CLAESSENS François, Marie, dit Bob.

Par Jean Puissant

Anvers (Antwerpen, pr. et arr. Anvers), 4 mai 1901 – Orchimont (aujourd’hui commune de Vresse-sur-Semois, pr. Namur, arr. Dinant), 12 août 1971. Avocat, dirigeant du Secours rouge international et du Parti communiste de Belgique (PCB), publiciste et conférencier.

Le père de François Claessens, Franciscus, homme d’affaires surtout immobilières, est libéral, franc-maçon et appartient à la bourgeoisie cossue. Ses grands-parents paternels sont briquetiers en Campine (pr. Limbourg) et du côté maternel, batteurs de cuivre à Anvers. Après des études à l’Athénée royal d’Anvers qui débutent en 1913, Bob Claessens réussit avec distinction des études de droit à l’Université libre de Bruxelles (ULB) en 1923. Il réalise son stage chez Maîtres Van Dosselaere et Joris à Anvers et s’inscrit au Barreau de cette ville en 1928.

Cofondateur de la revue Lumière (1919-1923) avec notamment R. Avermaete et J. Minne, Bob Claessens rédige des critiques d’art, de littérature, de cinéma mais aussi d’ouvrages politiques comme Les anarchistes et l’expérience de la révolution russe de Victor Serge où transparaissent ses intérêts d’extrême-gauche. Ébranlé par la crise économique, son père se suicide en juillet 1930, trois mois après la mort de sa femme. Claessens l’avait suivi à la loge Marnix van Sint-Aldegonde en 1921.

Les conséquences politiques de la crise, l’avènement d’Hitler à Berlin en particulier, entraînent Bob Claessens à adhérer au Secours rouge international (SRI) en 1933, au PCB en 1934, où ses parrains sont Pierre Ackermans et Robert Lejour. En 1934, il est secrétaire régional du SRI d’Anvers et siège au Comité exécutif du SRI national avec Lejour, Steyaert et Thonet. Depuis 1934, il vit à Bruxelles.

Bob Claessens est candidat communiste au Sénat en 1936 et en 1939. Il plaide pour des inculpés communistes, ouvriers. Il prend la parole aux funérailles des deux militants socialistes assassinés en 1936 lors de la campagne électorale, défend Vercammen à Ypres. Il se rend en Espagne pour le SRI en avril 1937 et siège au bureau du SRI. Il collabore à la revue Unité, écrit dans une brochure dénonçant les trotskistes, La besogne destructive du trotskisme dans le mouvement de solidarité de Belgique, publiée à Paris en 1937. Il figure au secrétariat international du SRI et au Comité national d’aide à l’Espagne à Bruxelles, au Comité international à Paris, au Comité d’aide de la Chine à Londres.

Bob Claessens participe à trois congrès du Rassemblement universel pour la paix (RUP) à Bruxelles, à Londres et à Paris. Il donne des conférences dans le pays. Il plaide à Zurich au procès Bodenman et Droz. Il plaide aussi pour des brigadistes poursuivis pour désertion à leur retour en Belgique, notamment Florent Leenaerts à Anvers, où il justifie l’engagement de ces jeunes, partis se battre pour la démocratie, en analysant la situation internationale et les risques courus par la Belgique : « Vous savez bien que le chemin le plus direct de Berlin à Paris passe par nos collines wallonnes et nos plaines flamandes ». Intérêts nationaux, combat antifasciste et dénonciation de la justice de classe se mêlent dans ses plaidoiries qu’il veut « de rupture ».

La foi de Bob Claessens dans le communisme, l’URSS et Staline, est complète, comme nous le révèle son journal intime le 22 décembre 1939 : « Le prolétariat, vainqueur de ce pays, après avoir ... organisé chez lui la production socialiste, se dressera contre le reste du monde capitaliste, en attirant à lui les classes opprimées des autres pays, en soutenant dans ces pays des révoltes contre les capitalistes ou intervenant s’il est nécessaire par la force armée contre les classes exploitantes et leurs gouvernements. »
Cette affirmation radicale, privée, cache peut-être le désarroi du Pacte germano-soviétique ; du moins le 22 juin 1941, il écrira toujours dans son journal : « Cette fois, tout est clair et net. Le décor m’entraîne où déjà me pousse mon cœur. C’est la guerre enfin aussi pour moi... »

En fait, empêtré dans des problèmes personnels et financiers, Bob Claessens suspend toute activité politique après l’invasion de 1940, fait l’exode vers la France et rentre en Belgique où il se remarie. Le 22 juin 1941, il quitte son domicile. Le 6 juillet 1941, il se rend à une convocation de la police judiciaire à Anvers. Il est arrêté peu après sa sortie. Interné le 1er août au fort de Breendonk (commune de Willebroek, pr. Anvers-Antwerpen, arr. Malines-Mechelen), il gagne, par le premier convoi de déportés belges, le camp de Neuengamme (Hambourg, Allemagne) le 22 septembre, puis celui de Dachau (Bavière, Allemagne) le 27 juillet 1942, avant d’être transféré au camp annexe d’Allach (Bavière, Allemagne).
Fort affaibli par les interrogatoires initiaux et les conditions de détention, Bob Claessens doit sa survie à son triangle communiste formé avec Jean Borremans et Georges Walraeve*. Ensuite sa culture et ses talents de conférenciers lui permettent de jouer un rôle de soutien moral pour ses compagnons de détention. Edmond Michelet, futur ministre du général de Gaulle, laisse en 1955 des lignes éclairantes à ce sujet : il y parle du matérialisme, de peintres, de la Belgique, de la Flandre, en français, en néerlandais et en allemand. Michelet note : « Des images truculentes de Teniers se substituaient aux visions infernales dont nous étions les témoins et que Jérôme Bosch n’avait point prévues. La kermesse héroïque de Bosch l’emportait sur la danse macabre à laquelle nous participions ». Michelet précise aussi : « Ce flamand d’Anvers au patriotisme farouche était la douceur même. Je ne voudrais pas lui faire de tort auprès de ses camarades de Parti : il me faut bien dire tout de même que je n’ai jamais rencontré de communiste qui lui ressemblât, même de loin ».

À la fin de la guerre, Bob Claessens devient responsable du camp d’Allach, porté par le comité de résistance et préside, à la Libération, le Comité international des prisonniers de ce camp en charge de maintenir son fonctionnement et de faciliter le rapatriement des détenus. Il rentre en Belgique le 18 juin 1945. Claessens nous livre des fragments de sa vie concentrationnaire dans la brochure, hagiographique, qu’il rédigera sur Julien Lahaut.

Le PCB reprend contact avec Bob Claessens. Sa conduite dans les camps rachète sa passivité de 1940-1941. Il devient, après rétablissement, secrétaire national de Solidarité et défend les intérêts des victimes de la guerre. Il est vice-président de l’Amicale de Dachau et trésorier national de la Confédération des prisonniers politiques. Il collabore à Front, au Drapeau rouge et au Rode vaan.

Premier candidat au Sénat à Anvers aux élections de février 1946, Bob Claessens devient attaché de cabinet du ministre de la Reconstruction, Jean Terfve, mais sa candidature au Comité central est rejetée par le VIIIe Congrès du PCB.

Fin 1946, Bob Claessens organise des conférences-tribunes. Il devient rédacteur en chef de Rénovation puis collaborateur de Communisme, revue de doctrine et d’action du PCB, qui paraît depuis 1949. Il est devenu permanent, responsable des intellectuels et, à ce titre, participe à la mise sur pied de la grande exposition d’art à la nouvelle maison de la presse communiste, rue de la Caserne à Bruxelles, en octobre 1947.

En 1948, Bob Claessens est élu au Comité central du parti. Il appartient à l’appareil central chargé de la propagande. Parfait bilingue, il donne de nombreuses conférences dans tout le pays, des cours à l’école du parti à Rixensart (pr. Brabant wallon, arr. Nivelles) et participe aux diverses campagnes du PCB sans état d’âme, sauf peut-être à part cette confidence au peintre Edmond Dubrunfaut sur la nocivité de la doctrine Jdanov en matière d’art et cette affirmation pleine de sens sur la peinture soviétique contemporaine : « Je ne la considère pas à la hauteur de l’effort social et de la situation sociale en Russie ».

En 1958, pour des raisons personnelles et non politiques, Bob Claessens abandonne son poste de permanent du parti mais il est encore réélu membre du Comité central en 1960. Il reprend ses activités d’avocat mais ce sont ses talents didactiques, son sens de la vulgarisation et sa culture qui orientent les activités de la dernière partie de sa vie. Il guide des visites d’expositions d’art, parle de Marxisme et religion, question débattue déjà longuement avec des prêtres à Dachau et reprise dans les années 1950 et, à la demande de la Fédération de Bruxelles du PC, donne des cours de formation théorique en 1956. Deux auditeurs fascinés, H. Sonnenbluck et S. Arbuz, lui demandent des éclaircissements. Ils organisent, pour lui offrir cette tribune, un Cycle d’éducation permanente, puis créent le Cercle d’éducation populaire, sorte d’université populaire, qui survivra à son conférencier vedette. Devant un public de plus en plus nombreux, conquis et enthousiaste, Bob Claessens parle de matérialisme historique, de matérialisme dialectique, de Marx, de peintres et emmène ses auditeurs à la rencontre des œuvres dans les expositions et les musées. Ce n’est plus à proprement parler de l’activité militante mais c’est, pour le PCB, indirectement, le moyen de renouer avec une frange de la classe moyenne à Bruxelles qui lui avait accordé ses suffrages en 1946 et qui, du moins en partie, les lui rendra dans les années 1960.

Bob Claessens donne également des leçons et visites à la Volkshogeschool à Ostende (pr. Flandre occidentale, arr. Ostende), à la Volksopvoeding, aux juristes démocrates. Il devient professeur d’esthétique à l’université Von Humboldt de Berlin-Est. Son succès lui ouvre les antennes de la radio en 1962, de la télévision en 1963, pour des exposés de peinture vivante. Si la maladie, pathologie concentrationnaire, interrompt ses activités en 1969, c’est à cette date que paraît, en collaboration avec sa vieille amie, Jeanne Rousseau, le livre qui concrétise son enthousiasme vulgarisateur, Notre Breughel.

Si dans ce pays, quelqu’un peut prétendre avoir apporté une contribution significative à l’éducation populaire, c’est incontestablement Bob Claessens. Sa biographe, Colette Fontaine, rend parfaitement compte de la dimension littéraire et artistique du personnage dont le visage expressif, tourmenté, utilisé comme séduisant moyen de communication, semblait avoir été modelé par Jérôme Bosch.

Bob Claessens est l’époux de Jacqueline de Haan en 1921 et père de Jean-Jacques, né en 1922 et de Claudine, née en 1926. Il épouse ensuite Céline Haardt, militante communiste en 1941, arrêtée, condamnée à mort, déportée en 1943 à Ravensbrück (Brandebourg, Allemagne) pour sa participation au réseau WIM et décédée lors de l’évacuation de ce camp en avril 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138920, notice CLAESSENS François, Marie, dit Bob. par Jean Puissant, version mise en ligne le 16 novembre 2011, dernière modification le 29 novembre 2022.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : Julien Lahaut, Bruxelles, 1950 – Georges Dimitrov, Bruxelles, 1953 – Avec ROUSSEAU J., Notre Breughel, Anvers, 1969 – Bibliographie complète dans FONTAINE C. (voir SOURCES)

SOURCES : FONTAINE C., Bob Claessens, le temps d’une vie, Bruxelles, 1977 – MICHELET E., Rue de la liberté, Paris, 1955.

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