MACH Joseph, Émile, Étienne [« Max », nom de clandestinité dans Pyrénées-Orientales, « Jules », nom de clandestinité dans l’Aveyron]

Par André Balent

Né le 19 février 1921 à Saleilles (Pyrénées-Orientales), mort au combat le 11 mars 1945 à Plobsheim (Bas-Rhin) ; militant communiste, résistant (FTPF) à Thuir (Pyrénées-Orientales) puis en Aveyron.

Joseph Mach, 1944, arch. privées René Mach, reproduction de l’original André Balent
Joseph Mach, 1944, arch. privées René Mach, reproduction de l’original André Balent

Joseph, Étienne, Émile Mach était le fils de fils de Pierre, Jean, Barthélemy, cultivateur à Saleilles âgé de vingt-neuf ans en 1920 et de Catherine, Martine, Dolorès Armada également âgée de vingt-neuf ans.

Son père était originaire de Saint-Laurent-de-Cerdans (Pyrénées-Orientales) où il exreça d’abord la profession de bûcheron. S’étant ensuite établi à Saleilles dans la basse plaine viticole du Roussillon au sud de Perpignan, il travailla dans l’agriculture avant de se faire embaucher à la « ferme école » de Thuir (Pyrénées-Orientales). Par la suite, établi à Thuir même, il travailla comme bûcheron et marchand de bois avant de s’établir comme viticulteur.

Joseph Mach eut deux frères. Le premier, Pierre, Jean, Michel Mach s’est également illustré dans ses activités militantes et résistantes. Un autre frère, René Mach, né à Thuir le 7 janvier 1929 vécut dans sa commune natale où il résidait toujours en 2012. Travailleur agricole il fut ensuite employé jusqu’à la retraite chez Violet (caves Byrrh) aux expéditions de marchandise. Il participa, très jeune aux activités de résistance de ses frères dans le cadre du Front national à compter du 3 février 1942. Il ravitailla le maquis FTP de Caixas (Pyrénées-Orientales), y acheminant parfois des armes, et distribua des tracts et des journaux clandestins à Thuir. Avec deux autres jeunes communistes, Auguste Nivet et Sylvestre Doutres, il fleurit le monument aux morts de la ville, le 14 juillet et le 11 novembre. Membre des JC puis adhérent du PCF, il se détacha par la suite de ce parti, tout en restant « de gauche ». Il fut également un militant syndicaliste.

Joseph Mach passa son enfance et son adolescence à Thuir, importante bourgade, centre des hautes et basses Aspres.

Adolescent, Joseph Mach adhéra dès novembre 1934 aux Jeunesses communistes. Le 22 décembre 1942, il se maria à Thuir avec Zélie, Marcelle, Monique Estela. Au début de 1943, il fut requis au titre du STO. Il obtint une permission à l’occasion de la naissance de sa fille et resta à Thuir. Dans un premier temps, à compter de février 1943, Pierre Mach faisait partie du groupe FTP de Thuir qui assurait le soutien du premier maquis des Pyrénées-Orientales implanté à Caixas, dans les Hautes Aspres et commandé par son frère Pierre (Voir Mach Pierre *). Puis, Sauveur Quintane* le mit en relation avec Fernand Cortale* qui le dirigea, avec un autre jeune sympathisant communiste de Thuir, Antoine Juanole, vers le maquis de Pleus, en voie de formation.

Après la dispersion de ce maquis Joseph Mach rejoignit en août 1943, avec d’autres Thuirinois, le maquis FTP « Henri-Barbusse » qu’il contribua à fonder. Ce premier maquis « Henri-Barbusse » fut installé initialement à Pleus dans la commune de Cassagnes (Pyrénées-Orientales). Ce maquis fut l’ancêtre du maquis FTP « Henri-Barbusse » implanté plus tard dans le massif du Canigou (Voir Panchot Julien ; Sabatier Émile ; Mestres Gilbert).

À partir du 4 janvier 1944, ayant quitté le maquis, Mach reçut une nouvelle affectation : il assura le transport des armes dans l’interrégion D des FTPF. En avril 1944, arrivant en gare de Carcassonne (Aude), il sut qu’il était menacé par la police allemande qui avait pénétré dans sa chambre et s’était emparé de documents.

Il fut affecté ensuite dans l’Aveyron. Ayant appartenu au maquis de Coudols fondé en avril 1944 (ou maquis « Alfred Merle », 4205e compagnie des FTPF), dans le Lévézou près de Bouloc (Aveyron), dans le centre du département, il devint ensuite le chef d’un maquis du Nord de l’Aveyron, le maquis des Bessades (4202e compagnie des FTPF). Celui-ci avait été fondé par Mazenq instituteur au Nayrac (Aveyron), responsable du FN contacté par Raymond Fournier*. Le maquis FTPF des Bessades fut d’abord cantonné au nord d’Estaing près du Nayrac dans une ferme, Varès. Ce maquis fut connu aussi sous le nom de son chef, Joseph Mach. Il ne rassemblait que quinze hommes le 6 juin 1944. Au début du mois d’août 1944, Joseph Mach en commandait quatre-vingt. Le maquis des Bessades rassembla jusqu’à 143 hommes à la fin de ce mois. Dans ses taches de commandement, Joseph Mach fut appuyé par un commissaire politique Paul Otgé (alias « Marat »). Paul Gayraud a décrit le maquis des Bessades comme une unité où Joseph Mach faisait régner « une discipline stricte avec salut au drapeau tous les matins ». Il précisait que « beaucoup de ses hommes ne s’y tutoyaient pas ».

Dans la nuit du 13 au 14 août le maquis FTP des Bessades commandé par Joseph Mach et le maquis AS de l’Aubrac montèrent conjointement une action à Espalion (Aveyron) en transférant au maquis par autobus quarante-cinq gendarmes dont cinq s’évadèrent peu après et dont trois réussirent à rejoindre Laguiole puis Rodez. Cette action d’éclat, parfaitement organisée permit en outre d’occuper pendant quelques heures les lieux stratégiques d’Espalion et à se procurer du ravitaillement pour le maquis.

À partir du 14 juillet 1944, à la tête d’un groupe de vingt FTP, Joseph Mach se déplaça dans le Nord de l’Aveyron dans trois voitures pavoisées avec les couleurs tricolores. Le 13 août, une entente entre maquis réserva au maquis des Bessades le canton de Saint-Amans-des-Cots dans le haut pays de la Viadène. Multipliant coups de main et réquisitions, ils se rendirent successivement à Saint-Amans-des-Cots puis à Florentin-La Capelle et, enfin, au Nayrac où ils déposèrent une gerbe devant le monument aux morts de la commune. Le 16 août 1944, le groupe commandé par Mach accrocha les Allemands dans le secteur de Villecomtal, tuant selon les sources résistantes, dix-huit hommes dont un lieutenant et un sous-lieutenant et n’ayant pour sa part que trois blessés et perdu un camion et une voiture. Il donna l’ordre de faire évacuer Villecomtal puis son groupe tenta de faire sauter le pont sur le Dourdou, dans cette commune, avant d’affronter un fort groupe d’Allemands qui se repliaient depuis Entraygues qu’ils avaient quitté dans la matinée vers Rodez qu’ils essayèrent en vain d’atteindre.

Avec un groupe de maquisards aveyronnais commandés par Raymond Fournier, Joseph Mach forma, en janvier 1945, une compagnie du 81e RI reconstitué le 1er décembre 1944 à Carcassonne à partir de FFI audois. Ce régiment fut envoyé sur le front en Alsace. Joseph Mach, avec le grade de capitaine fut à la tête de la 11e compagnie rattachée au 3e bataillon commandé par Raymond Fournier. Joseph Mach fut tué par un éclat de mine à Ptobsheim (Bas-Rhin) le 11 mars 1945.

En septembre 1945, un hommage fut rendu dans les Pyrénées-Orientales, en particulier à Thuir, à Joseph Mach et à son frère Pierre Mach, mort en déportation.

Une voie des « frères Mach » honore à Thuir et à Sainte-Colombe (Pyrénées-Orientales) la mémoire de Joseph et celle de son frère Pierre Mach. L’inauguration de l’avenue des frères Mach à Thuir, le 11 mars 1974, donna lieu à une grande cérémonie présidée par le sénateur maire Léon-Jean Grégory* et à laquelle assistèrent les représentants d’associations d’anciens combattants, résistants et déportés, du PCF, de maquisards aveyronnais des Bessades et d’anciens du 81e RI, parmi lesquels Raymond Fournier*, organisateur de cet hommage, qui évoqua par ailleurs avec lyrisme l’action de Joseph Mach dans son ouvrage sur les maquis rouergats. La mémoire de Joseph Mach est aussi honorée dans le département de l’Aveyron.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139200, notice MACH Joseph, Émile, Étienne [« Max », nom de clandestinité dans Pyrénées-Orientales, « Jules », nom de clandestinité dans l'Aveyron] par André Balent, version mise en ligne le 24 décembre 2011, dernière modification le 26 mai 2017.

Par André Balent

Joseph Mach, 1944, arch. privées René Mach, reproduction de l'original André Balent
Joseph Mach, 1944, arch. privées René Mach, reproduction de l’original André Balent

SOURCES : AC Saleilles, état civil. — AC Thuir, état civil. — Arch. privées René Mach, photographies, manuscrits et attestations diverses. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional, 1943, 1945, Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour-Rediviva, 2006, 617 p. édition de la thèse soutenue en 1974 [p. 552]. — Christian Font & Henri Moizet, Construire l’histoire de la Résistance. Aveyron, 1944 , Rodez, CDDP Rodez & CRDP Toulouse, 1997, 343 p. [p. 154, p. 204 , p. 218]. — Christian Font & Pierre Moizet, L’Aveyron et les Aveyronnais durant la 2e guerre mondiale, Rodez, CDDP Rodez, CDIHP Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 1995, 229 p. [p. 176] — Christian Font & Pierre Moizet, « Le maquis des Bessades et le combat de Villecomtal », La Dépêche du Midi, 31 janvier 1999. — Christian Font & Pierre Moizet, Maquis et combats en Aveyron. Chronologie 1936-1944, Rodez, ONAC Aveyron, ANACR Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 411 p. [p. 224, pp. 267-268, p. 357]. —Raymond Fournier, Terre de combat. Récits de la Résistance, Millau, imprimerie Maury, 1973, 349 p. [plus particulièrement pp. 247-276]. — Paul Gayraud, La Guerre du brassard. Maquis du Rouergue, Paris, J. Saintier, 1946, 214 p. [pp. 169-174]. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Terra Nostra, Prades, 1998, [p. 479, 538, 539, pp. 958-959]. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Nostra Terra, 1994, 400 p. [p. 176]. — Charles Lloberes, Tu gagneras ta liberté. Récit, Perpignan, Imprimerie Fricker, 1980, 196 p. — Georges Sentis, Les communistes et la résistance dans les Pyrénées-Orientales, tome II, Le difficile combat vers la Libération nationale. Novembre 1942 – août 1944, Perpignan, Éditions Marxisme / Régions, 1985, 174 p. [pp. 23-24]. — Georges Sentis, Les communistes et la résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme / Régions, 1994, 182 p. [p. 131]. — André Souyris-Rolland (dir.), Les forces françaises de l’intérieur du Languedoc-Roussillon : Région R3 dans l’armée de la Libération, Actes du colloque d’histoire, Montpellier, 14 mars 1996, Arcueil, Preal, 1997, 256 p. [pp. 114, 136-138]. — Le Travailleur catalan, 31 mars 1945, 15 septembre 1945. —Résistance en Rouergue, journal trimestriel des résistants de l’Aveyron adhérents à l’ANACR, Rodez,17, janvier 1974, article de A. Boutet ; 18, avril 1974, pp. 3-4. — Site http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr consulté le 17 novembre 2011. — Entretien avec René Mach, frère de Joseph Mach, Thuir, 6 février 2012.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément