LE TROCQUER Raoul [LE TROCQUER Adolphe, Raoul]

Par Alain Prigent

Né et mort à Plouézec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), 4 janvier 1918-20 octobre 1993 ; instituteur puis professeur de l’enseignement technique ; FTP, responsable départemental adjoint du Front National des Côtes-du-Nord ; militant communiste.

Adolphe Le Troquer était le fils d’un marin et d’une ménagère. Après son service militaire dans la marine, il commença sa carrière d’enseignant comme instituteur à Ploeuc-sur-Lie, puis à Bringolo et à Saint-Brieuc. En 1941, il fut nommé directeur d’école à Pludual où il enseigna jusqu’en 1945. À la Libération, après avoir été nommé à Gommenech, il suivit un stage à Nantes. De 1948 à 1961, il enseigna comme professeur d’enseignement général au collège d’enseignement technique de Tréguier puis il fut nommé à Saint-Brieuc en 1961, où il termina sa carrière au lycée Freyssinet en 1976.

En février 1941, il créa le premier groupe FTP de Bringolo. En mars de la même année, il sauva un prisonnier évadé, recherché par les Allemands. D’avril à juin 1941, il distribua les premiers tracts et journaux clandestins. À partir de juillet 1941, il établit de fausses cartes d’identité, plaça de nombreux réfractaires dans les fermes à Bringolo, Goudelin, Pleubian et Lanmodez. En 1942 et 1943, il dirigea des actions de sabotage contre la voie ferrée Saint-Brieuc-Paimpol et les câbles téléphoniques. Adhérant au Parti communiste pendant l’Occupation, il fut membre de la direction départementale clandestine.

En 1943, il aida des patriotes traqués à Lézardrieux à s’embarquer vers l’Angleterre à bord la vedette « La Horaine ». En décembre 1943, il fut contacté pour organiser à Plouha un réseau d’évasion d’aviateurs alliés vers l’Angleterre. Ce réseau mis en place le 4 janvier 1944 prit le nom de réseau Shelburne. Les évasions étaient assurées à partir de l’anse Cochat ou Bonaparte. Il hébergea à Pludual le capitaine Dumais, chargé d’une mission en France, et assura pendant trois mois la garde du poste émetteur communiquant avec Londres. Il assura le convoyage à Paris de quatre personnalités venues d’Angleterre. Cette activité l’obligea à quitter son poste de directeur d’école à Pludual pour se consacrer illégalement à la Résistance sur le plan départemental. Sous le pseudonyme de « Raoul », à la direction du Front National, aux côtés de Jean Devienne, et de René Hamon, il participa à la rédaction du journal clandestin Le Patriote des Côtes-du-Nord, à l’organisation des 12 secteurs de la Résistance. Il participa avec Jean Le Jeune, le colonel Marceau* à la constitution des 16 bataillons FTP-FFI. En mars 1944 et à la fin mai, il prit part aux deux réunions du Front National au Gouray, dans le canton de Collinée, dans une maison mise à la disposition de l’organisation par le maire de la commune. Depuis mai 1944, il était recherché par la Gestapo. À la suite de la réunion du Front National, fin mai, Jean Devienne le délégua auprès du Comité d’action militaire (COMAC). Il prit contact avec Pierre Villon le jour du débarquement et revint avec les ordres concernant la Bretagne. Son agent de liaison, Mireille Chrisostome, arrêtée en juillet, fut pendue à un crochet de boucher dans la forêt de Lorges avec 58 autres patriotes. Le 14 juin 1944, il prit le commandement de l’inter-secteur Nord et participa la libération du département. Il fut décoré de la Légion d’honneur, du Mérite national, de la Croix de guerre, de la médaille de la résistance, du diplôme de reconnaissance du général Eisenhower.

Il intervint lors de la première conférence de la fédération des Côtes-du-Nord en mars 1945 à Saint-Brieuc. Elu au bureau fédéral, il siégea dans cette instance pendant un mandat jusqu’en 1946. Il resta fidèle au PCF jusqu’à son décès.

Edouard Quemper prononça son éloge funèbre lors de ses obsèques civiles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139152, notice LE TROCQUER Raoul [LE TROCQUER Adolphe, Raoul] par Alain Prigent, version mise en ligne le 17 décembre 2011, dernière modification le 17 mai 2021.

Par Alain Prigent

SOURCES : L’Aube Nouvelle (il rédigea une série d’articles en avril 1947, intitulés « Sur le chemin de la liberté »), Ouest-Matin. — Une semaine dans les Côtes-du-Nord, supplément de l’Humanité Dimanche, témoignage sur la naissance du Front National en 1964. - Christian Bougeard, Le choc de la deuxième guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord, thèse de doctorat d’Etat, Rennes II, 1986. — Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000. — SergeTilly, L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les lieux de mémoire, Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, N°10 (2004) et N°11 (2005).

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