BOLOGNE Joseph, Pierre, Julien.

Par Jean Puissant

Liège (pr. et arr. Liège), 17 novembre 1871 – Liège, 17 septembre 1959. Voyageur de commerce, militant syndical, dirigeant de coopératives, député socialiste de l’arrondissement de Namur, sénateur coopté de 1932 à 1944, conseiller communal, échevin, puis bourgmestre de Liège, militant wallon, père de Maurice Bologne.

Né dans le quartier Sainte-Walburge d’un père artisan armurier, Pierre-Joseph, et d’une mère repasseuse, Charlotte Waseige, Joseph Bologne appartient à une famille de neuf enfants dont trois meurent en bas âge. Ses sœurs aînées sont également repasseuses tandis que l’unique garçon peut poursuivre ses études primaires puis moyennes. À l’âge de seize ans, il travaille comme employé dans une maison de commerce de tabac, Dumon, à Liège, dirigée par un libéral progressiste qui en fait rapidement un commis voyageur et l’aurait poussé à s’occuper de politique.

Joseph Bologne milite au sein du Syndicat des employés et voyageurs qu’il contribue à fonder à Liège le 1er mars 1895 – six membres à sa fondation, trente-trois en 1900 –. Lors de son élection à la Chambre des représentants, Bologne reçoit un parchemin « signé de 340 noms » intitulé « Hommage des voyageurs de commerce à J. Bologne à l’occasion de l’entrée du premier voyageur de commerce au Parlement belge le 8 novembre 1910 ». En 1922, il est ainsi rapporteur du projet de loi sur le contrat d’emploi, au sort duquel il continue donc de s’attacher. Il travaille à l’acquisition du contrat d’emploi, de l’accès à la juridiction des prud’hommes, du repos dominical. Lui-même est conseiller aux prud’hommes en 1925. En 1926, il dépose une proposition de loi tendant à créer des commissions mixtes par arrondissement afin de définir les règles minimales de conditions de travail et de rémunération des employés de l’arrondissement. Cette proposition s’appuie sur l’observation de disparités considérables dans la condition de l’employé et donc l’impossibilité de définir des règles nationales. Elle se justifie par la constatation de la précarité du travail de l’employé souvent bien moins traité et protégé que le travail de l’ouvrier.

Joseph Bologne est également présent dans le secteur de la coopération. Il participe, en 1902, à la création de la boulangerie coopérative dans le quartier de Sainte-Walburge, devient membre du conseil d’administration de La Populaire de Liège, en difficulté. Il le reste durant plusieurs années. Après la Première Guerre mondiale, il s’occupe également des coopératives d’Andenne (pr. et arr. Namur) et Auvelais (aujourd’hui commune de Sambreville, pr. et arr. Namur).

En 1905, Joseph Bologne est parmi les fondateurs de la Brasserie fédérale à Liège. En 1931, il participe à la fondation à Namur de la société de crédit immobilier, Le Crédit aux prévoyants, dont il assume la présidence. Il est également membre du conseil d’administration de la Société mutuelle des administrations publiques (SMAP).

Joseph Bologne tient volontiers meeting à La Populaire et dans l’arrondissement de Liège. Il s’exprime en wallon. En 1910, il est élu député de l’arrondissement de Namur, mandat auquel il se consacre avec opiniâtreté mais, après la guerre, il est critiqué en tant que député absent du Namurois, puisqu’il est domicilié à Liège et qu’il y est d’ailleurs conseiller communal. Il conserve néanmoins ce mandat jusqu’en 1932 dans cet arrondissement où le POB obtient, en moyenne, plus de 30% des suffrages. En 1932, il devient sénateur coopté « représentant la coopération socialiste au sein de la haute assemblée ».

Outre ses activités en faveur des employés et voyageurs de commerce évoquées ci-dessus, Joseph Bologne se spécialise en matière financière, d’impôts indirects, taxes douanières et accises. Il intervient régulièrement dans ces domaines, lors des discussions des budgets au nom du Parti ouvrier belge (POB). Il est, en 1922, le rapporteur d’une proposition de loi modifiant un article de la loi créant la taxe de transmission, et, en 1923, d’une proposition de loi tendant à accorder une indemnité de vie chère aux victimes civiles de la guerre.

Membre du conseil d’administration de La Wallonie, Joseph Bologne est délégué par ce dernier au Comité de direction politique et morale du journal. Élu conseiller communal à Liège en 1900, il a une très longue carrière de mandataire communal. Le collège « anticlérical » libéral socialiste, mis en place en 1912, ne résiste pas aux nouvelles conditions politiques de l’après-guerre, malgré l’important succès obtenu par le POB en 1921 qui remporte seize sièges sur trente-neuf. C’est Bologne qui conduit la liste socialiste lors de ces premières élections au suffrage universel. Il est troisième en 1926 puis quatrième en 1932. La coalition laïque se reconstitue en 1932, comme à la province d’ailleurs, et Joseph Bologne devient échevin de l’État civil, de la Population, des Affaires électorales, du Tourisme et de la Régie des eaux en avril 1935. Le bourgmestre est libéral, malgré la nette supériorité numérique du POB qui compte treize conseillers contre sept libéraux. Les élections de 1938 donnent en gros les mêmes résultats, mais les socialistes poussent à une tripartite afin d’obtenir éventuellement le mandat de bourgmestre comme premier parti du conseil. C’est ce qui se produit à la suite du décès du bourgmestre libéral, Neujean, en 1940. Bologne est présenté à l’unanimité par l’Union socialiste communale pour lui succéder : G. Truffaut* est mobilisé et Léon Troclet*, premier échevin, s’est désisté. Joseph Bologne devient donc le premier bourgmestre socialiste de Liège le 9 avril 1940.

Le patriotisme de Joseph Bologne, plutôt à la droite du POB, ne fait aucun doute. Durant la Première Guerre mondiale, il participe à un réseau de renseignements, raison pour laquelle il est condamné à mort. Il obtient de nombreuses et importantes décorations pour son attitude durant ce conflit. En mai 1940, lors du conflit mondial suivant, il reste à son poste et remplit ses fonctions jusqu’en novembre 1942, date de sa destitution ; il refuse, dans une lettre reproduite dans la presse clandestine, de donner l’ordre aux policiers communaux de saluer les officiers de la Garde wallonne, comme le lui demandent les autorités allemandes, et s’oppose à la constitution du Grand Liège.

Joseph Bologne reprend ses fonctions à la Libération en octobre 1944 mais est suspendu le 26 février 1945 car le 3 mai 1941, à la demande des Allemands, il donne instruction au commissaire en chef de la police de Liège de leur fournir une liste de communistes. Cet acte le conduit en 1945, en compagnie du procureur général à la Cour d’appel, Lambert Destexhe, qui a également fourni des listes à l’occupant, devant le conseil de guerre de Charleroi. Le Sénat accepte la levée de son immunité parlementaire. Il est exclu par la Fédération liégeoise du Parti socialiste belge (PSB). Bologne n’est pas arrêté en raison de son état de santé. Les deux inculpés sont acquittés, la Cour n’ayant pas relevé « d’intention méchante » dans leurs actes, à la grande indignation du Parti communiste belge (PCB).

La défense de Joseph Bologne s’articule autour de trois axes : son patriotisme en 1914-1918, ses nombreuses oppositions aux décisions de l’occupant de 1940-1942, y compris de lui fournir « des listes de francs-maçons et de juifs », qui entrainent sa destitution, le fait que ses instructions au commissaire de police conduisaient à donner les noms des mandataires publics communistes, soit trente à quarante personnes, « déjà connues de l’occupant », et non la liste de 186 noms effectivement transmise et dont il aurait découvert l’existence après la guerre seulement. Ce dernier argument, comparé au précédent, révèle l’hostilité profonde de certains socialistes aux communistes car durant l’Occupation, Joseph Bologne refuse régulièrement d’obéir aux injonctions des Allemands mais leur fournit immédiatement une liste de mandataires communistes. Beaucoup de militants de ce parti sont déportés lors de l’opération Sonnewende de juin 1941, plusieurs ne reviendront pas.
José Gotovitch montre bien que l’attitude de diverses autorités liégeoises à l’égard des communistes en 1940-1941 révèle à la fois la nature de classe que prend l’opposition non communiste-communiste dans ce bassin industriel et la vigueur de l’affrontement. Face à l’establishment et au POB (remplacé par le Parti socialiste belge (PSB) en 1945) dominant dans l’arrondissement, le PCB est marginalisé et rejeté pendant la guerre.

La carrière politique de Joseph Bologne est néanmoins terminée. En 1946, à l’occasion de ses septante-cinq ans, il est fêté par l’Association des voyageurs de commerce, la SMAP, le Crédit professionnel, etc., mais pas par le PSB. Ce dernier est associé, à cette époque, au pouvoir national mais aussi provincial et communal avec le PCB.

En relation avec ses activités politiques, ou indépendamment d’elles, Joseph Bologne exerce encore diverses responsabilités. Il est membre du Conseil supérieur des prisons, administrateur de la Société du port de Liège, de La Maison liégeoise, société d’habitations à bon marché, de la SMAP, de la Caisse du crédit professionnel et dépôts de Liège. Il est également membre du conseil de surveillance de l’École moyenne de Liège et du bureau administratif de l’Athénée royal. Il représente régulièrement la fédération de Namur aux Congrès nationaux du POB après la Première Guerre mondiale. Bologne participe aux travaux préparatoires du Conseil économique wallon et est membre du Comité de la Société pour la défense et l’illustration de la Wallonie. Il adhère à Wallonie Libre en 1943 mais ne peut prendre la présidence du Congrès national wallon en raison des accusations portées contre lui.

Joseph Bologne est titulaire des distinctions suivantes : Croix de guerre avec palme et citation à l’ordre de l’armée (France), officier de la Légion d’honneur, Ordre de l’Empire britannique à titre militaire, Commandeur de l’ordre de Léopold, Croix civique 1914-1918. Il reçoit également la décoration spéciale des unions professionnelles de première classe. Il est le père de Maurice Bologne.

« Joseph Bologne appartient à cette catégorie de dures têtes et durs travailleurs que le bon peuple de Liège a toujours produits en abondance... » « ... Socialiste modéré, mais très fidèle aux disciplines de son parti, il gérera la commune en homme d’ordre, en homme d’œuvres, rompu aux tâches administratives, et qui d’ailleurs, à lui seul, vaque actuellement aux devoirs de 5 échevinats... », écrit le Pourquoi pas, le 12 avril 1940.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139363, notice BOLOGNE Joseph, Pierre, Julien. par Jean Puissant, version mise en ligne le 8 janvier 2014, dernière modification le 28 décembre 2019.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : De quoi m’accuse-t-on ?, Liège, août 1945.

SOURCES : Notice réalisée par B. Risselin, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, s.d. – GOTOVITCH J., Le PCB 1939-1944. Stratégie nationale et pratique locale. La fédération bruxelloise, thèse de doctorat inédite ULB, Bruxelles, vol. 1, 1987-1988, p. 180 et sv – Encyclopédie du Mouvement wallon, t. I, Charleroi, 2000.

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