BRASSEUR Guillaume, François.

Par Jean Puissant

Ohain (aujourd’hui commune de Lasne, pr. Brabant wallon, arr. Nivelles), 28 novembre 1837 – Ixelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 7 mars 1913. Ouvrier métallurgiste, membre des Solidaires, membre du Conseil général de l’Association internationale des travailleurs, animateur de la Ligue ouvrière d’Ixelles, fondateur du Parti ouvrier belge, militant syndical, conseiller communal d’Ixelles.

Né dans une famille ouvrière avec un père, menuisier-tourneur en fer et en cuivre, Guillaume Brasseur est qualifié, en 1886, de maître tourneur en cuivre. Il est marié à Sidonie Besançon (Nil-Saint-Vincent (aujourd’hui commune de Walhain, pr. Brabant wallon, arr. Nivelles), 1836 - Ixelles, 1912). Il a deux filles et un garçon, mécanicien également.

En 1869, interrogé dans le cadre des poursuites contre l’Association internationale des travailleurs (AIT), Guillaume Brasseur déclare : « je suis fils de propriétaire et je ne cherche pas à abolir la propriété ». Durant les années 1900, il siège au Conseil des prud’hommes d’Ixelles comme délégué patronal. En 1911, il mène une liste patronale sous l’étiquette « Parti ouvrier belge » (POB) lors de l’élection des conseillers supplémentaires à Ixelles. Certaines sources le désignent erronément comme mécanicien, en raison de son activité au sein du syndicat de ce métier.

Fondateur, selon Louis Bertrand, de l’association rationaliste Les Solidaires en 1857, Guillaume Brasseur en est un membre actif. Il fait partie du comité, aux côtés de Désiré Brismée, même s’il est critiqué en 1876 par Camille Standaert pour avoir fait faire la première communion à son enfant. En 1857, il participe aux manifestations contre la Loi des couvents et est condamné à la suite de ces événements. Ainsi amené au groupe de Désiré Brismée, Brasseur participe, en 1861, à la création de la société Le Peuple pour la démocratie militante, organe politique des Solidaires à l’origine de la section belge de l’AIT en 1865.

Dès 1865, Guillaume Brasseur siège au Comité administratif de l’AIT de Bruxelles, puis, en 1869, au Conseil général de l’AIT de la Belgique, en raison de quoi il est signataire des diverses adresses et lettres émanant de la direction de l’association. Il est correspondant pour les sections de la Basse-Sambre (Ham-sur-Sambre, Spy, Velaine, Auvelais, Falisolle - pr. et arr. Namur), puis de la Fédération de Charleroi (pr. Hainaut, arr. Charleroi) en mars 1869.

Inculpé, comme les autres dirigeants de l’AIT, en avril 1869, à la suite des grèves du Borinage (pr. Hainaut), Guillaume Brasseur, interrogé par le juge d’instruction, aurait répondu, selon Eugène Hins*, aux questions sur les doctrines de l’AIT : « qu’il s’étonnait qu’un homme qui avait fait des études universitaires, eût besoin de s’adresser à un ouvrier pour s’instruire des questions sociales. » À cette occasion, il explique également : « je ne demande qu’une chose : que le sort de l’ouvrier s’améliore par des moyens pacifiques et légaux. »

En 1872, lors de la grève en faveur des dix heures, Guillaume Brasseur, trésorier de l’Association des mécaniciens, fait l’objet de critiques en raison de la lenteur du versement des secours récoltés par le syndicat. Il participe, comme représentant des mécaniciens, à toutes les assemblées qui ont pour objectif la Fédération des sociétés de métier à Bruxelles en 1873 et en 1874. Il n’est donc pas étonnant de le retrouver à la Chambre du travail et de constater, à la même époque, sa rupture avec l’AIT.

En 1874, Guillaume Brasseur collabore au rapport de César De Paepe* sur les services publics dans la société future. Il reste à la direction de l’AIT jusqu’en 1875, année où il participe, avec Gustave Bazin et Louis Bertrand, à la création de la Chambre du travail à laquelle s’opposent les vieux militants de l’AIT. Mais il ne parvient pas à entraîner à la Chambre du travail, le Syndicat des mécaniciens dont il est l’un des dirigeants depuis 1871 certainement. Ce syndicat reste fidèle à l’AIT, sous l’influence de son secrétaire, Évariste Pierron.

On retrouve Guilllaume Brasseur dans les milieux socialistes qui revendiquent, à l’occasion du cinquantenaire de la Révolution belge, l’instauration du suffrage universel. Il est choisi pour figurer sur la liste des candidats ouvriers aux élections législatives avec Désiré Brismée, Nicolas Coulon, César De Paepe* et Goetschalk*. Il est qualifié, à cette occasion, « d’ouvrier intelligent au courant des industries qui font la richesse du pays. » Il accepte cette candidature, « sachant bien qu’elle n’aboutira à rien » mais afin « d’affirmer hautement qu’il est socialiste ». La liste obtient à peine plus de 600 voix face aux 5.000 suffrages des élus libéraux. Le système censitaire ne permet pas l’affirmation d’un courant politique ouvrier.

Ces événements contribuent à la prise de conscience qui conduit à la création du Parti ouvrier belge (POB) dont Guillaume Brasseur est un des fondateurs. Il est membre du Conseil général du parti jusqu’en 1890, date à laquelle il décline le renouvellement de ce mandat. Par contre, l’introduction du suffrage capacitaire aux élections communales de 1884 permet l’élection de quelques conseillers ouvriers sur des listes libérales. Brasseur est élu conseiller, avec le bijoutier De Rauw, à Ixelles où il habite rue de la Tulipe. Lors de la prestation de serment, il fait remarquer qu’il est républicain et qu’il ne prête donc serment au souverain que contraint par la loi. Réélu en 1887, il siège au conseil communal jusqu’en 1894 puis de 1900 à 1907.
Guillaume Brasseur se retire du conseil en raison de son âge et pour clôturer honorablement cinquante ans de militantisme au sein du mouvement ouvrier socialiste. Il siège également au Comité de patronage des habitations ouvrières. Fondateur de la Ligue ouvrière d’Ixelles en décembre 1884, il en est l’animateur durant de longues années.

Guillaume Brasseur se révèle donc être un de ces personnages de second plan mais de grande importance qui permettent d’expliquer l’affirmation du syndicalisme puis du socialisme dans le milieu ouvrier bruxellois de 1857 à 1907 et qui contribuent à son extension vers la province. Il est également exemplaire de la participation de petits patrons à ce mouvement.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139427, notice BRASSEUR Guillaume, François. par Jean Puissant, version mise en ligne le 5 mars 2012, dernière modification le 9 septembre 2020.

Par Jean Puissant

SOURCES : WOUTERS H., Documenten betreffende de geschiedenis der arbeidersbeweging ten tijde van de Ie Internationale (1866-1880), delen I-III, Leuven-Paris, 1970-1971 (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine, 60) – BERTRAND L., Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830, vol. 2, Bruxelles, 1907 – (icono) : il figure dans la caricature L’hydre du socialisme en Belgique, La Bombe, 21 juin 1879 – Le Peuple, 22 août 1907, p. 1 (icono).

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