LIAUZU Claude

Par Jacques Girault

Né le 24 avril 1940 à Casablanca (Maroc), mort le 23 mai 2007 à Antony (Hauts-de-Seine) ; professeur d’Université ; militant communiste jusqu’au milieu des années 1960 ; historien de la colonisation et des sociétés méditerranéennes.

Photo dans les années 2000
Photo dans les années 2000

Fils d’Européens (père né à Oran, mère native des Basses-Alpes) installés depuis le Second Empire en Algérie puis au Maroc, Claude Liauzu, dont le père était entrepreneur en menuiserie à Casablanca, effectua ses études au lycée Lyautey. Pendant ses études d’histoire à la faculté des lettres d’Aix-en-Provence à partir de 1959, il milita à l’Union des étudiants communistes et au Parti communiste français au moment des luttes contre la guerre d’Algérie, avec Josette Perfetti, future professeur d’histoire dans l’enseignement secondaire qu’il épousa en avril 1962 à Peyruis (Alpes de Haute-Provence). Le couple eut deux enfants.

Réformé du service militaire, Claude Liauzu, qui avait cessé d’appartenir aux organisations communistes au milieu des années 1960, partit en 1966 enseigner à l’École normale d’instituteurs de Monastir (Tunisie) au titre de la coopération. Agrégé d’histoire en 1969, il obtint un poste d’enseignant à la faculté des lettres de Tunis qu’il occupa jusqu’en 1976. Il fut obligé par le gouvernement tunisien de quitter le pays pour avoir soutenu des étudiants dans leur mouvement contre le pouvoir. Il étudia le mouvement ouvrier maghrébin et lui consacra une thèse de doctorat d’État sous la direction d’André Nouschi, qu’il soutint en 1978 sous le titre Naissance du salariat et du mouvement ouvrier à travers un demi-siècle de colonisation (1881-1930) dont une partie fut publiée par le Centre de la Méditerranée de l’Université de Nice en 1979. Rentré en France, il devint assistant, puis maître-assistant puis professeur à l’Université de Paris VII (Denis Diderot), et professeur émérite en 2003. Il fut membre pendant quelques années du SNESup.

Spécialiste de l’histoire de la colonisation et du Maghreb, Gérard Liauzu occupait une place de premier plan dans les analyses du phénomène colonial, du racisme, de l’immigration. Il participa aux travaux du Centre d’études et de recherches marxistes et de l’Institut Maurice Thorez* dans les années 1970-1980. Affichant sa méfiance par rapport à l’histoire mémorielle, inquiet devant le développement des guerres de mémoires, il préconisait une véritable approche historique, ce qu’il appelait le « devoir d’histoire » et une analyse rigoureuse des faits. Il dirigeait la collection « Histoire : enjeux et débats » aux éditions Syllepse.

Selon son épouse, « pied-noir, il comprenait leur douleur, mais appelait à une réflexion qui ne consiste pas à faire un simple procès ». Aussi, dans les années 2000, intervint-il dans les débats politiques. Il fut à l’origine de l’organisation de la mobilisation contre l’article 4 de la loi du 23 février 2005, qui fut retiré, conseillant l’enseignement du « rôle positif de la présence française outre-mer ». À partir de 2007, il joua un rôle important dans la dénonciation de la politique du gouvernement, associant immigration et identité nationale par la création d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement. Il fut un des initiateurs du Comité de vigilance face aux usages politiques de l’Histoire. Il prit part, par des articles et des conférences, aux campagnes de la Ligue de l’enseignement sur ces questions. Il préfaça l’ouvrage du général de Jacques Paris de Bollardière sur la bataille d’Alger.

Claude Liauzu collaborait, depuis 1985, au Monde diplomatique sur des sujets de sa compétence. Il écrivit dans l’Humanité, le 21 mars 2007, un article intitulé « En finir avec la tyrannie des mémoires et des occultations ».

Depuis 2005, Claude Liauzu et son épouse vivaient à la Réunion.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139163, notice LIAUZU Claude par Jacques Girault, version mise en ligne le 17 décembre 2011, dernière modification le 3 mai 2021.

Par Jacques Girault

Photo dans les années 2000
Photo dans les années 2000

ŒUVRE : Parmi les 31 références de la Bibliothèque nationale de France de 1979 à 2008, signalons : Aux origines des tiers-mondismes. Colonisés et anticolonialistes en France, 1919-1939, Paris, L’Harmattan, 1982. — L’Enjeu tiersmondiste. Débats et combats, Paris, L’Harmattan, 1987. — Histoire des migrations en Méditerranée occidentale, Paris-Bruxelles, Complexe, 1996. — La Société française face au racisme. De la Révolution à nos jours, Bruxelles, Complexe, 1999. — Empire du mal contre grand Satan. Treize siècles de cultures de guerre entre l’islam et l’Occident, Paris, Armand Colin, 2005. — Histoire de l’anticolonialisme en France du xvie siècle à nos jours, Paris, Armand Colin, 2007. — En co-direction : Transmettre les passés. Nazisme, Vichy, les conflits coloniaux : les responsabilités de l’Université, Paris, Syllepse, 2001. — La colonisation, la loi et l’histoire, Paris, Syllepse, 2006. — Avec Josette Liauzu : Quand on chantait les colonies. Colonisation et culture populaire de 1830 à nos jours, Paris, Syllepse, 2002. — Direction d’ouvrages : Tensions méditerranéennes, Paris, L’Harmattan, 2003. — Colonisation. Droit d’inventaire, Paris, Armand Colin, 2004. — Dictionnaire de la colonisation française, Paris, Larousse, 2007. — Colonisations, migrations, racismes. Histoires d’un passeur de civilisations, Paris, Syllepse, 2009 (recueil d’articles), préfacé par Benjamin Stora. — Il fut un auteur du Maitron.

SOURCES : Renseignements fournis par l’épouse de l’intéressé. — Presse. — Divers sites Internet. – Sources orales.

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