CHAINTRON Berthe [née PETIT Berthe, Marguerite]

Par Claude Pennetier

Née le 17 septembre 1912 à Maidières (Meurthe et Moselle), morte le 28 novembre 2007 à Lamothe (Haute-Loire) ; couturière ; militante communiste du Rhône.

Berthe Petit naquit près de Pont-à-Mousson d’un père serrurier (tourneur sur métaux sur l’acte de naissance) et d’une mère ménagère. Elle les décrivait comme sympathisants du front populaire, mais elle évoquait en 1938 : « La vie dure que j’ai eue dans ma jeunesse, parce que mon père ayant fait la guerre de 1914, en est revenu alcoolique, de santé ébranlée, puis ayant une triste conception de la vie, conséquence des souvenirs affreux de la guerre, le foyer en a trop souffert, puis ma mère, d’une famille de 14 enfants, se trouvant sans aucune instruction, j’ai cherché à l’âge de raison où sont les remèdes, et la presse du parti m’a amenée à sympatiser » (autobiographie de parti, 17 février 1938).

Elle fréquenta l’école laïque de la rue Fervient à Lyon jusqu’à l’obtention du certificat d’études primaires puis un cours primaire supérieur pendant six mois, la situation pécuniaire de ses parents ne lui permettant pas de continuer.

De treize à dix-huit ans, elle travailla comme apprentie dans plusieurs maisons de couture lyonnaises puis elle se mit à son compte. Mariée le 2 août 1932 à Lyon 2e arr, mère d’une fille le 30 septembre 1933, elle devint ménagère.

Son mari, André Chaintron, frère de Jean Chaintron dit Barthel était artisan horticole. Le couple sympathisait avec le Parti communiste sans oser franchir le pas « rapport à la clientèle vraiment trop adverse ». La crise aidant, André Chaintron décida d’entrer à l’usine et de militer. Berthe Chaintron adhéra au Parti communiste le 1er janvier 1937 à la cellule de Feyzin, section de Saint-Fons (Rhône) et entra au comité de section, comme responsable de la presse. Elle fut déléguée par la section à la conférence d’Oullins et à l’assemblée d’information des cadres.
Le Parti communiste lui fit suivre l’école élémentaire du parti animée par Gabriel Brunet. Elle déclarait : « J’ai lu très peu d’ouvrages mais très régulièrement l’Humanité, La Voix du peuple, Russie d’Aujourd’hui, et par intermittence, Les Cahiers du Bolchevisme. »
Militante du Secours Populaire de France, elle était, en 1937, secrétaire adjointe, chargée du collectage pour l’Espagne.

Le 17 janvier 1938 Berthe Chaintron, rédigeant son autobiographie de parti, se réclamait de Jean Chaintron et d’Élie Gaillard, secrétaire de la section de Saint-Fons. Evaluée une première fois « A-S », ce qui veut dire qu’elle était proposée pour suivre une école de Parti, un second évaluateur, sans doute le dirigeant qui supervise le travail des responsables aux cadres, souligna sa date d’adhésion –« janvier 1937 » – et écrivit « Non, trop jeune au Parti ».

Début 1939, le couple Chaintron partit en région parisienne où André fut permanent technico-politique appointé des services annexes du comité central du PCF dans la région parisienne. En 1940, le couple fut chargé par l’appareil central illégal du PC, d’assurer l’hébergement clandestin d’importants dirigeants communistes dans leur habitation, d’abord rue Ségolfin à Courbevoie puis 5 place de la Porte Champerret à Paris (XVIIe arr.). Le 18 mai 1941, Gabriel Péri et André Chaintron furent arrêtés par le commissaire de police d’Asnières, sur dénonciation d’Edmond Foeglin, responsable adjoint du service central des cadres du PC qui était tombé aux mains de la police.

André Chaintron fut condamné par la Cour spéciale en janvier 1943, pour « recel de malfaiteurs », à quinze mois de prison effectués à la prison de la Santé puis interné successivement aux camps de Voves et de Pithiviers et à la forteresse de l’île de Ré, jusqu’en novembre 1944 où il fut rapatrié sanitaire. La direction centrale du PC le chargea de la gestion de domaines agricoles en Creuse servant au rétablissement des anciens prisonniers et déportés. Elle n’apprécia pas les initiatives financières rythmés par les besoins du Parti communiste
Berthe Chaintron devint très critique par rapport au communisme dans les années 50 au point de ne plus vouloir rencontrer son beau-frère Jean Chaintron. ; elle votait socialiste, André restait communiste de coeur. André et Berthe Chaintron cessèrent leurs activités militantes et vécurent avec leurs cinq enfants d’une petite exploitation familiale de fleuriste horticulteur, 7 rue du 4 septembre à Brioude (Haute-Loire). À soixante-douze ans, malgré une santé ruinée par les épreuves, André Chaintron travaillait encore durement pour subsister car, n’ayant pu cotiser à la Sécurité sociale pendant ses années de militantisme et de détention, il n’avait pas de retraite suffisante. Il finit sa vie à Lamothe (Haute-Loire), où le couple avait acquis un bungalow pour être proche de leur fille aîné Denis. André mourut en 1997, à 87 ans et Berthe le 28 novembre 2007 à Lamothe (Haute-Loire).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139327, notice CHAINTRON Berthe [née PETIT Berthe, Marguerite] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 19 janvier 2012, dernière modification le 26 mars 2020.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 3452, autobiographie du 17 janvier 1938. — Notice d’André Chaintron. — État civil. — Témoignage de son fils, Jean-Marc Chaintron.

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