LASTENNET Solange [née RIBIÈRE Solange, Berthe]

Par Gautier Mergey

Née le 11 mai 1921 à Paris (XIVe arrondissement) ; couturière ; résistante ; militante de l’Union des jeunes filles de France d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne].

Les parents de Solange, Antoine et Marie-Claire, avaient fait construire un petit pavillon au 4 impasse des Herbeuses, dans le quartier Vérollot, à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Antoine Ribière était manœuvre à l’usine Panhard-Levassor, à la porte d’Ivry (Paris XIIIe). Après son certificat d’études, Solange Ribière entra en apprentissage comme couturière. Au milieu des années trente, avec sa sœur Lucienne, elle rejoignit l’Union des Jeunes filles de France : au sein du foyer « La Vie est à nous », elle côtoya Germaine et Renée Maillet, Raymonde Raynal, Georgette Rostaing, Claire Moulie, Madeleine et Jacqueline Doiret. Les jeunes filles organisaient des sorties au cinéma et au bois de Vincennes, des parties de camping.
Sous l’Occupation, Solange et ses camarades diffusèrent des tracts et firent des inscriptions au minium sur les murs et les chaussées. Chez les Ribière – le père de Solange était mort avant la guerre - une imprimerie clandestine fut installée : des numéros clandestins de L’Humanité étaient tirés à l’aide d’une ronéo, et deux machines à écrire dissimulées dans la chambre de Solange. À l’occasion, des militants étaient hébergés dans le petit pavillon familial, de même qu’à Chevilly-Larue, dans le logement de Lucienne. À l’automne 1941, Solange Ribière fut chargée par un responsable local des Jeunesses communistes, Jean Lastennet, de réorganiser les Jeunes filles de France d’Ivry pour la diffusion de la propagande et l’entraide en faveur des prisonniers politiques et de leur famille.
Mis en cause par un homme avec qui ils étaient en contact, plusieurs militants furent arrêtés fin décembre 1941 : Solange Ribière, mais aussi Jean Lastennet (Choisy-le-Roi), Pierre Rostaing (Ivry), Philippe Séguinard et Jean-Baptiste Verbeurgt (Viry-Châtillon). Solange fut arrêtée le 23 décembre au domicile familial. Le dénonciateur affirma que celle-ci lui avait remis la machine à écrire saisie chez lui, lors de son arrestation. La perquisition de la maison des Ribière ne donna aucun résultat, et Solange était encore inconnue des services de police. Les interpellés restèrent six jours à la PJ, où Solange « fit l’andouille » - selon sa propre expression - refusant de donner des noms, une attitude que les procès-verbaux semblent confirmer. Des confrontations furent organisées avec le militant dénonciateur comme avec Pierre Rostaing et Jean Lastennet. Après dix-huit jours au dépôt, Solange fut incarcérée à la prison de la Roquette, dans l’attente de son jugement. La Section spéciale près la Cour d’appel de Paris rendit son verdict le 12 juin 1942 : Solange fut condamnée à cinq ans de prison et 1 200 francs d’amende. Envoyée à la prison centrale de Rennes, la jeune femme y fit l’expérience de la solidarité entre détenues, aux côtés d’autres Ivryennes, notamment Raymonde Raynal, Ginette Matéos, Georgette Alleaume et Léone Chaix. Elles y travaillaient à l’atelier n° 6.
En mai 1944, ces femmes furent transférées au fort de Romainville. Le 13, elles étaient conduites à la gare de l’Est et déportées vers l’Allemagne à bord de wagons à bestiaux. Arrivée au camp de concentration de Ravensbrück le 18 mai, Solange reçut le matricule 39217. Avec d’autres déportées parmi les plus jeunes, elle fut envoyée à l’usine Continental de Hanovre : elle y travailla sur une chaîne de fabrication de masques à gaz. Au moment de l’évacuation, Solange fut transférée au camp de Bergen-Belsen, où elle contracta le typhus.
Rapatriée à la Libération, Solange arriva très faible à l’hôtel Lutétia, où elle fut accueillie par une amie espagnole, Pilar – la secrétaire de Juan Negrin.
Le 1er décembre 1945, à Ivry, Solange a épousé Jean Lastennet, né le 15 septembre 1911 à Quimperlé (Finistère), employé de banque, militant communiste d’Ivry, résistant déporté à Buchenwald. Elle a reçu la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139102, notice LASTENNET Solange [née RIBIÈRE Solange, Berthe] par Gautier Mergey, version mise en ligne le 14 janvier 2012, dernière modification le 8 septembre 2020.

Par Gautier Mergey

SOURCES : Arch. Com. Ivry-sur-Seine. — Arch. de la Préfecture de police de Paris. — État civil. — FMD. — Mémo Luttes, octobre 2011.

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