CALAS Irène [née CADOURCY Irène, Rose, Marguerite]

Par André Balent, Yves Le Maner, Jean Sagnes

Née le 11 juin 1898 à Leucate (Aude), morte le 20 avril 1985 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ; institutrice dans les Pyrénées-Orientales puis dans l’Hérault ; militante communiste dans les Pyrénées-Orientales puis dans l’Hérault ; militante syndicaliste (Fédération unitaire de l’enseignement).

Née à Leucate, commune audoise bien plus proche de la capitale du Roussillon (Perpignan) que des grands centres urbains du département de l’Aude, fille d’un boulanger et d’une mère au foyer, Irène Cadourcy débuta dans l’enseignement le 25 septembre 1928, date à laquelle elle prit possession de son premier poste à Serralongue (Pyrénées-Orientales) petite commune du Haut-Vallespir, riche de traditions ouvrières et socialistes. Le 9 février 1920, elle fut nommée à Opoul (Pyrénées-Orientales), village des Corbières catalanes, proche de Leucate. À partir du 25 septembre 1923, et jusqu’au 22 septembre 1924, elle exerça à Céret (Pyrénées-Orientales). Nommée, à cette dernière date à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), elle résida dans cette commune jusqu’au 1er octobre 1928 où elle gagna sa nouvelle affectation à Soubès (Hérault).

C’est lorsqu’elle habitait Rivesaltes qu’Irène Cadourcy se fiança à un instituteur communiste d’Agde (Hérault), Raoul Calas, qu’elle épousa le 8 juin 1927 à Leucate et que, sans doute, elle commença de militer très activement dans les rangs du Parti communiste. Elle en était déjà membre depuis 1923 selon son autobiographie conservée à Moscou.

Elle fut vers 1925-1928 secrétaire de cellule (témoignage de M. Émile Dardenne, militant du PCF à Rivesaltes) et s’affirma comme un des principaux leaders du Parti communiste à Rivesaltes, alors le principal centre de ce Parti dans les Pyrénées-Orientales. Elle s’occupa du groupe des « pionniers » aux activités duquel participaient nombre de jeunes enfants de militants communistes rivesaltais qui apprenaient des chants révolutionnaires comme l’Internationale, la Jeune Garde, la Marche des jeunes pionniers, Les malheureux proprios, etc.

Le 8 mai 1927, la municipalité de « Bloc ouvrier et paysan » de Rivesaltes offrait un vin d’honneur aux réservistes rappelés de la classe 1920 ainsi qu’aux conscrits de la classe 1927, originaires de la commune. À l’issue de cette réunion, Irène Cadourcy, Raoul Calas et Jean Roujou, adjoint communiste au maire de Rivesaltes (voir ces deux derniers noms) distribuèrent des journaux et des tracts antimilitaristes. Dans le Réserviste, le Conscrit, la Caserne, il était conseillé aux soldats de se mutiner en Syrie et en Chine ; aux réservistes de « transformer la période des réserves en une vivante période d’action antimilitariste », aux conscrits d’engager la bataille au sein des casernes.

Irène Cadourcy, Raoul Calas et Jean Roujou furent inculpés et condamnés par défaut le 11 août 1927 par le tribunal correctionnel de Perpignan « pour provocations de militaires à la désobéissance dans un but de propagande anarchiste ». Irène Cadourcy fut condamnée à trois mois de prison et à 200 francs d’amende.

Le 1er octobre, Irène Calas — entre-temps elle avait épousé Raoul Calas — fut suspendue de ses fonctions à titre provisoire et sans arrêt de traitement par le préfet des Pyrénées-Orientales (rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, daté du 1er octobre 1927). De son côté Raoul Calas était révoqué. Le 6 octobre 1927, l’assemblée générale du SNI (affilié à la CGT) des Pyrénées-Orientales, réunie à la Bourse du Travail de Perpignan prit la défense d’Irène Calas et de son mari ; à l’unanimité, elle vota un « ordre du jour » de protestation « contre les mesures dont nos deux camarades ont été les victimes » ; le secrétaire départemental du SNI, Gruat (voir ce nom), instituteur à Codalet transmit une copie de cet ordre du jour au préfet. Le 16 octobre, la Fédération unitaire de l’enseignement (CGTU) des Pyrénées-Orientales convoquait un meeting, salle Rigaud à Perpignan en vue de protester contre les mesures administratives prises contre les époux Calas (militants de la Fédération unitaire) et afin de prendre « la défense de la liberté d’opinion » ; trois orateurs prirent la parole : Pierre Pacouil, professeur d’EPS et militant du Parti communiste, Paul Combeau, instituteur et militant du Parti communiste, au nom de la Fédération unitaire des Pyrénées-Orientales, Bourneton, au nom de l’Union régionale de la CGTU. Un mouvement d’opinion était lancé. La Fédération unitaire de l’enseignement avec son organe national, l’École Émancipée et le Parti communiste poursuivirent l’action.

Les trois inculpés de « l’affaire de Rivesaltes » (comme l’appelait désormais la presse locale) firent appel. Le 30 novembre 1927 la cour d’appel de Montpellier (Hérault) rendit son jugement : elle annula en totalité les réquisitoires prononcés par tribunal de Perpignan et la procédure suivie contre les trois prévenus. En dépit de ce jugement l’Inspecteur d’académie des Pyrénées-Orientales fit effectuer une enquête sur Irène Calas. Il est vrai que celle-ci, militante communiste de premier plan à Rivesaltes participait ardemment au soutien de la grande grève qu’avaient déclenchée au mois de janvier 1928 les ouvriers agricoles de la « Ville rouge » du Roussillon (voir Dardenne Émile). Cette puissante lutte inquiétait la bourgeoisie et les autorités départementales. Aussi, alors qu’Irène Calas, à la suite du jugement de Montpellier et de la campagne de la Fédération unitaire était sur le point d’être réintégrée dans les cadres du ministère de l’Instruction publique, l’Inspecteur d’académie de Perpignan par l’enquête sur Irène Calas, s’efforçait de déceler un élément, dans ses activités professionnelles passées, qui permettrait de conclure à une faute de service susceptible de sanctions administratives. L’enquête menée par Garrigue, Inspecteur de l’enseignement primaire auprès des collègues d’Irène Calas et d’élèves des écoles publiques de Rivesaltes n’aboutit pas au résultat escompté. Badie, directeur de l’école de garçons de Rivesaltes, dont la fillette était naguère élève de Mme Calas dit à Garrigue en parlant de cette maîtresse : « au point de vue scolaire, si j’en juge par l’enseignement donné à mon enfant, Mme Calas est irréprochable ». Garrigue se livra cependant à un interrogatoire d’écoliers à propos des activités d’Irène Calas au sein du groupe des « pionniers » communistes de Rivesaltes. Dans le rapport qu’il envoya au préfet des Pyrénées-Orientales (23 février 1928), l’Inspecteur de Perpignan concluait, en se basant sur les interrogatoires de Garrigue : « Il résulte donc de mon enquête :

« 1) que Mme Calas ne fait pas apprendre et chanter dans l’école des chants révolutionnaires, »

« 2) qu’elle prend part aux réunions du groupement des " Pionniers ". Y jouerait-elle un simple rôle d’assistante, ainsi que le laisseraient supposer les déclarations des jeunes [suit une liste de noms d’élèves]. Cela me paraît peu vraisemblable (souligné par l’Inspecteur d’académie [...]. »

« Ce qu’on peut tenir pour sûr, c’est que les quelques élèves, très peu nombreux, qui suivent les réunions des " Pionniers " ne font partie de ce groupement qu’avec l’assentiment de leurs parents. »

Réintégrée dans son emploi par ordre ministériel, Irène Calas était cependant considérée comme indésirable à Rivesaltes par les autorités. Dans son rapport au préfet des Pyrénées-Orientales, l’Inspecteur d’académie de Perpignan ajoutait : « Je n’en tiens pas moins cette institutrice pour dangereuse [...] Je saisis cette occasion pour vous rappeler que Mme Calas a épousé un instituteur d’Agde, militant communiste, que M. Carles [inspecteur primaire], sur ma proposition, avait refusé d’admettre dans le département. Consulté par nous, M. le ministre de l’Instruction publique a décidé à deux reprises (4 août 1927 et 30 décembre 1928) que ce ménage serait réuni dans l’Hérault et non dans les Pyrénées-Orientales (souligné par l’Inspecteur d’académie) [...]. Les nouveaux incidents de Rivesaltes (allusions aux péripéties de la grève des agricoles) ne pourront, je pense, que contribuer à hâter le départ d’une institutrice qui, à Rivesaltes surtout, n’est pas à sa place ».

La presse de droite, à commencer par l’Éclair de Montpellier vitupérait contre la réintégration d’Irène Calas. Le numéro du 19 février 1928 de ce journal publiait le commentaire suivant : « On compte sans doute sur l’influence de cette militante bolcheviste pour apaiser (« les violentes grèves agricoles » de Rivesaltes) » ; et de citer l’École Émancipée qui se félicitait de cette « nouvelle victoire de la Fédération unitaire », victoire qui, toutefois, n’empêcha pas l’administration de prononcer une mutation d’office déguisée afin d’éloigner les deux militants.

I. Cadourcy fut déléguée de l’Hérault au Ve congrès de la CGTU qui se tint à Paris en septembre 1929. Elle était responsable de la section féminine de la Région communiste du Languedoc depuis juin 1928. Elle résida à Béziers (Hérault) en 1930-1931 à l’époque où son époux, Raoul Calas, était secrétaire de la Région communiste du Languedoc. Elle signa alors plusieurs articles relatifs à la vie ouvrière dans Le Travailleur du Languedoc, hebdomadaire de cette organisation.

En 1931, elle suivit R. Calas dans le Nord et assura pendant son séjour le secrétariat de la cellule du quartier Saint-Sauveur à Lille.

En 1932, Irène Calas militait au Parti communiste et à l’Union fraternelle des femmes contre la misère et la guerre impérialiste créée en 1927. Elle présenta un rapport avec Monique Dujardin lors du congrès qui, le 30 octobre 1932, réunit à Tourcoing 48 déléguées de la région du Nord de cette organisation. À ce congrès assista également Jeanne Buland (voir ce nom), membre du Comité central de l’Union fraternelle des femmes contre la misère et la guerre impérialiste.

Elle siégea au comité directeur du rayon communiste de Lille alors dirigé par P. Detez de la Drève. Après deux années passées à Paris (1934-1936) elle regagna le midi lorsque le gouvernement du Front populaire la réintégra dans ses fonctions d’institutrice. Elle exerça jusqu’à la guerre à Marsillargues puis à Sète (Hérault) où elle milita au sein des organisations locales du PC. Le 9 février 1939, candidate sur la liste « d’unité et d’action syndicale » au conseil syndical de la section départementale du SNI, elle obtint 84 voix.

Depuis le début des années soixante, elle résidait à Ivry-sur-Seine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139257, notice CALAS Irène [née CADOURCY Irène, Rose, Marguerite] par André Balent, Yves Le Maner, Jean Sagnes, version mise en ligne le 8 janvier 2012, dernière modification le 1er novembre 2021.

Par André Balent, Yves Le Maner, Jean Sagnes

SOURCES : RGASPI, 495 270 1559, autobiographie du 01/07/1934, classé A  ; Raoul Calas a une cote dans les dossiers biographiques du Komintern, 495 270 24 mais le contenu a été versé aux archives du PCUS détenues par le RGANI et reste inaccessible . — Arch. Dép. Nord, M 154/191. — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951) liasse 186 (suspects politiques avant 1940, A à L), dossier Irène Calas comprenant entre autres pièces : rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur, 13 décembre 1930 ; rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur, 12 janvier 1935 ; rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, 1er octobre 1927 ; rapport 1034 du commissaire principal Jaminet au préfet des Pyrénées-Orientales, 16 octobre 1927 ; enquête de l’Inspecteur d’académie de Perpignan transmise au préfet des Pyrénées-Orientales, 23 février 1928. — I.M.Th., bobine 295. — L’Indépendant des Pyrénées-Orientales (Perpignan), 28 novembre 1927, 1er décembre 1927. — L’Éclair (Montpellier), 19 février 1928. — L’Ouvrière, n° 62, 16-30 novembre 1932. — Interview de M. Émile Dardenne, militant du PCF à Rivesaltes. Le Travailleur du Languedoc, 1927-1939. F. Bernard, Le Syndicalisme dans l’enseignement..., op. cit., tome 3, pp. 49-53. — A.-M. Sohn, Féminisme et syndicalisme, op. cit. — Interview de R. Calas par Y. Le Maner. — État civil de Leucate.

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