SALOMON Roger

Par Daniel Grason

Né le 27 août 1917 à Paris (XXe arr.), mort le 9 mars 1945 à Ellrich (Allemagne) ; mécanicien à la SNCF ; résistant FTPF ; déporté politique.

Fils d’Octave et de Marthe, née Berbesson, couturière, Roger Salomon suivit l’école primaire. Il se maria le 16 juillet 1938 avec Simonne Dorville, à Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis), le couple eut un enfant. De la classe 1937, mobilisé le 6 novembre 1938 et affecté au 511e Bataillon de Chars à Verdun. Il fut démobilisé le 5 août 1940, à Grenade-sur-Garonne (Haute-Garonne).

Le couple habitait 27 avenue des Gobelins, Paris XIIIe arr., en février 1944, sa femme quitta momentanément le domicile conjugal. Cette rupture bouleversa sa vie jusqu’alors rythmée par son travail régulier à la SNCF. Roger Salomon quitta son emploi pour une occupation à risque. Il s’investit dans le trafic de vente de cigarettes belges. Il fit la connaissance dans le quartier de Strasbourg-Saint-Denis de Georges (Georges Schlepp), en février 1944 pour le compte de qui il revendait tabac et carte d’alimentation. Il ne connaissait pas son nom, celui-ci lui donnait souvent rendez-vous à La-Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine).

Au début avril 1944, Georges Schlepp, membre du bataillon Vengeance des FTP (région P 6) lui proposa d’entrer dans une organisation clandestine qui s’intitulait Front national. Il lui déclara qu’il s’agirait surtout d’attendre le jour J pour aider les alliés, il serait appointé trois mille francs par mois. Roger Salomon demanda à réfléchir. Il lui présenta Raymond Fabre (Marcel Laurent) qui était lui dit-il, dans le même cas que lui. Il accepta d’entrer dans le Front national.

Pendant deux mois le seul contact de Roger Salomon dit Rochard sera Georges Schlepp qui l’appointait avec des acomptes de cinq cent francs. Garnier (Albert Mansion) lui fut présenté. Celui-ci le chargea des rendez-vous avec trois chefs d’équipes : André, Jean et Marcel Laurent. Emilienne, un agent de liaison de Georges Schlepp prenait parfois contact avec lui.

Roger Salomon transmettait les objectifs aux chefs de groupe. À la mi-mai, Marcel Laurent et son équipe fut chargé de tuer un herboriste de Savigny-sur-Orge (Seine-et-Oise, Essonne), l’homme aurait fait incorporer de force une quarantaine de jeunes dans la LVF et dans la Milice. Une opération pour récupérer des tickets de pain eut lieu dans une boulangerie de Choisy-le-Roi (Seine, Val-de-Marne). Un débit de tabac de Chelles (Seine-et-Marne) fut visité, il y participa.

Un ordre fut donné, tuer un militaire allemand et récupérer son arme. Le 26 juin 1944 à Montrouge, un sous-officier allemand croisa quatre hommes dans une rue où il y avait peu de monde. Claude Guy et Marcel Laurent étaient sur le trottoir d’en face. Il était 15 heures 45, Robert Degert et Balan tirèrent, Frédérick Zavetzke, membre d’une formation de chars de combat s’effondra, touché de deux balles dans la tête, une à l’abdomen et une à la main droite. Marcel Laurent ramassa l’arme, tous réussirent à prendre la fuite sans être inquiété. Un gardien d’une usine toute proche, aperçu un corps humain allongé, il pensa qu’une personne avait eu un malaise. Ayant constaté qu’il s’agissait d’un meurtre, il alerta des cheminots allemands. La Feldgendarmerie fut prévenue, les services de la police allemande confièrent l’enquête à la Brigade spéciale n° 2.

Roger Salomon fut celui qui assura les liaisons avec les FTP qui assurèrent les opérations armées dirigées par Georges Schlepp chef du groupe Gabriel Péri. Début juin contre un débit de tabac de Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine) et de Rueil-Malmaison qui furent délestés des cigarettes et de tabac. Les groupes FTP étaient faiblement armés, il fallait récupérer des armes. Émil Roth, caporal allemand de l’armée de l’air fut abattu le 19 juin 1944, à Suresnes par Georges Schlepp et Raymond Jozon. Des coups de feu furent tirés contre un commis quincailler membre du PPF à Rueil-Malmaison ; le 26 juin, dans la même ville le centre de ravitaillement fut attaqué, deux gardiens de la paix désarmés, les tickets d’alimentation confisqués. Le 30 juin, un débit de tabac de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) reçu la visite de quatre FTP, cinq cartouches de Gauloises et deux cent quarante paquets de tabac furent confisqués. Le 5 juillet, le magasin Maggi d’Asnières reçu la visite de cinq hommes armés, vingt-cinq kilos de sucre, quatre-vingt kilos de pâtes et quatre kilos de confiture furent emportés.

Roger Salomon dit Rochard avait rendez-vous avec Robert Degert dit Falot, le 5 juillet à 8 heures 30, rue de Lancry dans le Xe arr. Les deux hommes furent maîtrisés par six inspecteurs de la Brigade spéciale antiterroriste n° 2. Les policiers trouvèrent sur lui un papier annoté, un rendez-vous, et quatre balles de 9 m/m destinées à André pour son revolver à barillet. La perquisition à son domicile demeura infructueuse.

Interrogé dans les locaux des brigades spéciales, il déclara ignorer qu’il portait le matricule 6370 au sein de l’organisation. Claude Guy*, Robert Degert*, Marcel Laurent*, Raymond Jozon* et Georges Schlepp*, furent exécutés les trois premiers à Montrouge, les deux autres à Suresnes, là où les militaires allemands furent abattus.

Arrêtés également, Albert Mansion, Eugénie Laurent, Lucien et Jeanne Angelard ainsi que Roger Salomon furent déportés le 15 août 1944. Le convoi partit de la gare de Pantin, les installations de la gare de l’Est ayant été détruites par la Résistance. Les deux femmes prirent la direction de Ravensbrück, Eugénie Laurent fut affectée au commando de Torgau dans une usine de munitions et d’explosifs, elle mourut à Ravensbrück le 21 décembre 1944. Jeanne Angelard fut libérée en avril 1945 de Schönefeld. Albert Mansion, Lucien Angelard et Roger Salomon arrivèrent le 20 août à Buchenwald (Allemagne), ils furent transférés à Dora, ils décédèrent à Ellrich, Albert Mansion le 18 janvier 1945, Lucien Angelard le 4 avril, Roger Salomon le 9 mars.

La commission d’épuration de la police entendit le 29 janvier 1946, la femme de Roger Salomon, elle déclara qu’un codétenu de son mari lui avait dit qu’il avait été « victime de sévices lors de sa détention aux brigades spéciales ». Elle signala que lors de la perquisition « une pendulette en métal chromé avait été dérobée ».
Roger Salomon a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139184, notice SALOMON Roger par Daniel Grason, version mise en ligne le 21 décembre 2011, dernière modification le 8 septembre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2104, PCF carton 16, KB 1, KB 86, 77 W. – Livre-Mémorial, FMD, Ed. Tirésias, 2004. – JO n° 91 du 18 avril 1998. – Bureau Résistance GR 16 P 532880. – État civil.

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