PUYRIGAUD Michelle, Marie [épouse RANOUX Michelle]. Pseudonyme dans la Résistance : Claude

Par Marc Giovaninetti

Née le 23 août 1926 à Thiviers (Dordogne), morte le 4 avril 2021 en Dordogne ; gestionnaire de centre de vacances ; militante des Jeunesses communistes, de l’UJRF, de l’UFF et du PCF de Dordogne ; résistante JC ; membre du Comité national de l’UJRF.

Michelle Puyrigaud en 1947
Michelle Puyrigaud en 1947

Michelle Puyrigaud naquit dans une famille paysanne du nord du département de la Dordogne, ainée d’une sœur et d’un frère beaucoup plus jeunes. Ses parents, installés à Pierrefiche, un hameau de Thiviers, étaient déjà gagnés à la cause communiste, et soutinrent en 1936 la campagne du député Gustave Saussot. Elle-même participa toute jeune à des actions de solidarité avec les Républicains espagnols. Aussi, dès l’interdiction du PCF en 1939, elle se sentit impliquée dans le maintien de sa propagande et de son expression clandestine.

Sa réputation de meneuse de jeunes et son caractère bien trempé attirèrent sur elle l’attention du responsable clandestin départemental des Jeunesses communistes, Jean Suret-Canale*, qui la contacta en mai 1943. Elle et son mari devaient après la guerre entretenir avec lui des liens d’amitié jusqu’à sa mort. Un responsable des FTP, André Bonnetot, la sollicita un peu plus tard, en juin 1943, dans le but d’organiser un premier maquis. Les deux hommes lui proposèrent des actions immédiates en vue du 14 juillet 1943, et de s’occuper sur la durée du recrutement de jeunes communistes, de leur organisation clandestine et de la prise en charge des réfractaire du STO à l’échelle de sa région du nord du Périgord. Elle se consacra avec énergie et détermination à la tâche, avec l’approbation et le soutien vigilant de son père, tout en poursuivant ses études de collégienne dans la perspective du brevet élémentaire qu’elle obtint à la session de septembre.

Avec l’aide d’un jeune paysan du voisinage et de quelques autres jeunes militants, elle préparait et diffusait le matériel de propagande clandestin, tracts, journaux, papillons ; elle faisait elle-même tourner la ronéo ou tapait à la machine à écrire ; elle contactait les jeunes convoqués au STO ou leur famille, leur procurait des cachettes ; elle participait au ravitaillement des maquis FTP. Devenue responsable locale des Jeunesses communistes clandestins sous la direction de plusieurs chefs successifs, parmi lesquels elle cite encore Jacques Dugénit, elle organisa des groupes de trois selon les directives du Parti communiste, jusqu’à diriger à la fin de l’année 1943 environ quatre-vingts militants. Outre ces jeunes clandestins, il y avait aussi de nombreux groupes de résistants dits légaux, qui continuaient à mener une vie ordinaire, tout en participant aux actions de résistance, propagande et sabotages.

L’influence communiste étant déjà forte dans la région avant guerre, la population alentour, qui connaissait bien sa famille, sans toujours manifester un soutien ostensible, lui évita, ainsi qu’à son père, plusieurs perquisitions de la part des autorités vichystes, de groupes de légionnaires pronazis ou de miliciens locaux. Son allure feinte de jeune paysanne naïve lui permit également d’échapper à des fouilles fatales lors de ses tournées à bicyclette. Mais elle dénombre vingt-trois victimes, maquisards ou civils, tués dans son secteur pendant sa période d’activité. À partir du débarquement et jusqu’à la libération du département, ce sont quelques 450 jeunes qui étaient organisés dans son secteur, celui des cantons du nord de la Dordogne, soit aux Jeunesses communistes, soit aux Forces unies de la Jeunesse patriotique.

À la Libération, elle avait conscience d’avoir mis en place un des principaux centres d’organisation des Jeunesses communistes de la région, et tout naturellement elle fut appelée à la direction départementale de l’organisation par Pierre Dolla*, libéré de prison en juin 1944 et responsable JC du département – avec lui également, s’établirent des liens d’amitié de longue durée. Elle fut proposée pour la première école centrale des JC, qu’elle suivit en janvier 1945 en région parisienne, et à la fondation de l’UJRF, qui englobait en avril 1945 tous les mouvements de jeunesse sous influence communiste, elle fut désignée parmi les cinquante-et-un membres du Comité national. Parmi les JC, elle était de ceux qui ont vivement regretté l’abandon de l’appellation communiste de leur organisation. Par contre, elle était plutôt favorable à une organisation distincte des jeunes filles, qui se concrétisa peu après par la reconstitution de l’UJFF d’avant-guerre.

À Périgueux, elle avait fait la connaissance d’un chef FTP auréolé d’une réputation d’inflexibilité et de droiture, Roger Ranoux, servi de plus par un physique avantageux qui lui avait valu le surnom d’Hercule au maquis. Une fois démobilisé, le jeune mécanicien-chauffeur demanda au sourcilleux père Puyrigaud la main de sa fille, il accepta, mais des problèmes de santé différèrent la vie conjugale et militante de Michelle Puyrigaud : surmenage dû à ses responsabilités, tournées en vélo incessantes dans un pays accidenté, nourriture insuffisante dans la petite métropole régionale, la jeune femme connut une crise d’anémie qui repoussa le mariage de deux ans sur conseil médical. Ensuite naquit leur fils aîné, Jacques, en 1947, puis Claudine en 1952. Le ménage habitait alors dans un deux-pièces en face de la gare de Périgueux.

Sur le plan militant, Michelle Ranoux se contenta désormais d’animer une cellule de quartier, et d’adhérer à l’Union des Femmes de France. Mais Roger était devenu secrétaire fédéral, et ses maigres subsides ne suffisaient pas à faire vivre sa famille. Aussi décida-t-il de renoncer à ses responsabilités politiques et il obtint peu après la direction d’un centre de vacances de la Ville de Saint-Denis, implanté dans un écart de la commune de Montrem-Montanceix, à l’ouest de la capitale périgourdine. Les Ranoux devaient y vivre l’essentiel de leur vie professionnelle, elle secondant son mari en tant que lingère, puis aide-économe du centre. Désormais logés gratuitement, dans une solide mais rustique bâtisse entourée des baraquements d’hébergement, leurs revenus restaient si modestes que Michelle Ranoux, pourtant accaparée par ses tâches professionnelles et maternelles, suivit une formation de sténodactylo aux cours Pigier. Elle n’en fit jamais son métier, mais cela lui fut utile puisqu’elle put ainsi prendre en note et taper les discours de « sa Majesté » (l’expression affectueusement ironique est d’elle) Roger Ranoux*, éphémère député de la Dordogne entre 1956 et 1958. Ces deux années furent pour elle assez difficiles. Ils durent quitter le centre de vacances, et elle tenta de suivre son mari en région parisienne, où la ville de Saint-Denis mettait un logement à leur disposition, mais en laissant les deux enfants à la garde de ses parents. Ce fut bientôt insupportable, et elle revint vivre en Dordogne dans une HLM à Chamiers, en banlieue de Périgueux, son mari restant seul à Paris toute la semaine.

Deux autres enfants naquirent en 1958 et 1960. Roger Ranoux, passé son mandat d’élu national, reprit ses fonctions de gestionnaire des centres de vacances de la région. Mais il s’occupa aussi pendant plusieurs décennies à gérer les affaires communales en tant que conseiller municipal puis maire de Montrem-Montanceix ; il animait la cellule communiste locale, et militait très activement dans l’organisation des Anciens combattants de la Résistance. Elle, en contrepartie, si elle s’effaça sur le plan militant, s’impliquait de plus en plus dans la gestion du centre de vacances. Pendant des années, ils y reçurent la visite des édiles de Saint-Denis, avec lesquels ils entretenaient des relations de grande confiance, voire d’amitié.

Michelle Ranoux prit sa retraite avec une légère anticipation, à l’âge de 56 ans. Le couple obtint alors de la municipalité de Saint-Denis qu’elle leur cède une parcelle de terrain à la périphérie du lieu. « Hercule » y bâtit une maison, avec l’aide de ses enfants, où les vieux militants, qui ont célébré leurs soixante-cinq ans de mariage, vivent une retraite pas toujours paisible, car Roger Ranoux* continue à polémiquer avec détermination, soutenu par sa femme, contre des auteurs d’ouvrages sur la résistance départementale.

Elle, plus nettement que lui, s’est aussi trouvée en conflit avec les orientations politiques de leur parti, le jugeant en général trop fermé à la discussion et aux remises en questions après la période stalinienne. Les différends s’aggravèrent sous le secrétariat général de Georges Marchais*, et les poussèrent dans le camp des réformateurs, jusqu’à ce qu’à la fin, le « bilan globalement positif » dont le chef du Parti créditait l’URSS les convainquît de ne pas renouveler leur adhésion. S’ils restent en bons termes avec la plupart des militants locaux – leur fils Jacques a succédé à son père à la mairie de leur lieu de domicile –, en revanche le déclin puis l’effondrement de l’influence et des effectifs du PCF ne choquent pas Michelle Ranoux : « pas étonnant, avec la politique qu’ils ont menée ! », dit-elle avec davantage de colère que d’amertume, tout en précisant qu’elle comme son mari restent extrêmement attachés à leur idéal communiste de jeunesse.

Elle mourut à 94 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139177, notice PUYRIGAUD Michelle, Marie [épouse RANOUX Michelle]. Pseudonyme dans la Résistance : Claude par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 18 décembre 2011, dernière modification le 6 avril 2021.

Par Marc Giovaninetti

Michelle Puyrigaud en 1947
Michelle Puyrigaud en 1947
Michelle Ranoux-Puyrigaud en 2007
Michelle Ranoux-Puyrigaud en 2007

SOURCES : Archives du PCF, fonds Raymond Guyot, 283 J 4. — L’Avant-Garde, n° 32, 6 avril 1945. — Mémorandum de 12 pages rédigé par Michelle Puyrigaud-Ranoux en mai 2006 sur sa période de Résistance. — Martial Faucon, Francs-Tireurs et Partisans français en Dordogne, La Lauze, Périgueux, 2006, 623 p. — Entretien et correspondances avec l’intéressée et son mari, octobre-décembre 2011. — Première mise en ligne, décembre 2011

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