MAS i TIÓ Josep [MAS i TIÓ José, Pedro, Francisco à l’état civil].

Par André Balent

Né le 2 octobre 1897 à Sant Pere de Torelló (province de Barcelone), mort le 17 mars 1946 à Osséja (Pyrénées-Orientales) ; tourneur sur bois à Ripoll (province de Gérone), militant du PSUC, actif pendant la Guerre civile espagnole à Ripoll dont il dirigea la municipalité, réfugié en Cerdagne française, vacher municipal de Llo (Pyrénées-Orientales), puis exploitant forestier à Saillagouse (Pyrénées-Orientales), cheville ouvrière de la Résistance en Cerdagne (1942-1944) ; guerrillero de l’AGE.

Josep Mas i Tió (1897-1946). Arch. André Balent

Fils de Joan Mas, brassier, et de Magdalena Tió, Josep Mas était marié avec Montserrat Mas. Il eut deux fils, Josep et Joan.

L’aîné, Josep, né en 1924, participa aux actions de résistance de son père. Il était marié avec Josefina Vergés, sœur de Rosa Vergés, épouse du journaliste Emili Granier Barrera, né en 1908, militant de la gauche nationaliste catalane puis du PSUC. Après avoir quitté la Cerdagne française, il s’établit au Venezuela où il travailla comme en France, dans les travaux forestiers et les scieries. Il revint ensuite s’installer à Sant Pere de Torelló. Le grand-père paternel de Josep Mas (à la différence de son grand-père maternel) était libéral et anticlérical, options minoritaires dans une région majoritairement catholique et carliste. Jusqu’à l’âge de quatorze ans, Josep Mas fréquenta l’école publique de Sant Pere de Torrelló. Il fut l’élève d’un pédagogue connu, Alexandre Xandrí. Son père, antimilitariste, fit en sorte qu’il fût réformé.

Josep Mas ne donna pas d’éducation religieuse à ses enfants. Tourneur sur bois, il alla travailler à Ripoll (province de Gérone) dans une entreprise privée avant de fonder un petit atelier qu’en juillet 1936, les syndicats ne collectivisèrent pas : lui-même dut solliciter qu’il le fût. Il adhéra aux idées de transformation sociales et au catalanisme. Adhérent de la CNT, tant que celle-ci ne tomba pas sous la coupe de la FAI, il se dirigea ensuite vers l’UGT lorsqu’il se rapprocha des communistes. Il concevait une grande admiration pour Francesc Macià, le premier président de la Generalitat. Il ne cessa par la suite d’essayer de concilier, parfois avec difficulté, son adhésion au communisme avec ses convictions catalanistes. Homme d’action, il mit son énergie au service de convictions profondes.

Proche d’Estat català, il aurait adhéré à sa scission marxiste, le Partit català proletari (PCP), créé en 1932 mais semble avoir milité, au moins à partir de 1934, au Partit comunista de Catalunya (PCC), nom pris en 1932 par l’organisation catalane du PCE. En octobre 1934, il commença à fréquenter les hauts massifs pyrénéens aux confins de la Vall de Ribes et de la Cerdagne française afin d’assurer le passage clandestin en France de mineurs des Asturies qui fuyaient la répression.

Après l’échec du coup d’État du 18 juillet 1936 en Catalogne, Josep Mas fut élu président du comité antifasciste de Ripoll. Il y représentait le PCC, puis, après sa création le 22 juillet 1936, le PSUC. Il conserva ce poste jusqu’au 17 octobre, date de la constitution de la nouvelle municipalité de Ripoll qui comprit six membres de l’ERC (Esquerra republicana de Catalunya), six de la CNT-FAI, quatre du PSUC (dont Josep Mas), et deux de l’Unió dels Rabassaires (syndicat catalan de paysans). Il accéda au poste d’alcalde tercer (équivalent de 2e adjoint au maire) qui fut supprimé dès le 24 octobre à la demande de la CNT. Dans ce conseil municipal, Josep Mas présida le département de la culture.
Alors que la guerre continuait, il se porta volontaire pour le front et s’enrôla, à Madrid, dans le Quinto regimiento d’obédience communiste orthodoxe. Il participa à la fondation de la Llar del combatent català (foyer du combattant catalan) dans la capitale espagnole. Son parti lui demanda de revenir à Ripoll pour s’occuper du passage clandestin de volontaires des Brigades internationales. À cet effet, il prit contact avec des militants cerdans du PC français parmi lesquels Raymond Gaillarde, de Llo et maintint un lien avec des cadres clandestins de Perpignan et de l’IC. Il se rendait en France afin d’organiser le passage clandestin ou légal, selon les périodes, d’armes pour les forces républicaines.

Après la défaite républicaine en Catalogne, le comité de Ripoll envoya femmes et enfants au Boulou. Josep Mas accompagna les camions et vit que le train se rendait à Bessèges (Gard). Il retourna à Ripoll, y resta une quinzaine afin d’organiser la guerrilla, mais se rendant compte de l’impossibilité d’affronter la répression franquiste, il rentra en France par Prats-de-Mollo (Pyrénées-Orientales). À pied, pour éviter les camps de concentration roussillonnais, il se rendit à une gare près de Narbonne et prit un train pour Bessèges où il retrouva sa famille. Un commissaire de police socialiste lui facilita l’obtention d’un permis de résidence. Pendant l’été 1940, il s’installa avec sa famille à Montpellier (Hérault). Il y vécut de travaux agricoles puis réussit à s’embaucher dans une scierie. Il y était en contact avec des militants du PSUC repliés en Languedoc et avec lesquels il resta en contact lorsqu’il fut installé en Cerdagne. Fidèle à son parti, il demeurait critique. Son fils pense que, s’il se garda bien de condamner le Pacte germano-soviétique, il n’en prit pas la défense et critiquait les dirigeants du PCE et du PSUC en exil en France ou au Mexique. En Cerdagne, il refusa de prendre contact avec les directions du PSUC en France (Perpignan) et en établit avec celle, clandestine, de Barcelone.

Josep Mas vint en Cerdagne à l’automne 1942 afin d’impulser la lutte clandestine. Il s’établit avec sa famille à Rohet, hameau de Llo (Pyrénées-Orientales). Il reprit contact avec Raymond Gaillarde, le communiste local connu pendant la guerre civile. Son groupe travailla pour les filières de passages clandestins, contrôlant une ligne qui depuis la haute vallée de l’Aude (Quérigut et le Capcir) allait jusqu’à Barcelone. Il fut, avec son fils aîné, vacher communal de Llo, ce qui lui permit d’être à proximité du col de Finestrelles qui donne accès à Ripoll. Mais, plus tard, il adopta un itinéraire plus sûr, par le Pas dels Lladres. Condamné à mort par contumace, sa tête fut mise à prix à 500 000 pesetas par les autorités franquistes. Il devint l’un des modèles, le « père spirituel » du futur Jordi Pere Cerdà (Antoine Cayrol), membre de son groupe. Il eut l’occasion de côtoyer d’autres résistants français —comme le douanier communiste André Parent (Claude) mort en 2001 et Sébastien Soubielle, maire de Fontrabiouse-Espousouille (Pyrénées-Orientales)— qui lui vouèrent une grande admiration. Josep Mas travailla avec les réseaux « Morhange » et « Akak » (le second animé au début, par Victor Kapler, médecin à Saillagouse, communiste) qui firent passer des aviateurs alliés, des résistants, des « Évadés de France » et du courrier pour la France Libre, tout ceci avec des hommes très divers : 280 personnes dont sept déserteurs allemands (F. Agustí Sánchez ), ou 500 personnes (Larrieu et Gual ; son fils aîné). Parmi elles, le fils du maréchal de Lattre de Tassigny.

Il était également à la tête d’un maquis de guerrilleros espagnols (des Catalans pour la plupart), installé d’abord dans la vallée de Llo, au mas Patiràs, puis au Puig de l’Estaca, à Sainte-Léocadie (Pyrénées-Orientales). Il se rendait à Montpellier où il maintenait des contacts avec ses amis de parti. Hostile à toute inféodation du PSUC au PCE, il demeurait catalaniste et, en juin 1944, il baptisa son groupe de guerrilleros, « Brigada Macià » (du nom du premier président de la Generalitat, 1931-1933), non formellement affiliée à l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles) et de ce fait très mal vue par les dirigeants du PCE et du PSUC en France. Pour sa part, Josep Mas ne reconnaissait de légitimité qu’à la direction clandestine du PSUC de l’intérieur (Barcelone) avec laquelle il établit un lien ce qui lui valut des ennuis après la Libération. Le PCE empêcha qu’avec son ami Alsina, de Montpellier, fût constituée, au sein de l’AGE une brigade « Macià-Companys ». E. Granier Barrera a pu écrire que Mas, aussi, « travaillait pour son propre compte ». Il collabora avec le groupe de Jacques Pujol, établi près de Sansa (Pyrénées-Orientales), dans les Garrotxes, où ses hommes durent se replier peu de temps avant la Libération. Le maquis dirigé par Josep Mas fut renforcé par des éléments de nationalité française, comme Gaudérique Malet, instituteur à Err. Ainsi, il y eut osmose entre l’activité des guerrilleros de Mas et celle de la plupart des réseaux de Cerdagne (quelquefois liés à des services spéciaux étrangers, comme Akak, émanation de l’OSS) et ce, dès le début de 1943. Lui-même et ses hommes firent souvent des coups de main dans le Ripollès et dans les régions limitrophes. En 1944, il entra clandestinement dans Ripoll avec un détachement d’hommes venus de Cerdagne (parmi lesquels son fils) afin de prendre contact avec des membres du PSUC. Il aurait projeté, avec un ami de son fils aîné un attentat en territoire espagnol contre le policier franquiste tortionnaire, Creix. Les 29 et 30 juillet 1944, Josep Mas faillit être capturé à Llo par des policiers franquistes introduits sur le territoire français et des Allemands qui les accompagnaient et qui patrouillèrent en vain près du mas Patiràs afin de le capturer. Ne voulant pas compromettre les passages clandestins, Josep Mas s’efforça d’éviter le contact direct avec les Allemands, réservant ses forces contre Franco.

Après la Libération, il accéda au grade de commandant des FFI car les Français, voulant contrôler la frontière, lui confièrent le soin de canaliser l’ardeur de guerrilleros de l’AGE venus pour nombre d’entre eux du Gard pour utiliser la Cerdagne comme base afin de pénétrer en Espagne. Ce grade lui fut reconnu dans le cadre de l’AGE.

Il se reconvertit dans les activités forestières et demeura, avec sa femme et ses enfants, à Saillagouse. Il pratiqua aussi la contrebande pour subvenir aux besoins de ses hommes. Il poursuivit ses activités politiques. D’après E. Granier-Barrera, son action n’était pas très appréciée par le PCE (et par le PCF) qui ne voyait pas d’un bon œil sa collaboration avec la résistance française non communiste, gaulliste ou même giraudiste. Au début de l’automne 1944, des membres du PCE en armes vinrent l’arrêter à Saillagouse et l’emmenèrent, menotté, sur un camion réquisitionné à cet effet par la municipalité, d’abord à Céret, à un QG de guerrilleros (sans doute celui de la 1e brigade de l’AGE, celle des Pyrénées-Orientales), puis à Chalabre (Aude) poste de commandement de la 204e division de l’AGE (voir López Tovar Vicente) et, enfin, à Toulouse. Là il put expliquer à des dirigeants communistes qu’il n’était pas un dissident puisqu’il fut pendant l’occupation en liaison avec la direction du PSUC à Barcelone.

Avec E. Granier-Barrera, il aurait publié clandestinement un organe de presse que, après la Libération, le préfet refusa de laisser paraître légalement.
De l’automne 1944 à sa mort tragique, Mas joua un rôle éminent dans l’action des guerrilleros d’une AGE et d’une UNE qu’il avait fini par rejoindre officiellement. Il fut l’un des cadres de l’AGE dans les Pyrénées-Orientales, participant à la direction d’une opération secondaire de l’opération Reconquista de España depuis la Cerdagne française (octobre 1944), puis en multipliant les coups de main audacieux en Cerdagne espagnole, mettant en porte à faux les autorités françaises qui cherchèrent en vain à l’éloigner de la zone frontalière et ne recueillant pas toujours l’accord des habitants qui n’avaient pas participé à la Résistance tout en ayant été hostiles aux forces d’occupation allemandes. En revanche, il bénéficiait de l’appui de nombreux résistants des Pyrénées-Orientales, y compris des plus en vue comme le président du CDL, Camille Fourquet. Pour les résistants français de Cerdagne, c’était un chef charismatique très apprécié et, parfois, adulé : il pouvait compter sur leur soutien sans failles. Ayant ouvert une scierie qui employait des guerrilleros cantonnés en Cerdagne, il bénéficiait au premier chef de l’appui d’un compagnon de la lutte clandestine, Jules Boy, agent voyer à la subdivision des Ponts et Chaussées de Saillagouse, qui lui procurait des marchés publics.

Josep Mas mourut le 17 mars 1946 au sanatorium « La Solane » d’Osséja, blessé la veille, accidentellement , selon l’enquête. L’accident survint au domicile du garde forestier d’Osséja, responsable local du PCF. Le fils aîné de Josep Mas était en train de manipuler un pistolet lorsque le coup partit et blessa mortellement son père au ventre. Josep Mas fut opéré à Osséja par un chirurgien que son fils était allé cherché tout exprès à Perpignan. Mais il fut impossible de le sauver et il mourut dans d’horribles souffrances.

J-L Blanchon et F. Sánchez Agustí, ont établi que cet accident serait survenu à la veille d’un projet audacieux que Josep Mas était sur le point de mettre à exécution, l’invasion du territoire de Llívia (une enclave espagnole au milieu de la Cerdagne française) par des guerrilleros afin de pouvoir y installer le gouvernement de la République en exil à un moment où le GPRF venait de fermer la frontière franco-espagnole (26 février 1946) après l’exécution le 21 février 1946, par les franquistes du guérillero espagnol, héros de la Résistance dans les Cévennes (Gard, Lozère et Ardèche), Cristino Garcia Grandas*. L’installation du gouvernement républicain à Llívia aurait compliqué les positions du gouvernement français et rendu impossible tout rétablissement ultérieur des relations avec Franco.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139019, notice MAS i TIÓ Josep [MAS i TIÓ José, Pedro, Francisco à l'état civil]. par André Balent, version mise en ligne le 4 mars 2012, dernière modification le 23 novembre 2014.

Par André Balent

Josep Mas i Tió (1897-1946). Arch. André Balent

SOURCES : Arch. Ministère des Af. Étrangères, correspondance Espagne, 1946. — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, série W (de nombreuses liasses). — AC de Sant Pere de Torrelló, état civil. — Arch. privées, famille Mas. — Les autres sources (les sources orales incluses) trop nombreuses et la bibliographie complète, y compris les ouvrages dont les auteurs sont cités dans cette notice, figurent dans les notes des quatre articles suivants : André Balent, " Del Ripollès a la Cerdanya, guerres i revolució : Josep Mas i Tió (1897-1946), militant i guerriller ", Annals del Centre d’estudis comarcals del Ripollès 2003-2004, Ripoll, 2005, pp. 81-98 & 98a-98f. ; André Balent, « Les guerrilleros espagnols dans les Pyrénées-Orientales d’août 1944 à mars 1945, les autorités françaises et le contrôle de la frontière », Le Midi Rouge, bulletin de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon, 14, Montpellier, 2009, pp. 24-43 ; André Balent, « Les réseaux clandestins d’aide à l’Espagne républicaine en Catalogne du Nord, passage de volontaires et d’armes (1936-1939) », in André Balent & Nicolas Marty (éd.), Catalans du Nord et Languedociens et l’aide à la République espagnole (1936-1946), actes de la journée d’études de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon, 7 février 2009, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan, Ville de Perpignan direction de la Culture, 2009, pp. 37-51 ; André Balent, « Josep Mas i Tió (1897-1946) i les xarxes polítiques transfrontereres del Ripollès a la Cerdanya », in Òscar Jané & Queralt Solé (éd.), Observar les fronteres, veure el món, actes du congrès de Puigcerdà, Llívia, Bellver de Cerdanya, 19-21 mars 2010, Editorial Afers, Catarroja, Figueres, Perpinyà, 2011, pp. 271-286.

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