BOULANGER Arnold, Joseph.

Par Jean Puissant

Beyne-Heusay (aujourd’hui commune de, pr. et arr. Liège), 18 novembre 1875 – Liège, 5 juin 1963. Ouvrier mineur, militant syndical socialiste, administrateur gérant d’une coopérative, directeur de l’Union coopérative de Liège, militant du Parti ouvrier belge, conseiller communal et échevin de Beyne-Heusay, militant communiste, résistant, sénateur communiste de Liège.

Fils d’un ouvrier mineur, Henri-Joseph Boulanger, et de Barbe Delsemme, Arnold Boulanger quitte l’école primaire à l’âge de onze ans et demi. Il travaille dans un atelier de mécanique, puis à douze ans, devient également mineur. Il perd ses parents à l’âge de quinze ans. Il est trésorier du premier syndicat de mineurs de Beyne-Heusay en 1893. À la suite des grèves de 1902, mis à l’index, il ne retrouve pas de travail dans le bassin de Liège et gagne la France où il exerce la même profession. Membre du comité du syndicat, Arnold Boulanger est expulsé de France à la suite d’une grève en 1904. Il retrouve du travail à Beyne-Heusay et travaille comme mineur jusqu’en 1908.


Éminent coopérateur

En 1898, Arnold Boulanger devient gérant-limonadier de la Maison du peuple de la localité. Après son retour de France en 1905, il est désigné comme administrateur-gérant de la coopérative de consommation, l’Union, créée en 1897. À la tête de cette petite coopérative de consommation, il se révèle comme organisateur de premier ordre, cherchant plutôt à étendre activités et zones d’influence de l’entreprise plutôt que de cultiver l’espace et le public locaux, comme cela se fait dans de nombreuses coopératives de l’époque, le village ne comptant, il est vrai, que 5.000 habitants. La direction précédente avait poussé déjà vers Moulin-sous-Fléron, Queue-du-Bois.

Sous la direction de Arnold Boulanger, l’Union reprend, en 1907, le Réveil de Romsée (aujourd’hui commune de Fléron), coopérative fondée en 1898, et l’Alliance de Fléron, créée en 1902. À côté de ces succursales, existent des maisons du peuple et des cafés, où l’alcool est désormais prohibé. Un atelier de cordonnerie est mis en activité, une boulangerie mécanique et un service médical et pharmaceutique sont projetés. Cet essor est lié à la croissance des autres organisations socialistes, les syndicats des mineurs, des ouvriers du bâtiment, la mutualité et les sociétés diverses, au moment où la situation économique générale provoque l’augmentation des salaires. L’épargne ouvrière à la coopérative double en un an. La coopérative apparaît comme l’élément objectif de la stabilité des organisations en constituant le ciment de l’union entre elles.

Arnold Boulanger crée, en janvier 1908, la Boulangerie fédérale du canton de Fléron à Beyne. À la fin de l’année, 1.450 familles sont affiliées à cette boulangerie mécanique qui assure la distribution du pain par camions attelés. Les affiliés sont automatiquement abonnés au journal, Le Peuple, outre divers services de secours mutuels (pains, actes médicaux gratuits en cas de maladie, etc.). En 1914, la Fédérale rayonne sur vingt-deux communes, regroupe sept coopératives locales. Elle crée un magasin de farine en gros et un magasin de produits pour l’agriculture ainsi que des magasins d’épicerie générale, de boucherie et charcuterie.

L’Union de Beyne joue également un rôle central dans le canton : elle multiplie les investissements, avec une vaste salle de fête à Fléron et diverses activités comme la fanfare, le cercle dramatique, le cinéma, les conférences d’éducation populaire. Arnold Boulanger se place donc d’emblée dans le camp des partisans de la concentration coopérative dont il est l’un des principaux acteurs, avec F. Logen* et Joseph Chèvremont, dans la province, en particulier, en 1914, où le débat est largement ré-ouvert par la proposition de créer une centrale d’achat commune aux coopératives de la province.

La Première Guerre mondiale provoque l’accélération du processus. Le 4 octobre 1914, une succursale est créée à Maastricht (Pays-Bas). Elle doit permettre le ravitaillement des sociétés sœurs en Belgique. En 1915 est créée l’Union coopérative du pays de Liège qui devient, après la guerre, de loin, la plus importante coopérative du pays. Elle fusionne septante-cinq coopératives et compte, en 1920, 225 magasins, en 1938, 337 répartis en province de Liège, de Luxembourg, mais aussi dans le Brabant wallon, le Limbourg et dans le Namurois. En 1930, elle regroupe 74.000 affiliés, gère 107 Maisons du Peuple et emploie 2.646 personnes.

Arnold Boulanger, administrateur général, est chargé de la direction du secteur Production de 1918 à 1924. L’Union avait racheté en 1914, une siroperie à Micheroux (aujourd’hui commune de Soumagne, pr. et arr. Liège) et, pendant la guerre, elle fabrique également des confitures.

Arnold Boulanger est appelé à créer, pour les services de ravitaillement de Bruxelles, une fabrique de miel artificiel et de confiture dans l’ancienne fabrique des patrons boulangers située rue Delaunoy à Molenbeek (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale). Usant de l’autorisation de circulation entre Liège-Maastricht-Bruxelles que lui offrent ses activités professionnelles, il peut également véhiculer des informations. Après la guerre s’ajoutent une chocolaterie, une confiserie, une fabrique de conserves alimentaires, une fabrique de nettoyants pour métaux, une fabrique de chaussures, une savonnerie en 1921, une margarinerie en 1922, faisant de Micheroux un important complexe industriel. Il y a aussi une fabrique de chapeaux de paille à Glons (aujourd’hui commune de Bassenge, pr. et arr. Liège), une boulangerie pâtisserie à Jemeppe-sur-Meuse (aujourd’hui commune de Seraing, pr. et arr. Liège), une imprimerie à Liège, un moulin à orge à Waremme (pr. Liège, arr. Waremme), la fabrication de pain d’épice à Verviers (pr. Liège, arr. Verviers), une production de tabac à Saint-Léger (pr. Luxembourg, arr. Virton). Ces fabriques doivent approvisionner les magasins de l’Union coopérative, marché trop étroit qui exige son extension à l’ensemble des coopératives du pays.

En 1924, la Société générale coopérative est ainsi créée. Elle doit animer, à l’échelle nationale, les coopératives de production. Arnold Boulanger en est le directeur mais, à peu de choses près, l’entreprise reste essentiellement liégeoise. Les achats coopératifs ne croissent pas pour autant, les coopératives locales préférant privilégier leurs circuits commerciaux traditionnels. Il faut donc vendre à des tiers.

Lors de la crise des années 1930, plusieurs secteurs d’activités non rentables doivent être fermés. Boulanger, fervent défenseur des institutions centrales de la coopération, est membre du Comité directeur de la Fédération des sociétés coopératives (Anvers, centrale d’achats) et de l’Office coopératif belge (Bruxelles, politique générale et propagation de la coopération). Il est aussi membre du conseil d’administration et directeur de la Société générale coopérative de 1924 à 1940.

Arnold Boulanger siège au Conseil général du Parti ouvrier belge (POB) en 1920 comme représentant des coopératives. L’Union coopérative est un important soutien du POB, de ses organisations (Comité régional d’éducation ouvrière, École ouvrière supérieure) et de sa presse (La Wallonie, Le Réveil du Luxembourg, Le Peuple). En 1921, il se prononce en faveur d’une tripartite à la province, malgré la majorité absolue du POB. Il est l’auteur de divers rapports sur la concentration coopérative, la production coopérative et l’épargne enfantine. Il représente à plusieurs reprises les organes nationaux aux congrès internationaux de la coopération.
Boulanger acquiert également des fonctions dans les unions professionnelles ou syndicats. Il préside le Groupement des margariniers et est trésorier de la Confédération nationale de l’alimentation.

Militant socialiste, Arnold Boulanger est élu conseiller communal à Beyne-Heusay en 1903. Il est échevin de l’Instruction de 1909 à 1925. Trésorier du Cercle dramatique dès 1893, il en est l’un des animateurs et devient président de la Fédération nationale des cercles dramatiques en 1908. Il en est toujours le secrétaire en 1924, et membre de l’exécutif de l’Internationale de ces cercles.

Boulanger participe à la formation des Milices de défense ouvrière (MDO) de l’arrondissement. En 1936, les camions de l’Union coopérative, affrétés par l’Union socialiste antifasciste (USAF), véhiculeront vêtements, vivres, mais aussi armes vers l’Espagne républicaine.


Partisan de l’URSS

Arnold Boulanger milite également à la Libre pensée et participe au Congrès international tenu à Prague en 1936. Est-ce ce séjour qui en fait un anti-munichois ou son adhésion aux Amitiés belgo-soviétiques (ABS) ? De toute manière, il se révèle ardent défenseur du Pacte germano-soviétique en août 1939 au point que la direction du POB lui signifie l’incompatibilité entre sa présence au parti et aux ABS. Il démissionne du POB, provoquant ainsi le scandale. Sa mise à la retraite en 1940 correspond bien à la limite d’âge mais aussi à cette rupture avec le POB.

Arnold Boulanger adhère au Parti communiste belge (PCB) en 1941, est reconnu résistant armé (Armée belge des partisans) à partir du 1er juin 1941. Durant cette période, ses activités consistent en « hébergement, fourniture d’armes, aide aux prisonniers russes évadés, vêtements, nourriture, etc., récolte et distribution de fonds pour les réfractaires ». Membre du Comité fédéral du PCB de Liège où il s’occupe de l’administration, il est élu au Comité central en 1946 et en reste membre jusqu’en 1957. Il siège dans les commissions Classes moyennes, Pensionnés et Coopératives du parti.

Élu sénateur de Liège en 1946, Boulanger est questeur du Sénat jusqu’en 1949. En 1946, il préside la commission Ravitaillement. Son mandat est renouvelé en 1949 et en 1950. Il siège donc jusqu’en 1954, date à laquelle son mandat, en vertu de l’apparentement provincial, est dévolu à un communiste hutois.

Arnold Boulanger est sans doute, dans le pays, la personnalité socialiste la plus importante, même si elle est non-politique, qui rallie le Parti communiste durant la guerre. Mais son rôle ne s’est pas résumé à cela. Il intervient régulièrement au Sénat pour défendre les positions de son parti en matière d’agriculture, de condition des ouvriers agricoles, de lutte contre les taudis, de la condition des classes moyennes privilégiant donc les aspect sociaux. Il est l’auteur d’une proposition de loi sur les baux commerciaux.

En 1953, Boulanger préside la Fédération nationale des associations de libre-pensée en Belgique. Âgé de septante-neuf ans en 1954, il n’aura plus d’activité politique même s’il est réélu au Comité central du PC.

Fils d’un père qui abusait de l’alcool avec les conséquences habituelles de cette pratique pour un budget ouvrier à la fin du XIXe siècle, Arnold Boulanger est un militant qui interdit l’alcool dans les établissements coopératifs dont il est responsable. Il est aussi dignitaire de la Croix bleue. Son attitude durant la Première Guerre mondiale (ravitaillement, détournement de livraisons à l’occupant) lui vaut diverses décorations belges, françaises et anglaises. En particulier, lors de la condamnation à mort de Léon Colleaux, militant socialiste et dirigeant de coopérative de la province de Luxembourg, pour espionnage, il intervient efficacement auprès du dirigeant socialiste hollandais, Toelstra - parti avec lequel il a des contacts à Maastricht -, lequel avertit Branting du Parti socialiste suédois, puis Scheideman du Parti social démocrate allemand, Il obtient ainsi la révision du jugement et une condamnation aux travaux forcés à perpétuité. C’est à ce titre que Boulanger est présenté comme premier suppléant sur la liste socialiste sénatoriale de l’arrondissement Arlon-Bastogne-Marche aux élections législatives de 1919.

Dans un document officiel de 1949, Arnold Boulanger est mentionné comme administrateur de sociétés, sénateur. Il poursuit donc probablement des activités commerciales après la guerre. Avec son épouse, Marie-Jeanne-Virginie Malaise, il adopte deux enfants espagnols, deux fils, qui restèrent fidèles au Parti socialiste.
Arnold Boulanger est titulaire de nombreuses distinctions honorifiques belges et étrangères. Son nom a disparu de l’historiographie « socialiste ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139412, notice BOULANGER Arnold, Joseph. par Jean Puissant, version mise en ligne le 2 mars 2012, dernière modification le 17 janvier 2020.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : Collaboration au Bulletin de l’Union coopérative, aux Coopérateurs belges, au Penseur, organe de la Libre pensée de Liège.

SOURCES : CArCoB, dossier Arnold Boulanger n° 3011 – SERWY V., La coopération en Belgique, t.IV : La vie coopérative - Dictionnaire biographique, Bruxelles, 1952 – BERTRAND L., Souvenirs d’un meneur socialiste, vol. 2, Bruxelles, 1927, p. 286 – Notice réalisée par Isabelle Franchimont, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 1984 – MUSIN L. et FLAGOTHIER R., « De la coopérative locale à la société multirégionale de l’Union coopérative de Liège (1914-1940) », La coopération : un des principaux piliers de l’organisation politique belge, rééd. J. Puissant, G. Van Themsche, RBHC-BNTG, XXII, 1991, 1-2, p. 281-309 – Notice réalisée par C. de Forton, section Journalisme de l’Université libre de Bruxelles, 2005.

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