DELFOSSE Charles.

Par Jean Puissant

Liège (pr. Liège, arr. Liège), 6 février 1855 − Liège, 18 novembre 1898. Dessinateur et journaliste, socialiste révolutionnaire.

Issu d’une famille de la moyenne bourgeoisie, Charles Delfosse fait des études de dessin industriel. Il est très vite intéressé par la lutte politique puisqu’il adhère en 1872 à la Première Internationale. Il collabore à L’Ami du peuple de Liège en 1874. Il épouse la fille de L. Kervyser, internationaliste liégeois et ouvrier typographe, en 1875 et suit sa belle-famille à Paris où il réside jusqu’en 1880.

Charles Delfosse s’installe ensuite à Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale) où il fonde en 1881, avec Charles Debuyger, Eugène Steens* et Laurent Verrycken, un journal La Justice sociale qui connaît six à sept numéros. Néanmoins, convaincu de l’importance politique de la lutte pour le suffrage universel, il devient secrétaire de l’Union démocratique puis de l’Union démocratique et progressiste, rassemblant socialistes, libéraux progressistes et divers démocrates qui revendiquent le suffrage universel de 1883 à 1884.

Charles Delfosse collabore alors par le dessin et l’écriture - car le portrait, la caricature et le journalisme l’intéressent beaucoup plus que le dessin industriel - aux journaux démocratiques et socialistes de l’époque : La Réforme, journal libéral progressiste de Bruxelles, La Sentinelle, journal socialiste de Verviers, La Voix de l’ouvrier, journal socialiste de Bruxelles, Le National belge, journal radical de Bruxelles.

En 1883, Charles Delfosse crée, avec Louis Bertrand, une revue biographique hebdomadaire, Les hommes du jour. L’amitié qui le lie à Louis Bertrand ne l’empêche pas de mener contre lui une importante polémique de novembre à décembre 1883 dans La Sentinelle, sur les voies et moyens du mouvement ouvrier. Pour lui, le suffrage universel n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Et ce sont surtout la propagande et l’éveil des masses qu’elle implique, qui importent. Il participe à la fondation de la Ligue ouvrière de Bruxelles en décembre 1883.

Charles Delfosse est candidat aux élections provinciales de mai 1884, avec César De Paepe* et Désiré Vandendorpe, aux élections communales de septembre 1884, avec Jean Volders, Louis Bertrand, Alphonse Wormhout et Renard. Il a donc une certaine influence dans les milieux socialistes bruxellois. Il signe le 23 septembre 1884 le Manifeste républicain.

Charles Delfosse retourne ensuite à Paris (1885-1894) où il crée, avec Alfred Defuisseaux* notamment, une ligue socialiste républicaine des Belges de Paris qui soutient, par des motions et des manifestes, la lutte du Parti ouvrier belge (POB). Il est probable qu’il participe de l’extérieur à l’aventure du Parti socialiste républicain d’Alfred Defuisseaux, avant de revenir à Bruxelles en 1894, au moment où le POB s’organise profondément pour participer avec succès aux premières élections, au suffrage universel tempéré par le vote plural.

Charles Delfosse, tout comme en 1884, est adversaire des alliances électorales qui « dénaturent le rôle politique révolutionnaire du POB. » En 1895, il se retrouve aux côtés des étudiants socialistes, de Georges Maes et Moreau de Bruxelles, pour s’opposer aux alliances avec les libéraux. Les sections des Marolles le soutiennent alors. Il est conseiller communal suppléant en 1895. Ses différends avec le POB s’accentuent rapidement.

Charles Delfosse est exclu du POB pour avoir collaboré au journal socialiste namurois, La Bataille, qui, pour les raisons purement locales et personnelles, va devenir peu à peu socialiste révolutionnaire, puis anarchiste. Delfosse qui écrit dans Le Peuple, est sans travail. Il mène une vive campagne contre le POB et retourne dans sa ville natale en février 1897. Il fréquente un groupe de « socialistes indépendants », exclus du POB, opposants de gauche et anarchistes qui tiennent en avril 1897 à Liège un Congrès. Celui-ci dénonce « les socialistes parlementaires qui, après avoir lutté pour les principes, luttent à présent pour les mandats, il y a maintenant des chefs dans le parti et ceux qui leur désobéissent sont expulsés ou bâillonnés ». Le Congrès estime que la bataille doit de nouveau avoir lieu sur le plan de la « Lutte des classes ».

Malade, miné par ses échecs, Charles Delfosse meurt à l’âge de quarante-trois ans. Sous l’influence de socialistes français, il représente au sein du mouvement ouvrier belge naissant et du POB, une tendance socialiste révolutionnaire qui trouve peu d’écho et est rapidement bannie du POB, renaissant et disparaissant plus vite encore.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138932, notice DELFOSSE Charles. par Jean Puissant, version mise en ligne le 16 novembre 2011, dernière modification le 6 janvier 2021.

Par Jean Puissant

SOURCES : L’Ami du peuple, Liège, 1874 − La Justice sociale, Bruxelles, 1882 − La Sentinelle, Verviers, 1882-1884 − Les hommes du jour, 1ère série, 1883-1884 (46 numéros), 2ème série, 1895 − La Voix de l’ouvrier, 1884-1885 − La Réforme, 1884-1885 − Le National belge, 1884-1885 − Le Peuple, 1885-1896 (pendant son séjour à Paris, il envoie au Peuple des billets de France) − Avec WILMART J. et LINUS-LAVIER, Almanach républicain (sans le patronage du roi), Bruxelles, 1885 − WILMART J., Bibliothèque de la Bataille, Namur, 1896 − DE PAEPE C., Bibliothèque de la Bataille, Namur, 1896 − Archives de la ville de Bruxelles, Police des étrangers, Bruxelles, n°16.711.

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