LE PARANTHOEN Jeannette [née PROVOST Jeannette]

Par Alain Prigent, François Prigent

Née le 1912 à Ploulec’h (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), décédée le février 2002 à Lannion (Côtes-d’Armor) ; employée des hypothèques ; résistante ; militante de l’UFF, conseillère municipale communiste de Lannion (1945-1947).

Jeanette Provost était la deuxième d’une grande famille de sept enfants. Son père, Victor Provost*, douanier de son métier au Yaudet, petit hameau de pêcheurs de la commune de Ploulec’h, proche de Lannion, ne fut démobilisé qu’en 1916. Après des études à l’école primaire supérieure de Plestin-les-Grèves, Jeanette Provost entra comme employée aux hypothèques des contributions indirectes à Lannion. Ses frères aînés s’engagèrent dans la Marine nationale. Elle accompagna son père dans les meetings du Front populaire à Lannion pour soutenir le candidat communiste Marcel Hamon* et pour fêter la victoire du premier député socialiste des Côtes-du-Nord, Philippe Le Maux*.

Elle se maria en 1937 avec un jeune ouvrier ébéniste, Jean Le Paranthoen*, à Louannec. Son mari fut mobilisé en septembre 1939 à la frontière belge. Il revint en Bretagne après la débâcle militaire de juin 1940. Ses jeunes frères, Jean et Ambroise Provost*, furent en contact avec le premier groupe de résistances du Trégor, animé par Roger Barbé, et démantelé en décembre 1940. Jean Provost* composait des chansons patriotiques qu’il chantait à ses camarades du Yaudet. Il fut arrêté ainsi que son frère Ambroise au printemps 1943. Le père de Jeannette fut également déporté. Son mari, en contact avec Louis Picard*, entra dans la clandestinité à la fin du printemps 1943. Il échappa aux arrestations de l’été qui démantelèrent les structures du PC clandestin des Côtes-du-Nord. Avec son nourrisson, Chantal, elle rejoignit sa mère laissée seule après les arrestations qui ont frappé la famille. À la fin de l’année 1943 ans, après avoir eu des contacts avec Yvonne Dissoubray*, jeune institutrice venue de Rouen, responsable départementale de l’UFF (’union des femmes françaises), elle s’engagea dans le groupe de résistance féminine distribuant des tracts fournis par les cheminots de Lannion dans les localités voisines. Louisette, nom de résistance en souvenir de sa jeune soeur trop tôt disparue, sillonna à vélo le canton de Lannion alors qu’elle attendait son fils, Patrick, qui naquit quelques semaines plus tard.

C’est après la libération des Côtes-du-Nord que Jean, son mari, retrouva enfin Jeannette et ses enfants. Elle milita activement au sein de l’UFF, dirigée par Hélène Le Chevalier*, qui comptait à la libération plus de 10 000 adhérentes dans les Côtes-du-Nord. En avril 1945, elle fut élue sur la liste républicaine antifasciste d’union des gauches conduites par le docteur Georges Morand : elle fut la première femme élue dans l’assemblée communale. Membre du PCF, elle milita avec son mari qui devint le premier secrétaire de la fédération des Côtes-du-Nord. Elle siégea à la commission des finances et au bureau de bienfaisance du conseil municipal jusqu’en 1947. En 1947, elle quitta Lannion pour suivre son mari dans la Sarthe où il devint un des principaux responsables de la fédération communiste. De retour à Lannion en 1950, elle continua de militer dans la section du PCF. En 1977, elle figura sur la liste d’union de la gauche conduite par Pierre Jagoret* qui remporta les élections municipales. Elle ne fut pas élue mais elle siégea à l’Office des retraités dont elle fut la présidente jusqu’en 1993. Elle fit également partie du conseil d’administration du comité cantonal d’action sociale jusqu’en 1995.

Décédée à Lannion, elle fut enterrée civilement le 31 janvier 2000. Alain Prigent prononça son éloge funèbre. Une rue de Lannion ainsi que la maison-relais des anciens portent son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138578, notice LE PARANTHOEN Jeannette [née PROVOST Jeannette] par Alain Prigent, François Prigent, version mise en ligne le 18 octobre 2011, dernière modification le 24 mars 2012.

Par Alain Prigent, François Prigent

SOURCES : Arch. dép. Côtes d’Armor 1043W32, activité du PCF (1940-1944), 1140W91 (sous-préfet de Lannion), 1192W1 (Elections municipales 1945).
— L’Aube Nouvelle, hebdomadaire de la fédération des Côtes-du-Nord du PCF (1945-1951).
— Christian Bougeard, Le choc de la deuxième guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord, thèse de doctorat d’Etat, Rennes II, 1986. — Maud Crocq, Marcel Hamon (1908-1994). Une grande figure communiste des Côtes-du-Nord, mémoire de maîtrise, sous la direction de Claude Geslin, juin 1998, Rennes II. — Marie Pierre et Pierre Klein, Les déportés des Côtes-du-Nord, livre mémorial, 2007. — Alain Lozach, Visages de la Résistance bretonne, Coop Breizh, 2003, 375 p. — Louis Pichouron, Mémoire d’un partisan Breton, Presses universitaires de Bretagne, 1969. — Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000. — Alain Prigent, La SPAC contre le PCF clandestin, Les Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, N° 6/7, 1998. — Alain Prigent, Les femmes dans la Résistance dans les Côtes-du-Nord, Les Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, N° 3/4, 1996. — François Prigent, Les femmes dans l’action militante, syndicale et revendicative de 1945 à nos jours, colloque international de Lyon (mars 2007).

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