BLANCHARD Victor, Georges dit Jean

Par Daniel Grason

Né le 2 août 1909 à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis), mort le 4 juillet 1985 à Avèze (Gard) ; ajusteur outilleur ; militant communiste ; résistant ; emprisonné.

Fils de Victor, charretier et de Jeanne, née Lefranc, journalière, Victor Blanchard fut légitimé lors du mariage de ses parents le 4 décembre 1909. Il se maria le 12 juillet 1930 avec Yvonne Chouteaux. Il se remaria le 28 mars 1939 avec Simonne Abric, le couple avait trois enfants nés hors mariage, la famille demeurait 280 avenue d’Argenteuil à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine).
En 1936, il adhéra au parti communiste, membre de la cellule 114 de la 18e section, devint secrétaire de cellule. Après la dissolution du parti communiste en septembre 1939, il continua à militer localement. Il fut affecté spécial à l’usine d’aviation Lioré et Olivier à Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), en fait la Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Est (SNCASE) depuis sa nationalisation et sa fusion avec d’autres sociétés aéronautiques le 1er février 1937.
Victor Blanchard travailla en 1941 chez Chausson à Asnières, malade, il cessa toute activité quelques mois. Il renoua avec l’organisation communiste dans le courant de l’année 1942, accepta de s’occuper de l’organisation sur la ville, eut des contacts avec Émile Agier* des usines Bronzavia à Courbevoie, de la SFAR à Asnières et de la SAMO à Neuilly. Il fut appréhendé sur son lieu de travail le 26 mars 1943 par des inspecteurs de la Brigade spéciale n° 2. À l’origine de cette arrestation, celle de Pierre Brossard*, dit Philibert, responsable des cadres du parti communiste des policiers de la Brigade spéciale n° 1, le 3 mars 1943. Lors de la perquisition une fiche biographique au nom de Pierre Schlup* était saisie, elle ne fut pas la seule. Appréhendé le 22 mars 1943, soit dix-neuf jours plus tard, les policiers eurent le temps de filer Pierre Schlup et ses compagnons. Il y eut une cinquantaine d’arrestations, dont quinze furent fusillés et neuf déportés.
Le domicile de Victor Blanchard fut perquisitionné sans succès, mais les inspecteurs de la BS 2 saisirent sur lui une liste d’hôtels réquisitionnés par les Allemands. Lors de son interrogatoire, il nia connaître l’existence des FTP, « Je n’ai jamais entendu parler de cette organisation  », ceci alors qu’il présenta Gilbert Aliémart* qui devint FTP à Emile Agier*. Quant à la liste, il affirma l’avoir trouvée le jour même dans le vestiaire de l’usine, « J’ai pensé qu’un ouvrier l’avait perdue, […] je me proposais de demander de demander le soir même à mes compagnons de travail, qui l’avait égarée ».
Les policiers n’en crurent pas un mot. Il témoigna le 26 juin 1945 : « Frappé à coups de poings, […] mes réponses ne les satisfaisant pas, j’ai été allongé sur un tabouret, les mains et les pieds enchaînés, j’ai été frappé à coups de nerf de bœuf par ces inspecteurs pendant cinq heures environ, ces sévices n’ont cessé que par suite de mon évanouissement ».
L’une des tâches de Victor Blanchard était de recruter des Francs-Tireurs et Partisans (FTP), sa détention dans les locaux des Brigades spéciales dura onze jours, il fut remis aux Allemands. Incarcéré à Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Il comparut le 5 octobre 1943 devant un Tribunal militaire Allemand, condamné à cinq ans de travaux forcés, le jugement apprécié comme trop clément fut cassé. Le 5 novembre la peine doubla, dix ans.
Classé Nacht und Nebel Nuit et Brouillard « NN », condamné à disparaître sans laisser de trace, le 16 décembre 1943, il était envoyé à la prison de Karlsruhe, à la forteresse de Sonneburg lieu d’application des peines « NN », Wolfenbüttel au nord de l’Allemagne, après l’évacuation de cette prison à Brandenburg Görden. L’Armée rouge libéra la prison le 27 avril 1945, rapatrié le 6 juin 1945, il résida une courte période dans le Gers pour se reposer.
Sa femme déposa plainte contre les policiers qui arrêtèrent son mari le 25 janvier 1945. Victor Blanchard témoigna le 26 juin 1945 des sévices qu’il subit, mais aussi du vol de l’outillage qu’il portait dans sa musette lors de son arrestation. Pied à coulisse, équerres, compas, jauges, calibre à rayons, pointe à tracer, pointeau, trusquin, blouse disparurent, quand sa femme en demanda en mars 1943 la restitution, il lui fut répondu que tout était passé au pilon. Il porta plainte pour les sévices qu’il subit et pour vol.
Victor Blanchard a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).
Il mourut le 4 juillet 1985.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139250, notice BLANCHARD Victor, Georges dit Jean par Daniel Grason, version mise en ligne le 8 janvier 2012, dernière modification le 18 janvier 2022.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 1798, BA 2299, PCF carton 14 rapports hebdomadaires sur l’activité communiste, KB 6, KB 29, KB 64, KB 90. – Bureau Résistance GR 16 P63469. – Livre-Mémorial, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Éd. Tirésias, 2004. – État civil.

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