. Ils ont un fils, Jean, Arthur, Charles Bastien.

En 1890, Arthur Bastien participe à la création du Cercle socialiste de Mons constitué essentiellement de membres appartenant à la classe moyenne et à la petite bourgeoisie caractéristique de ce chef-lieu de province. La présence active des trois frères Bastien est symptomatique, comme l’est également la date de création de ce cercle. Le Parti socialiste républicain vient de disparaître à l’occasion de l’affaire du « Grand complot » en 1889 et ses militants regagnent le Parti ouvrier belge (POB).

Le mouvement socialiste perd donc ses aspects insurrectionnels et axe tous ses efforts sur la conquête du suffrage universel. Alfred Defuisseaux*, déçu mais conscient de cette évolution, appelle, dans son Catéchisme du petit bourgeois, à l’union entre la classe ouvrière et la petite bourgeoisie, exploitées toutes deux par le patronat pour l’une, par le capital financier pour l’autre. Arthur Bastien participe à des meetings publics dès le printemps 1891. En 1892, il fait partie du Comité de la Fédération boraine du POB. À ce titre, il siège au Conseil d’administration de l’éphémère Mine aux mineurs en mai 1892.

En décembre 1892, Arthur Bastien est trésorier du Syndicat général des mineurs. Le 17 mai 1893, il est arrêté à Mons (pr. Hainaut, arr. Mons), à la suite de la sanglante fusillade de l’avenue de Jemappes où la garde civique arrête brutalement la progression de mineurs borains venus revendiquer le suffrage universel. Il est relâché peu après, tout comme les autres dirigeants arrêtés, le Parquet ne parvenant pas à établir une quelconque responsabilité des membres du Comité fédéral dans ces tragiques événements qui, par ailleurs, se sont déroulés en dehors des limites de la ville, où la garde civique de Mons n’avait pas à se tenir.

Collaborateur du quotidien puis hebdomadaire, Le Suffrage universel, Arthur Bastien est tout naturellement, étant donné sa notoriété et son rôle dans le chef-lieu d’arrondissement, présent sur la liste de candidats lors des premières élections au suffrage universel tempéré par le vote plural de 1894 qui voit le triomphe, avec 54,76 % des votes, au premier tour, de la liste socialiste, très forte dans le Borinage houiller mais aussi dans le canton de Mons avec 39,5 %.

Arthur Bastien entame ainsi une longue carrière parlementaire puisqu’il est député de 1894 à 1900, sénateur provincial, à la suite de l’introduction de la représentation proportionnelle, de 1900 à 1912, puis à nouveau député de 1912 à sa mort. Son activité y est réduite. On peut citer, en 1897, sa proposition de supprimer les impôts sur les biens de consommation courants comme le sucre, ce qui aurait pour effet de développer la culture de la betterave, la production sucrière ainsi que celle de produits sucrés comme les biscuits (13 décembre). En 1909, il intervient dans le débat sur l’éventuelle limitation du nombre d’heures de travail pour les mineurs de fond, invoquant l’importance des maladies professionnelles et la nécessité pour les mineurs de s’épanouir intellectuellement et moralement. Malade dès 1910, il fréquente peu le Parlement.
Au Sénat, il siège à la commission de la Guerre.

C’est surtout comme militant régional que Arthur Bastien se manifeste. Dirigeant de la Fédération boraine du POB, il y joue un rôle important, non en raison de la force de son organisation de base mais de la nécessité d’équilibrer, d’arbitrer les forces locales dominantes dans le Borinage, à Frameries, Wasmes, Pâturages et Quaregnon. C’est ainsi que Bastien succède à Alfred Defuisseaux* comme président de la Fédération socialiste républicaine du Borinage, où son statut social, sa culture, son éloquence lui assurent une certaine autorité. Il est difficile de parler de véritable popularité personnelle si on envisage les résultats des élections de 1912 où les votes de préférence en sa faveur sont peu importants, 2.134 sur 54.335 voix. Par contre, il est évident qu’un certain culte de la personnalité est organisé afin de donner un visage non controversé à la direction politique du POB. Arthur Bastien, bien que malade, est en effet placé à la quatrième place de la liste, sans passer par le poll, à une position de combat puisque un siège supplémentaire est attribué à l’arrondissement où le POB emporte facilement trois sièges depuis 1900.
Les bulletins de santé, les relations des visites à Bastien, hospitalisé à Bruxelles, manifestations d’hommage à un ancien, qui paraissent dans L’Avenir du Borinage, le montrent bien.

Arthur Bastien est loin d’être une potiche. Il tient de nombreux meetings, collabore aux journaux régionaux, Le Suffrage universel, L’Avenir du Borinage, L’Ouvrier mineur, organe de la Fédération nationale des mineurs, et même à L’Exploité, journal fondé par Joseph Jacquemotte en 1911. Il est cofondateur en 1899 de l’Imprimerie coopérative de Cuesmes (aujourd’hui commune de Mons, pr. Hainaut, arr. Mons), membre du Conseil d’administration de L’Avenir du Borinage. Il joue un rôle important lors de la scission d’Henri Roger en 1902.

Arthur Bastien, qui est un orateur écouté, défend un socialisme plus sentimental que doctrinal, fondamentalement modéré même s’il lui arrive de tenir des propos radicaux. « Pour avoir le suffrage universel pur et simple, s’il − le peuple − doit cogner, il le fera et passera à travers tout », proclame-t-il lors de l’agitation révisionniste en 1902. Profondément anticlérical comme l’est en général son milieu, il explique en 1893, au Cercle rationaliste de Cuesmes : « Il faut que les enfants n’aillent plus à l’église pour en faire des révoltés contre l’état social actuel. » En 1905-1906, il participe, comme conférencier, aux activités des Universités populaires.

Père d’un futur militant communiste, oncle maternel de Charles Plisnier*, Arthur Bastien offre le visage caractéristique de ces représentants des classes moyennes qui ont rallié le POB, en raison de l’impossibilité de jouer un rôle politique ou social sous le régime censitaire et qui lui ont donné des mandataires nombreux d’un niveau intellectuel moyen supérieur à celui des ouvriers dont l’école sera surtout les organisations qui se forment seulement à cette époque.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138494, notice BASTIEN Arthur, Charles, Adolphe. par Jean Puissant - Ivan Lewuillon, version mise en ligne le 5 octobre 2011, dernière modification le 25 mars 2020.

Par Jean Puissant - Ivan Lewuillon

SOURCES : LEKEU J., « Discours à la mémoire d’Arthur Bastien », dans Rapport du Bureau du Conseil général sur l’activité du Parti ouvrier pendant la guerre, août 1914-novembre 1918, Bruxelles, 1918, p. 175-179 − PUISSANT J., L’évolution du mouvement ouvrier socialiste dans le Borinage, Gembloux, réédition, 1993.

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