RIVIÈRE Kléber, Mary, Pierre

Par Daniel Grason

Né le 18 octobre 1906 à Tautavel (Pyrénées-Orientales), mort le 6 août 1985 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; ajusteur ; emprisonné.

Fils de Louis, cultivateur, et de Marie-Louise, née Amengou, Kléber Rivière effectua son service militaire en 1926, dans l’infanterie à Avignon (Vaucluse), il fut libéré avec le grade de caporal. Il épousa Adolphine Landricq le 24 novembre 1928 à Tautavel, le couple eut une fille. La famille vint habiter en région parisienne, au 38 rue de Meaux à Paris XIXe arrondissement, 8 rue Chance-Milly à Clichy (Seine, Hauts-de-Seine), 12 passage Jemmapes à Levallois-Perret.
Ajusteur, il travailla chez le fabricant d’automobiles Rosengart dans le XVIIe arrondissement de mars 1934 au 3 janvier 1935. Il fut licencié en raison d’une réduction du personnel, connu une longue période de chômage, entra chez SIMCA à Nanterre de mars 1936 au 3 décembre 1937. Le 20, il travaillait à nouveau chez Rosengart, en fut renvoyé le 31 octobre 1938. Il resta au chômage jusqu’à son embauche le 20 février 1939 aux usines Chausson à Asnières. Lors de la déclaration de guerre, mobilisé au 155e Régiment d’infanterie, il était libéré le 9 septembre 1939 et fut affecté spécial en qualité d’ajusteur d’aviation chez Chausson. En juin 1940, lors de l’entrée des troupes allemandes, il ne se replia pas en province avec ses collègues de l’usine.
Les premiers chantiers de la jeunesse s’ouvrirent après l’armistice du 22 juin 1940, il s’agissait d’inculquer les valeurs de la Révolution nationale du Régime de Vichy. En janvier 1941, les établissements Chausson faisaient appel à Kléber Rivière, il fut envoyé comme chef de groupe, dans un camp de lutte contre le chômage patronné par l’entreprise à Gournay-sur-Aronde (Oise). Chargé de diriger des jeunes qui travaillaient sur un chantier, il ne devait pas être un zélateur de l’État Français. Le Commissariat général au chômage le renvoya le 3 juin 1941 « pour manque d’énergie ».
François Carcedo responsable de l’organisation communiste de Gennevilliers et Levallois-Perret arrêté le 18 février 1941, mis en cause Kléber Rivière dont le nom figurait sur une liste de militants saisie à son domicile. De plus son nom était déjà antérieurement sur une liste de suspects fournis à la police par la direction de l’usine, une enquête fut ouverte.
Un mandat d’arrêt du 28 juillet 1941 l’inculpait d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Un rapport de la police du 16 octobre 1941 était circonspect : « Tant à son domicile qu’aux différentes maisons où il a travaillé, il n’a jamais attiré particulièrement l’attention au point de vue politique ». Il fut tout de même arrêté et emprisonné le 11 septembre 1941.
Il comparut le 27 juillet 1942 devant le tribunal de la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris qui le relaxa « sans peine ni dépens », considérant qu’il n’existait « aucune preuve des faits qui lui sont reprochés » concernant la réorganisation de la cellule de Levallois-Perret avec François Carcedo. Kléber Rivière signa néanmoins le lendemain un engagement où il déclarait « désapprouver l’action communiste clandestine sous toutes ses formes ».
Kléber Rivière a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF).
Pendant les années de guerre froide, il participa à la manifestation du 24 janvier 1951 organisée par le parti communiste contre la venue du général Eisenhower venu installer le quartier général de l’OTAN à Paris. Dès le 22 janvier la police procédait à des arrestations préventives, l’Humanité, Libération et Ce Soir étaient saisis. Il y eut trois mille deux cent soixante-sept interpellations et cinquante-quatre arrestations maintenues, Kléber Rivière y fut arrêté. Le journal l’Humanité titra le lendemain : « 50.000 manifestants […] le non de Paris à Eisenhower ».
Kléber Rivière mourut le 6 août 1985.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139246, notice RIVIÈRE Kléber, Mary, Pierre par Daniel Grason, version mise en ligne le 7 janvier 2012, dernière modification le 4 mai 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2056, 77W 85. – Bureau Résistance GR 16 P 513346. – Danielle Tartakowsky, Les manifestations de rues en France. 1918-1968, Publications de la Sorbonne, 1998. – L’Humanité, 25 janvier 1951. – État civil.

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