KERFEST Jean, Baptiste

Par Daniel Grason

Né le 28 août 1912 à Paris XIVe arr. (Seine), mort le 14 février 1945 à Buchenwald (Allemagne) ; tôlier ; militant communiste ; résistant ; déporté.

Jean Kerfest était le fils d’Yves, Marie, maçon et de Catherine née Daniel, ménagère, il épousa Andrée Lelièvre, boutonniériste, née le 15 novembre 1909 à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis). Le couple demeura 66 rue du Ruisseau à Paris XVIIIe arr. Il travaillait aux usines Chausson à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine), était syndiqué à la CGT. Mobilisé lors de la déclaration de guerre en 1939, il regagna son foyer en août 1940, reprit son travail. En mai 1941, Xavier Henry militant communiste le contacta à l’atelier pour participer à l’action communiste clandestine.

En février 1942 Chausson dont Chenard & Walcker employaient à Gennevilliers deux mille huit cent onze salariés, et mille cent quarante-huit à Asnières. L’activité politique de Jean Kerfest consistait à distribuer des tracts et des brochures à la douzaine de militants. Il se rendait tous les jours à son travail à bicyclette. Était-il repéré dans l’usine ? Avait-il été signalé à la police ? Le 26 mai 1942 vers 7 heures 15 du matin, trois inspecteurs de la Brigade spéciale n° 1 étaient en surveillance place Voltaire à Asnières. Jean Kerfest attendait-il un militant ? Les policiers l’appréhendèrent, il tenta de déchirer la liste manuscrite des militants des usines d’Asnières et Gennevilliers. Son domicile fut perquisitionné sans résultat.

Interrogé par le commissaire Fernand David de la BS 1, il déclara détenir la liste d’un dénommé Henri (Xavier Henry). Celui-ci avant de quitter l’usine le 24 avril 1942, lui donna : « Voici les copains à qui tu devras remettre du matériel ». Jean Kerfest précisa aux policiers : « Le matériel […] n’était destiné qu’à la documentation personnelle de chacun de ces camarades. Après en avoir pris connaissance, chacun devait s’efforcer de faire lire à d’autres les documents de propagande ».

Liste en main les policiers arrêtèrent dans les ateliers onze militants ou supposés tels pour « propagande communiste » le 27 mai 1942 : Maurice Leblanc, Georges Parent, Ernest Prey, Marcel Marion, Georges Martin, Lauriano Perrez, Émile Borny, Georges Faverot, Joseph Gaudin, Édouard Guignier dit La Guigne et Maurice Laurent. Quant à Xavier Henry* absent de son domicile de Colombes, un avis de recherche fut lancé contre lui.

Quatre arrêtés furent disculpés. Édouard Guignier, tôlier, trente-quatre ans, d’Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis) fut adhérent du parti communiste deux mois en 1936, il ne comprit pas pourquoi il était noté comme sympathisant. Maurice Laurent, tôlier, quarante-sept ans, de Gennevilliers. Aucune charge ne fut retenue contre eux, le 31 mai, ils étaient libres.

Joseph Gaudin tôlier, trente-neuf ans, de Gennevilliers, membre du parti communiste en 1937, le quitta l’année suivante : « pour recouvrer sa liberté et pour ne pas être astreint à assister aux réunions et manifestations auxquelles un militant est constamment convié ».
Georges Faverot ajusteur-outilleur, trente-sept ans, de Clichy, était noté sur la liste comme sympathisant. Jean Kerfest confirma qu’il ne lui remit jamais de tracts à distribuer. Ils bénéficièrent d’un non-lieu le 25 juillet, signèrent un texte où ils désapprouvaient : « l’action communiste clandestine sous toutes ses formes ».

Jean Kerfest resta deux à trois semaines dans les locaux des brigades spéciales. Le 9 octobre 1942, il comparut en compagnie de Maurice Leblanc, Marcel Marion, Georges Martin, Ernest Prey, Georges Parent et Émile Borny devant la Section spéciale. Tous furent condamnés, Jean Kerfest responsable de la cellule communiste clandestine à cinq ans de prison, 1200 francs d’amende et au maximum de la contrainte par corps.

Sous le titre : « Communistes condamnés », Le Petit Parisien du 10 octobre 1942 annonça les sentences. À la lecture de l’article, un membre du cabinet du préfet de police, l’annota « Depuis quelque temps, la Section spéciale près Cour d’appel chargée de la répression du terrorisme se montre assez indulgente – les peines prononcées paraissent insuffisantes ; cette indulgence étonne, venant d’une juridiction spécialement instituée pour une répression sévère ; elle « énerve » les services de police, qui mettent en vain leur courage à poursuivre les communistes, et y ont d’abord peu de mérite qu’ils y courent de gros risques (nombre reçu soins infirmerie de la P.P.) »
En conclusion, une intervention était prévue « auprès du garde des Sceaux pour que le Parquet de la Cour soit invité à se montrer plus sévère à l’égard des agitateurs communistes ».

Il fut détenu ou interné successivement à la prison de la Santé, à Melun (Seine-et-Marne), puis à Châlons-sur-Marne (Marne). Le 12 mai 1944, un convoi de deux mille soixante-treize hommes quittait Compiègne (Oise) à destination de Buchenwald (Allemagne), le plus important de tous les transports. Huit déportés s’évadèrent à Commercy (Meuse), dont deux furent tués par un SS, quatorze moururent lors du trajet, où le 14 mai à l’arrivée. Jean Kerfest matricule 51305 mourut le 14 février 1945, 38% des déportés de ce transport ne rentrèrent pas.

Sa femme Andrée témoigna après la Libération devant un juge d’instruction : « Mon mari m’a dit pendant une visite à la Santé qu’il avait été frappé brutalement à coups de nerf de bœuf à la préfecture de police, sans pouvoir me dire quels étaient ses tortionnaires ». Elle déposa plainte contre les inspecteurs qui arrêtèrent son mari. Le commissaire Fernand David impliqué dans de multiples interrogatoires avec sévices fut arrêté, jugé et fusillé après la Libération.

Jean Kerfest était le fils d’Yves, Marie, maçon et de Catherine née Daniel, ménagère, il épousa Andrée Lelièvre, boutonniériste, née le 15 novembre

Jean Kerfest a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et Déporté interné résistant (DIR).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138755, notice KERFEST Jean, Baptiste par Daniel Grason, version mise en ligne le 19 mars 2012, dernière modification le 10 novembre 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 1928, BA 2056, KB 21, KB 100, PCF carton 12, 77W 70. – Bureau Résistance GR 16 P 318364. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’occupation, Éd. Perrin, 2001. – Le Petit Parisien, 10 octobre 1942. – État civil numérisé Paris 14e arrondissement 14N 783 acte n° 7093.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément