MAILLES Robert, Julien dit Vincent

Par Daniel Grason

Né le 23 janvier 1921 à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 3 septembre 1986 à Sète (Hérault) ; étudiant en chimie, aide chimiste ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Eugène, forgeron et de Elisa, née Hellers, blanchisseuse, Robert Mailles se maria le 24 décembre 1942 avec Marcelle Schlup. Le couple demeurait chez Georges et Jeanne Schlup, parents de la mariée au 208 rue de Rueil à Colombes. Titulaire du Brevet supérieur, aide-chimiste à l’institut du verre à Paris Xe arrondissement.
Le frère de Marcelle, Pierre Schlup dit Garnier militait au parti communiste, était responsable d’un groupe FTP. Le 3 mars 1943, Pierre Brossard, dit Philibert, responsable des cadres du parti communiste était arrêté par les policiers de la Brigade spéciale n° 1. Lors de la perquisition une fiche biographique au nom de Pierre Schlup était trouvée, elle ne fut pas la seule. Il fut appréhendé le 22 mars par des inspecteurs de la Brigade spéciale n° 2, chargée de la répression antiterroriste. Entre les deux dates, dix-neuf jours s’étaient écoulés, Pierre Schlup fut-il filé lors de rendez-vous ?
Robert Mailles était appréhendé le même jour, fouille au corps, perquisition ne donnèrent rien, il était simplement connu de la police comme « sympathisant des doctrines moscoutaires ». Interrogé, il déclara que « Jamais Pierre Schlup ne s’est attardé à me proposer de commettre des attentats. Il devait savoir que j’aurais refusé ». Il confirma qu’il n’était pas adhérent « à une organisation d’obédience communiste ». Lors de réunions organisées dans des cafés de Clichy et du XVIIe arrondissement, il se prénommait Vincent et recrutait de futurs FTP.
En douze jours les policiers arrêtèrent trente-sept militants dont des FTP, quatorze furent condamnés à mort et exécutés. Neuf prirent le chemin de la déportation dont Robert Mailles, il partit de Compiègne (Oise) le 17 septembre 1943 dans un convoi de neuf cent quatre-vingt-dix-sept déportés à destination de Buchenwald (Allemagne). Transportés dans des wagons à bestiaux, soixante-trois moururent, trois prisonniers s’évadèrent. La libération du camp eut lieu le 11 avril 1945. Dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton était à Buchenwald. Robert Mailles matricule 21254, était parmi les survivants du convoi.
Le 24 janvier 1945 la sœur de Pierre Schlup, Marcelle épouse Mailles étudiante en médecine témoigna devant la commission d’épuration de la police qui enquêtait sur le comportement de Joseph Baurès l’un des inspecteurs qui arrêta, puis interrogea son frère Pierre. Elle rappela qu’elle avait été arrêtée à son domicile le 25 juillet 1944 par Baurès, C.. et T.. (qu’elle reconnue sur photographies).
Elle déclara : « Une perquisition a été immédiatement effectuée. Elle est demeurée infructueuse. Rien n’a été volé au cours de cette opération. »
« J’ai été conduite à la salle 23, à la Préfecture de police dans les locaux de la Brigade spéciale où j’ai été interrogée. Je n’ai pas été maltraitée. »
« Par contre durant les huit jours de ma détention j’ai souvent vu revenir d’interrogatoires des patriotes. Ceux-ci étaient dans un état lamentable et couvert de marques de coups. Je me souviens particulièrement d’une jeune fille nommée Madeleine Riffaud, dite Rainer, qui a été violemment frappée au visage et sur les jambes à coups de nerf de bœuf. »
« J’ai été relaxée, grâce à l’intervention d’un inspecteur des Brigades spéciales nommé Maurice Pauchat. Ce policier avait déjà eu l’occasion d’intervenir en faveur d’autres détenus politiques. »
« Mon mari Robert Julien Mailles […] étudiant en chimie a été arrêté le 22 mars 1943 à notre domicile, par trois inspecteurs. Je reconnais les nommés Robert Daime et L… » Robert Mailles a été emprisonné à Fresnes.
Jean-Marc Berlière écrivit : « Il y a aussi de vrais « méchants » aux BS. »
« Comme Robert Daime. Un tortionnaire et un fanatique, lié aux collaborationnistes, à la Milice, au PPF. Pour une fois, en dépit du style très « marqué », on peut trouver quelques réalisme au portrait que les épurateurs tracent de ce policier – « le plus grand bourreau de la BS1 » - qui, avant d’être affecté – à sa demande – aux BS, avait été un des mangeurs de Juifs » de la 3e section des RG. « Volontaire pour la BS1, un intime de Georges Claude, pronazi notoire, admirateur d’Hitler… il recherchait le raffinement dans la cruauté sur les patriotes arrêtés […] a même frappé des femmes. À plusieurs reprises, a tiré des coups de feu sur des patriotes. A fait de nombreuses arrestations de sa propre initiative. »
Les résistants des BS rappellent que Daime, « un des éléments les plus dangereux de la BS… trouvant un grand relâchement dans notre service, a voulu s’engager dans la Milice ». Sans doute conscient de ce qui l’attendait, Daime s’est suicidé, au soir de son arrestation, le 14 octobre 1944, dans les locaux de la section d’épuration, qui n’étaient autres que les ex-locaux des BS, 2e étage, galerie sud, salle 36. À 21h 05, d’après le rapport officiel, il se serait tiré une balle « dans la région du cœur » avec son arme de service, après s’être enlevé lui-même ses menottes, vers 18h 50, tout en discutant avec les inspecteurs qui l’avaient laissé faire sans réagir. »
Robert Mailles a été homologué membre des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déporté interné résistant (DIR).
Divorcé en 1952, Robert Mailles se remaria le 28 juillet 1956 avec Denise Gardarin à Colombes. Il mourut le 3 septembre 1986.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139241, notice MAILLES Robert, Julien dit Vincent par Daniel Grason, version mise en ligne le 29 juin 2020, dernière modification le 29 juin 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2299, KB 18, KB 63, KB 96, KB 102, PCF carton 8, 77 W 3116-306505. – Bureau Résistance GR 16 P 384821. – Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’Occupation, Éd. Perrin, 2001, pp. 166-167. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – État civil.

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