LERDA Roger, Célestin, François

Par Louis Botella

Né le 4 octobre 1923 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 12 mai 2008 au [Le] Kremlin-Bicêtrte (Val-de-Marne) ; employé municipal puis secrétaire général de mairie ; syndicaliste CGT puis Force ouvrière (FO) ; secrétaire général de l’Union départementale FO des Bouches-du-Rhône (1963-1969) ; secrétaire confédéral FO (1969-1989) ; socialiste ; résistant.

Roger Lerda, né dans un milieu familial laïque et socialiste, dut interrompre ses études en raison de la guerre et de l’occupation. À dix-sept ans, il fut embauché comme auxiliaire de bureau à la mairie de Gardanne (Bouches-du-Rhône). Il fit l’essentiel de sa carrière professionnelle au sein de cette mairie où il devint secrétaire général adjoint avant de la terminer à Marseille.

Roger Lerda s’engagea rapidement, malgré son jeune âge, dans la Résistance locale, notamment au sein du réseau Combat. Son emploi à la mairie de Gardanne lui permit de contribuer à la fabrication des faux papiers dont bénéficièrent de nombreux résistants, parmi lesquels Guy Mollet, futur président du Conseil des ministres.
Chef de groupe FFI dans les Bouches-du-Rhône, Lerda participa aux actions contre les troupes allemandes et à la libération du pays, ce qui lui valut plusieurs décorations dont la Croix de guerre 39-45.

En 1944, il se lança dans l’action politique en militant au sein de la SFIO locale et il fut un soutien actif de Gaston Defferre dans sa conquête de la mairie de Marseille, face aux gaullistes du RPF (Rassemblement du peuple français) et aux communistes.

Très actif au sein de la CGT mais « anticommuniste viscéral » comme il aimait à le rappeler à ses interlocuteurs, Roger Lerda fut l’un des créateurs et le responsable du groupe des « Amis de Force ouvrière » de la région de Gardanne. Puis, il fut le premier secrétaire général de l’Union locale FO de Gardanne, à base essentiellement ouvrière (mines, produits chimiques, cimenteries...). Il assuma pendant de très nombreuses années ce mandat et marqua un profond attachement à cette UL, même quand il eut des responsabilités nationales à Paris. Il participa également à la création, en décembre 1947, de l’Union départementale des Bouches-du-Rhône dont l’instituteur Marcel Babau fut le premier secrétaire général. Au sein de cette UD dont le congrès constitutif eut lieu en mars 1948, il fut élu dans les instances dirigeantes. Alors secrétaire adjoint, ses talents d’orateur furent largement utilisés pour le développement de FO face à une redoutable concurrence de la CGT dans ce département.

En 1962, Roger Lerda fut secrétaire permanent au sein de cette UD, en charge de la propagande. L’année suivante, il succéda à Jacques Picon, du syndicat des municipaux de Marseille, au poste de secrétaire général de l’UD. Toujours en 1963, il fut élu membre de la commission exécutive confédérale.

Pendant vingt ans, au cours de ses différents mandats au sein de son UD, il siégea dans de très organismes : Caisse primaire d’assurance-maladie de Marseille, Caisse d’allocations familiales et URSSAF des Bouches-du-Rhône, comité de perfectionnement de l’Institut régional du Travail de la faculté de Droit d’Aix-en-Provence. Il représenta également FO au sein de la CODER (Commission du développement régional) de Provence-Côte d’Azur.

En mars 1969, il devint membre du bureau confédéral de FO, en même temps que le cheminot Robert Degris et le postier Jean Rouzier*. Au sein de cette instance, Lerda eut d’abord à s’occuper du secteur juridique puis de celui de la protection sociale. Il représenta son organisation au sein de la CNAVTS (Caisse nationale de l’assurance vieillesse des travailleurs salariés). Négociateur opiniâtre, Roger Lerda obtint, au sein de la CNAVTS, une amélioration sensible du système de calcul des années comptant pour la retraite, ce calcul se faisant dorénavant sur les dix meilleures années de travail et non plus sur les dix dernières. Il réussit aussi à faire baisser à cinquante-cinq ans l’âge requis pour les veuves pour l’obtention de la pension de réversion.

Par la suite, il eut en charge le secteur de l’enseignement et de la formation syndicale et donc le Centre de formation des militants syndicalistes (CFMS).

Vigie attentive, Roger Lerda s’exprima pratiquement toutes les semaines dans l’hebdomadaire confédéral. Il mit sa plume alerte, parfois acérée, au service de son organisation, de la défense de la politique contractuelle, de la laïcité et de l’école publique, égratignant au passage ses concurrents syndicaux, notamment ceux de la CGT et de la CFDT. Déplorant très souvent devant ses interlocuteurs le choix fait en 1948 par les enseignants de la FEN (Fédération de l’Éducation nationale) en devenant autonomes, Roger Lerda regarda, toujours avec beaucoup d’attention, l’évolution de la FEN et du monde enseignant. Il fut avec André Bergeron, secrétaire général de FO, et de Roger Sandri*, secrétaire confédéral, les artisans du passage à Force ouvrière, notamment à partir du début des années 1980, d’un des groupes d’enseignants en rupture avec la direction nationale de la FEN et de ses principaux syndicats.

Ces groupes, venant de la FEN, en se joignant aux adhérents déjà présents à FO depuis la scission de 1948, notamment dans l’enseignement technique et l’apprentissage, permirent le développement, plus conséquent à partir de 1983, de la FNEC-FO (Fédération nationale de l’Éducation et la Culture) au sein de l’Éducation nationale avec le SNUDI (directeurs d’écoles et instituteurs), le SNFOLC (lycées et collèges) et le SNPREES (recherche et enseignement supérieur).

Lors d’une réunion organisée par la FNEC-FO, le 11 novembre 1983 dans la salle des congrès de la confédération FO, Roger Lerda fit une intervention particulièrement remarquée en félicitant les nouveaux adhérents de leur choix et en rappelant les conceptions de son organisation dans le domaine de l’indépendance syndicale tout en soulignant la pertinence de la Charte d’Amiens.

Roger Lerda représenta FO au sein du Conseil économique et social ainsi qu’au Conseil supérieur de l’Éducation nationale.

En février 1989, prenant sa retraite, il quitta le bureau confédéral tout en continuant à s’intéresser de manière active à l’histoire du mouvement syndical à travers le bureau de recherche sur le syndicalisme.

Il ne fit jamais mystère de son appartenance à la Franc-maçonnerie.

Marié, il eut un enfant. Il fut incinéré le 19 mai 2008 au Crématorium du Val-de-Bièvre dans la plus stricte intimité comme il le souhaitait.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138561, notice LERDA Roger, Célestin, François par Louis Botella, version mise en ligne le 14 octobre 2011, dernière modification le 3 janvier 2021.

Par Louis Botella

SOURCES : Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT, 19 mars 1948 et les années suivantes puis FO Hebdo (notamment les 2 avril 1969 et 28 mai 2008). — Comptes rendus des congrès confédéraux de 1948 à 1989. — Article de Jean-Claude Mailly in FO Hebdo, 28 mai 2008. — La lettre aux syndicats de FO Santé, mai 2008 (p. 23). — Article d’Hubert Raguin et de François Chaintron in Le Syndicalisme Indépendant, organe de la FNEC-FO, n° 157, juin 2008. — Notice nécrologique de Michel Noblecourt in Le Monde, 4 juin 2008. — Énergies, bulletin bimestriel de la mairie de Gardanne, n° 299, juillet-août 2008. — Notes de Claude Pennetier et de Denis Lefebvre. — Site Internet : deces.matchid ?io.

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