LEROY André [Haut-Rhin]

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 2 octobre 1921 à Montigny-lès-Metz (Moselle), mort le 25 décembre 2012 à Thann (Haut-Rhin) ; instituteur en Moselle, professeur de l’enseignement technique, puis principal adjoint dans le Haut-Rhin et dans le Bas-Rhin ; militant du SNETP-CGT ; militant du PCF, membre du bureau fédéral du Haut-Rhin de 1964 à 1972.

Son père, Gaston Lévy, né à Metz (Moselle annexée) en 1883 dans une famille de 11 enfants, mort à Metz (Moselle) en 1939, était ouvrier tourneur-serrurier aux ateliers de chemin de fer de Montigny-lès-Metz. Il était syndiqué à la CGT et avait soutenu le Front populaire, sans appartenir à un parti. Sa mère s’appelait Lucie Lang, née à Épinal (Vosges) en 1887, morte à Nancy (Meurthe-et-Moselle) en 1943. Ses deux parents étaient juifs. Ils avaient trois garçons, qui participèrent au mouvement des Auberges de jeunesse.

En 1940, sa mère, consciente des menaces qui pesaient sur les juifs dans les territoires annexés, choisit de se replier à Nancy avec deux enfants, près de son beau-frère. Celui-ci avait loué un hôtel près de la gare, que sa fille, mariée à un catholique, pouvait exploiter officiellement. Cet oncle était en relation avec un commissaire de la police des mœurs de la ville de Nancy. Grâce à ce dernier, André Lévy et ses frères purent obtenir de fausses cartes d’identité au nom de Leroy. La falsification de sa date de naissance lui permit aussi d’échapper au STO. Il fut autorisé par jugement à prendre le nom de Leroy, le 6 octobre 1949.

André Lévy entra à l’École normale d’instituteurs mais après avoir réussi au brevet supérieur, il fut le seul à ne pas obtenir de poste, du fait de son origine juive, et à ne pas avoir le droit de s’inscrire à l’université. Il se présenta alors au service de la comptabilité des Coopérateurs de Lorraine, où il fut accepté.

Très dépressive depuis son veuvage, sa mère mit fin à ses jours en 1943. André trouva alors provisoirement refuge dans l’hôtel de sa cousine. La Gestapo découvrit que le mari de celle-ci recueillait des prisonniers évadés. Elle procéda à son arrestation. André fut prévenu sur son lieu de travail et ne rentra pas. Ce fut le début d’une longue errance. Il partit à pied à Neufchâteau dans l’espoir d’être hébergé par une camarade d’École normale, mais elle avait été mutée. Il essaya de rejoindre son frère aîné, instituteur à Charmes, mais la famille de sa fiancée hébergeait des Allemands. Il se rendit à Éclaron, en Haute-Marne, chez son autre frère mais celui-ci venait de partir pour l’Afrique du Nord. Il fut tenté de se rendre à Tours, chez l’un de ses oncles, mais là encore les Allemands s’étaient installés dans la famille. Il décida de passer la ligne de démarcation et arriva à Camalès (Hautes-Pyrénées). Il contacta l’instituteur, qui lui trouva une place d’ouvrier agricole chez une voisine. La vie de la petite commune était très marquée par la solidarité. André Leroy put rester en sécurité jusqu’à la Libération tout en faisant partie des milices patriotiques, selon le questionnaire biographique qu’il remplit pour le PCF.

A la Libération, il fit son service militaire (juin 1945-février 1946) dans un régiment d’infanterie comme caporal, d’abord à Toulouse puis au service du courrier dans l’armée d’occupation en Allemagne, à Waldkirch. Démobilisé, il demanda un poste d’instituteur et fut nommé en 1947 à Metz-Chambière puis à Amnéville. La salle de classe était installée dans une maison ouvrière transformée pour la circonstance. André Leroy découvrit l’œuvre de Célestin Freinet, entra en contact épistolaire avec lui et prit l’habitude de passer une partie de ses vacances à travailler avec lui. Il fut muté à Brulange et exerça en même temps la fonction de secrétaire de mairie.

Militant de la Fédération laïque des Auberges de jeunesse, il fut secrétaire départemental de 1946 à 1950. Il fit une rencontre décisive en la personne d’Étienne Camy-Peret, militant ajiste et déjà impliqué dans le syndicalisme CGT de l’enseignement technique. Celui-ci lui conseilla de passer le concours de l’enseignement technique. André Leroy le réussit et fut nommé professeur d’histoire-géographie à Colmar. Syndiqué depuis son entrée dans l’enseignement au Syndicat national des instituteurs, il adhéra au SNETP-CGT. Il se fit nommer à Strasbourg, siège du rectorat. Quelques années plus tard il demanda sa mutation et fut nommé professeur d’enseignement général (Lettres) au collège d’enseignement technique de Thann. Adepte des méthodes Freinet, il pratiqua avec ses élèves de Thann, une correspondance interscolaire suivie d’un voyage échange à Vedène (Vaucluse) en 1958. La même année, il fut l’un des quatre militants Freinet (avec Raymond Fonvieille, Gérard Oury, Claude Pons) à se rendre en URSS pour conclure un accord de collaboration avec les syndicats d’enseignants soviétiques. Il devint en 1961 secrétaire adjoint de l’organisation régionale de son syndicat, responsable de la presse. Il figurait toujours dans l’équipe dirigeante dans la région du syndicat. Il fut le secrétaire-adjoint puis le secrétaire de l’Union locale CGT de Thann.

Il passa ensuite dans l’enseignement secondaire, au collège Walch de Thann jusqu’en 1980, puis devint en 1984 principal adjoint du collège de Masevaux (Haut-Rhin). Il adhéra alors au Syndicat national des personnels de direction de l’enseignement secondaire (Fédération de l’Éducation nationale). Il prit sa retraite en 1986. Il poursuivit ses activités pédagogiques en dehors de l’école par la recherche de documents d’archives locales concernant la Révolution de 1789, qui donnèrent lieu à la publication de brochures. Grand amateur de l’œuvre d’Erckmann - Chatrian, il organisa des lectures publiques.

Il adhéra au Parti communiste français en 1958 à Mulhouse, au moment de l’arrivée de de Gaulle au pouvoir. Isolé au départ, il parvint à constituer une cellule à Thann, dont il fut le secrétaire et qui regroupa jusqu’à 20 membres militants. Il fut partie du comité puis du secrétariat de la section communiste. Il fut élu au comité fédéral du Haut-Rhin en 1962 puis passa au bureau fédéral de 1964 à 1972, responsable de l’enseignement, puis du seul comité fédéral de 1972 à 1977. Il revint au comité fédéral de 1985 à 1987. Régulièrement candidat aux élections cantonales, notamment en 1964, en 1970, en 1976, et aux élections municipales à Thann depuis 1958 (chef de file des candidats communistes sur la liste d’union de la gauche en 1983), il fut le suppléant du candidat aux élections législatives en 1968, en 1973 dans la deuxième circonscription du Haut-Rhin (Thann-Altkirch).

Le 5 avril 1960, il épousa Christiane Wehrlé, maîtresse d’éducation physique et sportive, née en 1938 à Colmar, fille d’un ouvrier, morte en 1996 à Thann. Le couple eut deux enfants.

Son décès fut annoncé par l’Humanité, le 21 janvier 2013 qui indiquait qu’il vendait tous les samedis matin, l’Humanité-Dimanche sur le marché de Thann.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139006, notice LEROY André [Haut-Rhin] par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 28 novembre 2011, dernière modification le 24 décembre 2018.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : ADHR 1400 W Cabinet du préfet. — ADHR 12 OD 95. — Archives du Comité national du PCF. — interview du 26 février 2010. — Notes de Jacques Girault et de Josette Ueberschlag.

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